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As temporel : opération d’identification ? Étude du marqueur et de ses traductions en français1

frPublié en ligne le 29 novembre 2017

Par Michael VALLÉE et Jean-Charles KHALIFA

Résumé

L’article est une étude du marqueur As dans son emploi de connecteur temporel interpropositionnel en anglais contemporain. En s’appuyant sur un corpus de 350 énoncés, les auteurs tentent de mieux cerner les invariants du marqueur, et soutiennent en particulier que le concept d’« identification » couramment admis comme valeur centrale de As par les linguistes anglicistes français, est en fait mal adapté dans cet emploi temporel. Le concept de « pseudo-identification » est introduit, l’étymologie du marqueur interrogée, et l’étude des traductions d’énoncés comportant As vient confirmerqu’il y a toujours dans sa sous-jacence une disjonction si faible soit-elle. On pourra, au passage, mieux rendre compte des valeurs discursives toujours susceptibles d’affleurer derrière les valeurs temporelles, jusqu’à même parfois les dominer.

Introduction

1as, en tant que marqueur temporel, a fait l’objet d’assez peu de recherches chez les linguistes français. En revanche, de nombreux tra­vaux ont été menés sur le as exprimant une relation causale ou de com­paraison, à la suite desquels il est généralement admis que ce marqueur est la trace d’une opération d’identification dans ces structures.

2Dans cet article, nous allons essayer de montrer que cette terminologie n’est pas totalement satisfaisante au point de vue théorique pour les constructions temporelles2. En particulier, nous allons voir que l’opération d’identification qui semble caractériser ce marqueur et qui est souvent associée à la notion de simultanéité par de nombreux courants théoriques semble peu appropriée pour certains de nos exemples.

3Par conséquent, l’objectif de cette étude est, non pas de redéfinir ce qu’est l’opération d’identification, concept élaboré par Antoine Culioli dans sa théorie des opérations énonciatives dont nous nous réclamons, mais d’essayer de proposer une terminologie plus appropriée pour les propriétés intrinsèques de as en tant que marqueur temporel.

1. Méthodologie

1.1. Description de notre démarche

4Afin de tenter de dégager les propriétés intrinsèques de as dans un contexte temporel, nous nous sommes attachés à analyser les paramètres suivants :

5– Les aspects grammaticaux et lexicaux des procès en jeu dans P1 et P;

6– Les différences d’interprétations en fonction de la position des propositions de part et d’autre du marqueur, c'est-à-dire P1(,) as P2 vs as P2, P;

7– Les « substitutions » possibles de as avec while et / ou when ;

8– Les problèmes liés à la traduction en français des énoncés anglais : Pourquoi la structure anglaise est-elle si peu conservée en français ?

9– L’antéposition et la postposition de as jouent-elles un rôle significatif pour la traduction des énoncés ?  

10Cette étude a été menée à l’aide d’un corpus composé de 350 énoncés environ rassemblant majoritairement des énoncés écrits anglais et américains de différents genres (romans, presse écrite). Nous avons également utilisé le corpus Brown afin de collecter des écrits « oralisés » (discours structurés ou spontanés).

1.2. Données quantitatives

11Il est intéressant de constater que les énoncés collectés ne se trouvent que dans des contextes écrits. En effet, nous nous sommes également attachés à rechercher des énoncés oraux dans le corpus Lund, toutefois nous n’en avons pas trouvé en quantité suffisante pour mener une recherche. La proportion des énoncés oraux se révèle très faible : environ 0,1% des énoncés comportent as temporel. Du reste, on remarquera que le marqueur demeure globalement rare même à l’écrit : dans le corpus Brown, sur un total de 175000 mots, nous n’en avons trouvé que 150, ce qui ne représente que 1 % environ.

12La deuxième observation relative à notre corpus concerne l’ordre des propositions. Nous avons constaté que P2 dans P1 as P2 était très majoritairement postposée (environ 80 %). Nous reviendrons sur ce  paramètre dans notre troisième partie, où nous constaterons en particulier que, selon l’interprétation que l’on donne au marqueur en fonction des contextes, le choix de l’antéposition ou de la postposition sera déterminant en français.

13Enfin, nous n’avons relevