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Repérage, déformabilité et ajustement dans les propositions circonstancielles en when1

frPublié en ligne le 29 novembre 2017

Par Graham RANGER et Catherine MÉRILLOU

Résumé

On décrit, habituellement, les propositions circonstancielles comme repères, permettant de situer une principale, repérée. Dans cette étude, nous abordons deux emplois particuliers de when conjonction de subordination qui remettent en cause cette description. Il s'agit, d'une part, de when suivi d'une négation en contexte spécifique (she waited, and when he didn't reply she walked away), et, d'autre part, du when dit « de péripétie » (I was just leaving the house when the phone began to ring). Dans les deux cas, nous verrons que l'énonciateur exploite un schéma reconnaissable d'une façon inhabituelle, obligeant le coénonciateur à ajuster son interprétation de l'énoncé afin de le rendre compréhensible. Cette déformation, et l'ajustement qu'elle entraîne, deviennent ensuite partie intégrante de la signification des constructions en jeu, créant ainsi une nouvelle signification.

Introduction

1Il est habituel de décrire la catégorie des propositions subordonnées circonstancielles comme présentant la ou les circonstance(s) dont dépend la réalisation de la principale. Ainsi, par exemple, dans un cadre relativement traditionnel, Arrivé, Gadet et Galmiche écrivent :

[…] la proposition circonstancielle est traditionnellement définie par sa forme (elle commence par une conjonction de subordination) et par son sens (elle exprime l’une des circonstances dans lesquelles se déroule l’action de la principale). (Arrivé, Gadet et Galmiche 1986, 104)

2Ainsi, lorsqu’on prend, à titre d’exemple, l’énoncé suivant :

(1) He was himself red-headed, and he had a great sympathy for all red-headed men; so when he died it was found that he had left his enormous fortune in the hands of trustees, with instructions to apply the interest to the providing of easy berths to men whose hair is of that colour. (Conan-Doyle)

3on conviendra que la proposition when he died sert de circonstance, d’arrière-plan, pour l’action de la principale, it was found that he had left his enormous fortune in the hands of trustees.

4Dans le cadre énonciatif, ce rapport de « circonstance » et d’« action » est reformulé en termes de repérage, de sorte que la proposition subordonnée peut être vue comme fournissant un repère pour la principale. Ainsi, Groussier et Rivière écrivent :

Les conjonctions de subordination indiquent le repérage entre une proposition principale (le repéré) et une proposition subordonnée (le repère) (Groussier et Rivière 1996, 45)

5Les propositions circonstancielles en when ne semblent pas, à première vue, s’opposer à une telle description ; on supposera qu’il y a toujours un rapport de repérage, de type temporel, cela va de soi, de sorte que, dans l’énoncé (1), la proposition subordonnée sert de repère à la principale (repérée) :

Repère

Repéré

he died

• it was found that he had left his enormous fortune in the hands of trustees

6Telle est en effet la description proposée par Lapaire et Rotgé, ou encore par Bouscaren, Persec et al :

Dans la […] structure WHEN Prop1, Prop2 WHEN sert à poser un point de repère temporel par rapport auquel la deuxième proposition sera effective. On a alors le fonctionnement suivant : « je-énonciateur pose un repère temporel (Prop1) tel que quand Prop1 est vrai, alors Prop2 l’est aussi […] ». La deuxième proposition dépend ainsi de la réalisation de la première, indicateur d’ordre temporel. (Lapaire et Rotgé 1991, 685)

En tant que conjonction de subordination, WHEN introduit une proposition subordonnée qui constitue le repère de la proposition principale ou proposition repérée […]. (Bouscaren, Persec et al 1998, 247).

7Dans cet article nous nous proposons d’étudier deux emplois particuliers de la conjonction de subordination when, employée dans des propositions circonstancielles, que l’on pourra illustrer par les énoncés suivants :

(2) She found it hard to ring Henry with all these problems and, when he was not in his room was both relieved and desolated. (Lessing)
(3) I had only just put on my cloth cap when a postman came round the corner. I gave him good morning and he answered me unsuspiciously. (Buchan)

8Ces deux emplois de when, malgré leurs différences, ont la propriété commune de mettre à mal la description de la proposition circonstancielle en termes de repère. En effet, la subordonnée en when, dans les deux cas, semble inapte à jouer un rôle de repère, tel qu’on l’entend habituellement. On admettra que, pour être un repère valable, un élément doit posséder certaines propriétés de stabilité. Dans les énoncés (2) et (3), cette condition n’est pas remplie, soit parce que la proposition repère comporte une négation, soit parce qu’elle introduit une coupure dans une situation donnée.

9Nous étudierons, dans un premier temps, l’emploi de when suivi d’une négation, illustré par (2), et, dans un deuxième temps, nous étudierons le problème du when de péripétie, illustré par (3). Nous verrons qu’il est possible de conserver les descriptions de telles propositions subordonnées en termes de repère, à condition de pouvoir introduire dans le modèle les concepts de déformabilité, et d’ajustement, car ces deux emplois peuvent être décrits comme des déformations opérées par l’énonciateur sur un schéma stable, déformations dont l’interprétation implique un certain ajustement de la part du coénonciateur.

1. When… not

10Nous allons, dans cette première partie, porter notre attention sur l’emploi de when en combinaison avec un marqueur de négation (a priori not) tel qu’on le trouve dans (2) :

(2) She found it hard to ring Henry with all these problems and, when he was not in his room was both relieved and desolated. (Lessing)

11Par commodité, nous symboliserons ce cas de figure de la manière suivante : < when P1 Nég, P2 >, où P1 représente la subordonnée, et P2 la principale.

12Nous allons, dans 1.1, montrer en quoi une telle combinaison de marqueurs pose problème, avant de passer à l’étude des exemples et à l’explication, dans 1.2. Dans 1.3, nous serons déjà en mesure de tirer un certain nombre de conclusions provisoires.

1.1 Problématisation

13Nous avons vu, dans l’introduction, qu’il est habituel de considérer que le marqueur when, dans une construction de type <when P1, P2 >, introduit la proposition repère. L’introduction d’un marqueur de négation dans cette proposition repère semble, cependant, infirmer cette analyse et créer un certain nombre de problèmes.

14Le premier problème, dans une optique contrastive, concerne la traduction vers le français d’énoncés comme (2). Normalement, bien entendu, la traduction de when dans une circonstancielle de temps par quand ou bien lorsque est quasi automatique. Ici, cependant, le résultat est très peu satisfaisant :

(2) She found it hard to ring Henry with all these problems and, when he was not in his room was both relieved and desolated. (Lessing)
(2’) […] et, ?? lorsque / quand il ne fut pas dans sa chambre […]
(4) Later he gave me a necklace and thought that he could make very free with me because of that. When I wouldn’t kiss him on the landing one night, he got huffed and said the necklace cost a lot of money. I offered to give it back but he asked for the money instead and we remained cool ever since. (O’Brien)
(4’) […] ?? Lorsque / Quand je ne voulus pas l’embrasser […]2

15On pourrait être tenté de voir, dans les exemples (2) et (4), un effet de sens qui se rapprocherait d’une causale en as. Telle est, en effet, la solution retenue par Bousaren, Persec et al :

[5] « What was it ? » she said; and when he did not answer she looked at him with delightful black eyes, teasing him a little, mock serious. « Please ». […]
DESCRIPTION : Conjonction de subordination introduisant la proposition subordonnée when he did not answer, when a ici la particularité d’être plus proche d’un as causal que d’un when temporel et de ne pouvoir se traduire par quand mais par comme. (Bouscaren, Persec et al 1998, 247)

16L’attribution d’une valeur causale à cet emploi de when ne nous semble cependant pas être pleinement satisfaisante, et ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord, si l’on essaie de paraphraser les exemples (2), (4) ou (5) en remplaçant when par as, on aboutit à des énoncés qui, bien qu’acceptables, ne semblent plus tout à fait équivalents aux énoncés de départ :

(2’’) She found it hard to ring Henry with all these problems and, as he was not in his room was both relieved and desolated.
(4’’) As I wouldn’t kiss him on the landing one night, he got huffed and said the necklace cost a lot of money.
(5’) « What was it ? » she said; and as he did not answer she looked at him with delightful black eyes, teasing him a little, mock serious.

17Il est indéniable que when reçoit, dans cette structure, une lecture qui est en partie causale, mais, lorsqu’on paraphrase en employant as, on relève une certaine explicitation de la cause, qui était absente à l’origine, et, corollairement, la perte de toute signification proprement temporelle.

18Notons aussi que la négation n’est pas un facteur nécessaire pour déclencher une lecture causale de when, puisque, dans d’autres énoncés, sans négation, when peut aussi servir à introduire une proposition qui sera interprétée de façon causale :

(6) The telling of the wedding gathered inside her, and when it was so ready she could no longer resist, she hunted in her mind a good opening remark – something grown and off-hand, to start between them the conversation. (McCullers)
(7) They used to lob tomatoes at the back of my head in the hope of some reaction, but they left me mostly alone when they saw none was forthcoming. (McGahern)3

19Ces problèmes trouvent leur écho sur le plan théorique, bien entendu. En effet, dans un énoncé où when fonctionne de façon classique, par exemple, When he arrived, I served the first course, on marque, par l’emploi de when, que la situation de l’arrivée (P1) va servir de repère temporel pour le début du repas (P2). En revanche, face au (2),

(2) She found it hard to ring Henry with all these problems and, when he was not in his room was both relieved and desolated. (Lessing)

20il est bien évidemment hors de question d’affirmer que P1 permet, seule, la construction d’un repère temporel, tout simplement parce que le rôle de la négation est de nier l’existence de P1 (c’est-à-dire sa localisation par une situation repère). En d’autres termes, une proposition affirmative P1 peut se trouver validée à un certain moment, et ce moment peut ensuite servir de repère pour une autre proposition P2. La négation d’une proposition, en revanche, ne renvoie à aucun moment précis ; elle renvoie, potentiellement, à un nombre infini de moments. Cette indétermination temporelle rend la proposition P1 he was not in his room très difficilement compatible avec le rôle de repère que lui confère when.

21Récapitulons brièvement : dans cette première partie nous venons d’élucider un ensemble de problèmes posés par la construction < when P1 Nég, P2 >. La traduction de ce when est délicate : l’emploi de quand ou de lorsque paraît peu acceptable. On ne peut cependant pas se contenter de caractériser ce when comme causal, puisque d’autres emplois de when, et même du quand français, peuvent aussi prendre une valeur causale. Sa paraphrase par as, de même que sa traduction par comme, d’ailleurs, aboutissent à des énoncés dont la signification semble appauvrie à côté des énoncés d’origine. Il est également difficile de voir comment, sur le plan théorique, la négation de l’existence d’une proposition peut servir de repère pour une autre proposition. Après tout, si un événement n’a pas eu lieu, alors il ne peut définir aucun repère temporel particulier.

1.2 Étude d’exemples

22Soit les exemples (8) et (9) :

(8) He waited for her to enlarge on this, and when she did not, « am I going to be allowed to see them ? » he asked. (Pilcher).
(9) A man sat by [the fire], half in and half out of a hut. Cash and Tessa stood up, waited for the man to object and when he didn’t they then threw the wrapping from the chocolate she’d given them into the fire. (O’Brien)

23Dans ces deux exemples on retrouve le schéma de ce when, < when P1 Nég, P2 >, mais on trouve, également, la notion d’attente, lexicalisée par le verbe wait. C’est la notion d’attente qui nous livrera la clé de cet emploi problématique de when.

24En effet, pour qu’il y ait attente, il faut, bien sûr, que l’on ait prévu qu’une certaine situation se produise à un moment situé après la situation d’énonciation4. Dans (8) et (9) nous avons des cas où l’attente d’un énonciateur rapporté (He dans (8), Cash et Tessa dans (9)) est déçue, et cette déception est représentée par la négation sur P1. Il ne s’agit pas, à proprement parler, d’un « non événement », ou de la négation d’un événement, mais d’un seuil temporel, construit par un énonciateur rapporté, au-delà duquel il considère que l’événement attendu ne se produira pas. C’est ce seuil franchi, sans que l’événement se produise, qui constitue le repère temporel de P2.

25On pourra gloser les énoncés, à la lumière de cette explication, de diverses façons. Dans (8), par exemple, on pourra étoffer pour obtenir : when he realised / decided she was not going to enlarge on this, dans (9), when they realised / decided the man was not going to object. La notion d’« attente » nous permet de comprendre le mécanisme à l’œuvre ici, mais il s’agit, de façon plus abstraite, de la localisation d’un événement perceptif attendu chez un énonciateur rapporté. Ainsi, dans (2) et (4), la notion d’attente n’est pas aussi présente que dans (8) et (9), mais on a, dans les deux cas, la prise de conscience, chez un sujet, qu’un événement ne se produira pas :

(2) She found it hard to ring Henry with all these problems and, when he was not in his room was both relieved and desolated. (Lessing)

when she found he was not in his room […]
(4) […] When I wouldn’t kiss him on the landing one night, he got huffed and said the necklace cost a lot of money. (O’Brien)
when he found I wouldn’t kiss him […]

26L’attente et le dépassement de seuil peuvent être le simple fait de l’interlocution :

(10) « He was a crazy man. »
John Henry stared without surprise. « How did he act like ? » And when she did not answer all at once, he went on : « Did he crawl on the ground and moan and slobber ? » (McCullers)

27Ici, par exemple, une question (How did he act like ?) appelle une réponse. L’énonciateur fixe un seuil de réponse, mais ce seuil est dépassé par son coénonciateur, fait qui est signalé linguistiquement par and when she did not answer all at once.

28L’exemple (11) relève du même type de phénomène : cette fois-ci, en l’absence d’une question, c’est la dynamique de l’échange langagier qui n’est pas respectée, ce qui crée une attente déçue (on remarquera le verbe wait dans l’avant-contexte).

(11) « He sat down beside her and at once said, ‘She came into my room last night. »
« Julie ? »
« I wouldn’t exactly say that. »
She nibbled a grass stem and waited.
« I couldn’t have brought myself to go to her. »
« No. » When he did not go on, she enquired, « Well ? » (Lessing)

29Si les gloses impliquant une « attente » sont relativement faciles à trouver, on ne doit pas perdre de vue la complexité du mécanisme qui nous permet d’interpréter de tels énoncés. On est en présence d’un énoncé qui se signale comme un repère (rôle de when) mais où ce rôle de repère est très mal assuré (présence de la négation). Dans une telle situation, on peut aboutir à un énoncé inacceptable – ce qui est le cas du français – ou bien on peut assister à une sorte d’enrichissement herméneutique, d’ajustement, qui rachète l’acceptabilité de l’énoncé – c’est le cas qui nous intéresse à présent. Cet ajustement est complexe : on doit postuler la présence d’une source énonciative (autre que le narrateur) qui attend que P1 se produise, et qui construit un seuil au-delà duquel, en ce qui le concerne, P1 ne se produit pas. C’est ce seuil qui constitue, désormais, le repère temporel pour P2.

30Partant, on comprend la perte de signification relevée lorsqu’on essaie de paraphraser de tels énoncés par as.

(2’’) She found it hard to ring Henry with all these problems and, as he was not in his room was both relieved and desolated.

31En effet, dans (2’’), on admettra que le rapport de cause à effet entre P1 et P2 est rendu explicite, mais, d’une part, il n’y a plus d’effort d’enrichissement requis de la part du coénonciateur – le besoin d’ajustement dont nous avons fait état dans l’énoncé d’origine est éliminé –, et, d’autre part, nous perdons le point de vue d’une source subjective autre que le narrateur (she, dans notre exemple), pour obtenir un énoncé où tout le repérage s’effectue par rapport au même énonciateur-narrateur.

32On pourrait, à l’inverse, tendre vers une traduction, ou une paraphrase qui rendraient explicite la source subjective. Ainsi, à partir du (2) on obtiendra :

(2’’’) […] lorsqu’elle s’aperçut qu’il n’était pas dans sa chambre […]
(2’’’’) […] when she realised he was not in his room […]

33L’explicitation produit à nouveau un appauvrissement, puisqu’on perd l’ajustement interprétatif du lecteur qui faisait la spécificité de l’énoncé de départ5.

34Notons que tous les énoncés de la forme < when P1 Nég, P2 > ne sont pas du même type. On peut très bien trouver des exemples où P2 est à interpréter comme renvoyant à un parcours de situations, et où il n’y aucun besoin d’ajustement pour comprendre P1 Nég comme un repère. Ainsi, dans l’exemple suivant :

(12) If Ottilie was cooking, the terrible old woman was sure to come poking around the stove, and when she did not like what was to eat, she would take a mouthful and spit it on  the floor. (T. Capote).

35La négation dans P1 ne pose plus de problème ici, puisque P2 renvoie à une situation générique. P1 ne construit pas un repère temporel unique, mais un nombre potentiellement infini de repères, ce qui est tout à fait compatible avec le repérage d’un énoncé générique, puisque le parcours est le propre de la généricité6.

36On voit donc que le type de when qui nous préoccupe requiert un contexte spécifique. Nous avons, par ailleurs, relevé la présence, dans de tels énoncés, d’une source subjective autre que le narrateur. Si on tente de construire un énoncé où le sujet de P2 est inanimé, on doit l’interpréter de façon générique :

(13) When he didn’t put his coat on, it started to rain. (Whenever…)

37Si on force encore le trait, en construisant un contexte spécifique, l’énoncé devient absurde :

(13’) ?? That day he decided to go out for a stroll and, when he didn’t put his coat on, it started to rain.

38Se trouve ainsi confirmé le rôle d’une source subjective autre que le narrateur dans ce type d’énoncé.

1.3 Conclusions provisoires

39Nous avons vu, dans cette première section, les problèmes posés par la construction < when P1 Nég, P2 >, aussi bien d’un point de vue pratique (celui de la traduction vers le français), que d’un point de vue théorique (le rôle d’une proposition repère négative en contexte spécifique). La résolution de ces problèmes nous oblige, nous l’avons vu, à aller au-delà des contradictions manifestes de cette construction pour restituer à P1 son rôle de repère. Pour ce faire, il faut invoquer un troisième terme dans le calcul, de sorte que ce qui sert de repère à P2 n’est pas P1 seule, mais le repérage de P1 par rapport à une source subjective autre que le narrateur. Ainsi on peut dire que when marque bien un repère ici, même lorsqu’il précède une proposition avec négation, mais qu’il le marque seulement au terme d’un mouvement d’ajustement, de réanalyse, qui restitue certains éléments manquants dans l’équation.

2. Le When de péripétie

40Passons à présent au deuxième type de subordonnée circonstancielle en when, que l’on appellera, à la suite d’Adamczewski et Delmas, le when de péripétie 7, et que l’on pourra illustrer par l’énoncé suivant :

(3) I had only just put on my cloth cap when a postman came round the corner. I gave him good morning and he answered me unsuspiciously. (Buchan)

41Il s’agit, a priori, d’une construction qui partage peu de propriétés avec la précédente. Contrairement à ce que nous avons vu ci-dessus, la proposition en when est, ici, toujours en seconde position, de sorte que l’on pourra représenter l’ensemble < P1 when P2 >, où P1 représente la principale, P2 la subordonnée8. Cette construction n’implique ni la négation, ni l’appel à une source subjective autre que le narrateur pour sa compréhension.

42Au-delà de ces différences, cependant, nous espérons démontrer que le même problème – celui de l’identification de la proposition-repère – se pose, et que les mêmes réponses – l’ajustement et la réanalyse – s’imposent.

2.1 Problématisation

43Nous avons vu, ci-dessus, qu’on considère, habituellement, que la proposition précédée de when est une proposition-repère (subordonnée) qui sert à localiser dans le temps une proposition-repérée (principale). Une telle analyse, qui est peu controversée lorsqu’on l’applique à la plupart des énoncés, est cependant difficile à défendre face à des énoncés comme ceux-ci :

(3) I had only just put on my cloth cap when a postman came round the corner. I gave him good morning and he answered me unsuspiciously. (Buchan)
(14) I had not gone more than 150 yards, however, when I heard a hideous outcry behind me, which caused me to run back again. (Conan-Doyle)
(15) I was just fitting my key into the door when I noticed a man at my elbow. (Buchan)

44En effet, d’un point de vue purement intuitif, on pourrait penser que, dans (3), l’événement principal est l’arrivée du facteur, arrivée que l’on situe par rapport au moment où le sujet met sa casquette. Une telle lecture « intuitive »9 est cependant diamétralement opposée au modèle habituel, qui prédit que la subordonnée contient la proposition repère, et la principale, la répérée. L’analyse des énoncés (14) et (15) appelle les mêmes remarques : dans tous les cas on pourrait avoir l’impression que P1 est le repère et P2 le repéré, et ceci en dépit du rôle subordonnant de when.

45Pour expliquer ce phénomène, on pourrait, par exemple, abandonner la thèse traditionnelle, qui associe when à la proposition-repère, et considérer que l’élément essentiel, pour décider de l’élément repère, est l’ordre des propositions. Et cependant, si on décide que l’ordre linéaire est le facteur déterminant dans le rapport repère-repéré, on se crée de formidables problèmes par ailleurs. Comment expliquer les cas où la proposition en when est en deuxième position, mais possède, manifestement, un statut de repère ?

(16) He used to ski a lot when he was younger.

46Par ailleurs, si, dans < P1 when P2 >, P1 est repère (en vertu de sa position), comment alors différencier cette construction, et celle où when se trouve en tête d’énoncé, < when P1, P2 > ? Il est évident que (16) ne signifie pas la même chose que (16’) (d’acceptabilité douteuse) :

(16’) ? When he used to ski a lot he was younger.

47Bally, en parlant du français, où le problème se pose aussi, propose une explication en terme d’intonation (« mélodie »).

Le jeu de la mélodie suffit aussi à transformer une subordonnée en principale, et inversement. « Nous étions au jardin lorsque l’orage éclata » est une phrase liée contenant une principale et une subordonnée ; mais prononcez-la en AZ, elle équivaudra à « Alors que nous étions au jardin (A), un orage éclata (Z). » De même : « Nous étions à peine rentrés, que l’orage éclata » signifie en réalité « Un peu après que nous étions rentrés (A), l’orage éclata (Z) » ; là aussi, la succession des propositions est l’inverse de ce que fait prévoir la forme matérielle, et seule la mélodie décide de l’interprétation […]10 (Bally 1950, 64)

48Or, s’il est vrai que P2, dans cette construction, reçoit une intonation habituellement réservée aux principales, il serait erroné d’y voir une explication suffisante du phénomène. En effet, les énoncés (3), (14) et (15) proviennent d’œuvres littéraires, écrites pour être lues, et on les comprend, nonobstant l’absence d’intonation, comme recelant des occurrences du when de péripétie.

49Il est une dernière caractéristique purement syntaxique des énoncés de ce type, que nous tenons à mentionner. Ils peuvent, à l’instar de certaines principales, comporter des cas d’inversion entre sujet et verbe, de sorte que (3) pourrait être modifié pour donner :

(3’) I had only just put on my cloth cap when round the corner came a postman.

50Autre propriété remarquable : la possibilité de cette forme d’interrogation très particulière qui est who should… but…?

(3’’) I had only just put on my cloth cap when who should come round the corner but Bill Brown ?

51Il est vrai que ceci est le seul type d’interrogatif admis par cette construction, mais le fait même de trouver, dans une proposition repère (axiomatiquement dotée de propriétés de stabilité) un interrogatif (par définition instable) est suffisamment extraordinaire pour qu’on le signale.

52Il est, bien sûr, impossible de trouver des énoncés avec when en première position qui admettent ces deux manipulations :

(3’’’) * When round the corner came the postman I had only just put on my cloth cap.
(3’’’’) * When who should come round the corner but Bill Brown I had only just put on my cloth cap.

53Pour résumer cette première partie : nous avons montré que certains énoncés de la forme générale < P1 when P2 > semblent s’inscrire en faux contre l’analyse qui voudrait attribuer à la subordonnée en when le statut de repère. Intuitivement, la proposition-repère, dans le cas du when de péripétie, semblerait même être la principale, alors que la proposition-repérée serait la subordonnée syntaxique. Certaines propriétés, tant intonatives (intonation d’une indépendante) que syntaxiques (présence éventuelle d’inversion ou d’un interrogatif dans la subordon­née), confirment qu’il ne s’agit pas d’une subordonnée ordinaire. Il s’est révélé cependant impossible d’expliquer ce phénomène par un simple appel à l’intonation (Bally) ou par l’ordre des propositions.

2.2 Caractéristiques de ce type d’énoncé

54Outre la postposition de la proposition en when, ce type d’énoncé possède un certain nombre d’autres propriétés que nous pouvons répertorier. Nous donnerons des propriétés qui sont illustrées dans les exemples ci-dessous :

(3) I had only just put on my cloth cap when a postman came round the corner. I gave him good morning and he answered me unsuspiciously. (Buchan)
(14) I had not gone more than 150 yards, however, when I heard a hideous outcry behind me, which caused me to run back again. (Conan-Doyle)
(15) I was just fitting my key into the door when I noticed a man at my elbow. (Buchan)
(17) I had come to the conclusion that he had dropped asleep, and indeed was nodding myself, when he suddenly sprang out of his chair with the gesture of a man who has made up his mind and put his pipe down upon the mantelpiece. (Conan-Doyle)
(18) I slept at Baker Street that night, and we were engaged upon our toast and coffee in the morning when the King of Bohemia rushed into the room. (Conan-Doyle)
(19) With an apology for my intrusion, I was about to withdraw when Holmes pulled me abruptly into the room and closed the door behind me. (Conan-Doyle)

55Dans un énoncé comprenant un when de péripétie, de la forme générale < P1 when P2 > :

56• P1 contient une forme verbale aspectuelle, le plus souvent be+ing ((15), (17)) ou had -en ((3), (14).

57• P2 contient une forme verbale simple (tous nos exemples).

58• P1 contient souvent un marqueur adverbial corrélatif (only just (3), just (15), not… more than… (14)).

59P1 ne pose pas l’existence d’un nouvel événement, mais nous fournit une représentation d’une situation par rapport à laquelle un procès est repéré (par identification, be+ing, ou par différenciation, had -en). P2, en revanche, construit une représentation qui prédique l’existence d’un nouvel événement et, souvent, d’un nouvel élément dans la situation-repère, introduisant de la sorte une impression de rupture ou de discontinuité par rapport à la situation dans P1 (la « péripétie »).

60On peut proposer de représenter le rapport entre procès dans ce type de construction de la façon suivante :

-----------------P1--------------------]

P2

Procès 1 (situation stable) 11

Procès 2 (discontinuité)

61Le second procès peut ainsi être vu comme contigu à la borne de droite du premier procès. Essentiellement, deux cas de figure se présentent :

62• le second procès est contigu et à gauchede la borne de droite, en figure :

63Ceci nous fournit un effet de sens très fréquent dans ce type d’énoncé : celui de l’interruption du premier procès (souvent à la forme be+ing) par le deuxième. On retrouve cette valeur dans, par exemple, (15), ou, sans be+ing, mais avec une représentation tout à fait similaire, dans (18) :

(15) I was just fitting my key into the door when I noticed a man at my elbow (Buchan)
(18) I slept at Baker Street that night, and we were engaged upon our toast and coffee in the morning when the King of Bohemia rushed into the room. (Conan-Doyle)

64• le second procès est contigu et à droite de la borne de droite

65Ceci nous fournit un autre effet de sens typique de cet emploi : celui de la succession immédiate des procès. On trouve, typiquement, had -en dans P1, comme dans, par exemple, (3), ou encore dans (20) :

(3) I had only just put on my cloth cap when a postman came round the corner. I gave him good morning and he answered me unsuspiciously. (Buchan)
(20) She had hardly said the words when young Mr. McCarthy came running up to the lodge to say that he had found his father dead in the wood […] (Conan-Doyle)

66Les marqueurs adverbiaux corrélatifs dont nous avons fait état ci-dessus servent, en général, à minimiser la distance entre la borne de droite du premier procès, et le moment où se produit le deuxième. Ainsi, dans (17), par exemple, hardly signale que la distance qui sépare la fin de I put on my cloth cap de a postman came round the corner est quasi-nulle.

67Nous allons voir, dans notre prochaine partie, comment les remarques ci-dessus, de caractère descriptif, visant à préciser le rapport entre les procès dans ce type d’énoncé, nous aident à déterminer le fonctionnement syntaxique du when de péripétie.

2.3 L’effet corrélatif

68Pour expliciter le fonctionnement du repérage inter-propositionnel dans ces énoncés, nous allons travailler sur (3). Nous pensons qu’il s’agit d’un mécanisme fondamentalement corrélatif. Ce mécanisme n’est cependant pas marqué formellement dans l’énoncé, mais est plutôt induit par un conflit entre détermination énonciative et syntaxe12.

69Dans (3), I had only just put on my cloth cap when a postman came round the corner, P2 est marquée comme repère pour P1 par l’emploi de when. Or, un repère devrait par définition être construit comme un élément stabilisé. Ceci pourrait être le cas de l’énoncé (3). On pourrait en effet trouver (3), légèrement modifié13 dans l’échange suivant :

A : What were you doing when the postman came round the corner ?

B : I had only just put on my cloth cap when the postman came round the corner.

70Ici, P2 jouerait parfaitement le rôle de repère que lui confère when. Dans le cas du when de péripétie, toutefois, P2 introduit un nouvel élément, de façon insolite, dans une situation stable. Il en résulte un conflit entre la syntaxe, qui nous dit que P2 est un repère, et la détermination énonciative (et narrative, pourrait-on dire) de P2, qui nous dit, au contraire, que P2 ne possède pas la stabilité requise pour être un bon repère.

71Du coup, le rapport repère-repéré est inversé, et le procès dans P2 doit être repéré par rapport au procès dans P1. Le procès dans P1, cependant, est, lui aussi, insuffisamment localisé. En effet, la forme aspectuelle dans P1 (had -en dans (3)), implique une situation par rapport à laquelle on considère que le procès I put on my cloth cap est accompli. Cette situation ne peut se trouver ailleurs que dans l’événement a postman came round the corner (P2).

72Ainsi, P2 doit être repéré par rapport à P1, qui doit, à son tour, être repéré par rapport à P2. C’est un peu comme si l’on apprenait, en même temps, à la fois When I had put on my cloth cap, a postman came round the corner (P1 permet de situer P2), et When a postman came round the corner, I had put on my cloth cap (P2 situe P1). Ce type de double repérage est, bien entendu, le propre des schémas corrélatifs. On reconnaîtra aisément que la présence d’adverbes de type corrélatif dans P1 portant sur l’écart entre les deux procès en jeu représente un indice supplémentaire du fonctionnement à l’œuvre.

73Ce qui est proprement remarquable dans tout cela est le mécanisme selon lequel un schéma reconnaissable, celui de la proposition circons­tancielle de temps, est pour ainsi dire subverti, sciemment détourné, pour produire un deuxième schéma. La réanalyse provoquée, le réajus­tement nécessaire, font ensuite partie de la nouvelle signification, de sorte qu’à la péripétie narrative vient s’ajouter, de façon iconique, une péripétie syntaxique.

Conclusion

74Dans cette étude nous nous sommes attachés à décrire le fonctionne­ment de deux types de constructions en when. Les deux constructions en jeu sont, à première vue, analysables en une principale, et une propo­sition subordonnée, circonstancielle de temps en when. Dans les deux cas, cependant, la subordonnée en when ne semble pas posséder les propriétés de stabilité exigées par son statut de repère.

75Dans le premier cas, c’est la présence d’une négation, en contexte spécifique, qui s’oppose à ce que la subordonnée soit un bon repère pour la principale. Son statut de repère est cependant reconstruit en considérant que ce n’est pas la proposition négative telle quelle qui est repère, mais plutôt la prise de conscience chez une source subjective autre que le narrateur, que tel ou tel événement ne se produira pas. On rachète, de la sorte, un conflit entre syntaxe et détermination énonciative en introduisant un troisième terme dans le calcul.

76Dans le deuxième cas, c’est, en un mot, le caractère insolite de la prédication d’événement contenue dans la subordonnée qui la contre-indique en tant que repère valable. Ensuite l’instabilité des deux propositions en jeu génère un schéma corrélatif là où, dans un premier temps, on croyait voir une simple circonstancielle de temps.

77Nous trouvons, dans les deux cas, une illustration du caractère déformable du langage humain. Un schéma syntaxique a priori reconnaissable est mis en déséquilibre par l’énonciateur au moyen des déterminations énonciatives. Du côté du coénonciateur, il devient nécessaire d’opérer un ajustement, une réanalyse de la construction, pour qu’elle fasse sens, mais, ce faisant, l’ajustement devient lui-même un élément de la signification. Ce type de phénomène est décrit, dans le passage suivant, par Culioli :

[…] il y a à travers les opérations, une mémoire : d’où des représentations complexes, puisque chaque représentation dérivée n’abolit pas (ou plutôt n’abolit pas nécessairement) la représentation antérieure. On aura des surimpositions, des moirages, des ambivalences, bref un jeu où un état antérieur n’est pas aboli par un état ultérieur. (Culioli 1991, 119)

78Tout modèle grammatical doit viser à rendre compte des rapports constants, sans lesquels la communication serait impossible, mais il est impératif aussi de pouvoir décrire les déformations opérées sur ces rapports. Il s’agit, assurément, de la subversion de la forme par la construction du sens, mais, si le langage est règle, il est aussi, et peut-être surtout, subversion.

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1999, « Notes on peripeteic
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Notes

1 .Nous remercions Hélène Chuquet et Franck Zumstein de leur relecture attentive, et des remarques et suggestions dont ils nous ont fait part.

2 .L'exemple (4) est, en fait, légèrement différent des autres, dans la mesure où l'on pourra proposer une glose sans négation : when I refused to kiss him…, ce qui rend moins urgent le besoin de faire appel à une deuxième source subjective pour l'interprétation (cf. infra).

3 .Cela n'implique pas que when perde toute valeur temporelle dans ces exemples, bien entendu, mais, dans les deux cas, on admettra aisément un rapport de cause à effet entre subordonnée et principale, qui vient se greffer au rapport temporel déjà présent (because… she could no longer resist, she hunted a remark ; they left me alone becausethey saw I did not react).

4 .Ici, bien sûr, la situation d'énonciation est imbriquée dans le récit, et concerne un énonciateur rapporté.

5 .Le français aura en fait souvent recours à une coupure syntaxique, pour parvenir à un effet similaire à celui obtenu en anglais. On trouve ainsi des traductions de type : Il attendait une objection. Aucune ne vint, alors…

6 .« Le parcours sur les situations de validation d'une relation prédicative peut déboucher sur l'itération, l'habitude ou la propriété (énoncés génériques au présent simple, par exemple. […] La relation prédicative est alors validable pour toute situation repère » (Bouscaren, Chuquet et Danon-Boileau 1987, 160).

7 .Cf. Adamczewski et Delmas (1982, 347). Les auteurs ne mentionnent pas la source de cette appellation, mais la figure de style est décrite, dans le Petit Robert, comme un « changement subit de situation dans une action dramatique, un récit », du grec , événement imprévu (1989, 1404).

8 .Notons que la numérotation, 1 et 2, ne vise à rendre compte que de l'ordre linéaire des propositions dans l'énoncé. Le rapport entre, d'un côté, P1 et P2 et, de l'autre, la principale et la subordonnée est donc inversé par rapport à la première partie.

9 .Nous nuancerons cette lecture un peu simpliste par la suite.

10 .Une lecture « en AZ » correspond à un premier segment montant, et un second segment qui porte « l'intonation modale de toute phrase indépendante » (Bally 1950, 62).

11 .Nous parlons de « stabilité » dans la mesure où be+ing construit une représentation continue d'un procès, où chaque instant de son déroulement est qualitativement indifférenciable des autres.

12 .Dans Ranger (1999) nous considérons trois hypothèses explicatives : celle d'un marqueur de subordination when qui serait, a priori, sans orientation particulière, celle d'une construction corrélative en when, et celle, retenue ici, d'une construction corrélative induite dans un deuxième temps, à partir d'un conflit entre syntaxe et énonciation.

13 .Le passage de l'article indéfini à l'article défini est nécessaire, si l'on veut marquer le statut de repère de P2, mais ce changement n'affecte pas notre argument.

Pour citer cet article

Graham RANGER, Catherine MÉRILLOU (2017). "Repérage, déformabilité et ajustement dans les propositions circonstancielles en when". Cahiers Forell - Formes et Représentations en Linguistique et Littérature - Archives (1993-2001) | Complexité syntaxique et sémantique.

[En ligne] Publié en ligne le 29 novembre 2017.

URL : http://09.edel.univ-poitiers.fr/lescahiersforell/index.php?id=469

Consulté le 19/09/2019.

A propos des auteurs


Complexité syntaxique et sémantique - études de corpus - n°14

Ce volume des Cahiers Forell est l’aboutissement du travail d’une équipe (ou « Opération » de l’EA 1226), le Cercle de Recherches Linguistiques de Poitiers, étalé sur plus d’un an. Ce travail  repose sur la confrontation de données langagières diverses (langues différentes, variation, traductions) et leur analyse linguistique à la lumière d'une pluralité d'approches théoriques. C’est un travail collectif: chaque contribution a fait l’objet d’un exposé, d’une discussion et de relectures au sein du groupe. La question de l’utilisation d’un corpus dans l’analyse linguistique n’est pas nouvelle: il faut savoir comment on le traite, quel type de corpus on utilise, quels sont les cas où l’on ne peut échapper au corpus collecté à partir de l’écrit faute de locuteurs, quelles précautions prendre pour éviter qu’il ne devienne une simple collection de beaux spécimens. Les contributions proposées dans ce volume peuvent se fonder sur une forme de corpus préexistant : par exemple des corpus informatisés tels que le LOB, le Brown, le COLT ou le British National Corpus, sur l’anglais, ou bien ceux réalisés par deux chercheurs sur les variétés canadiennes de français, ou encore, dans le cadre d’études lexicales, les entrées du dictionnaire. Il peut s’agirau contraire de corpus collectés pour une recherche déterminée : corpus réuni à des fins sociologiques, extraits de lectures personnelles ou enquêtes réalisées « sur le terrain » pour le français ou l’anglais. Les travaux présentés ici ne sont qu’une « coupe » synchronique dans la vie d’un groupe de recherches. La part d’exploitation et de constitution des corpus ainsi que celle du traitement informatique des textes s’affirmeront plus que jamais dans les activités de l’équipe aux côtés de la réflexion théorique: c’est pourquoi ce recueil constitue à la fois un bilan de parcours mais aussi préfigure certaines des orientations de recherche à venir.



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Dernière mise à jour : 18 octobre 2018

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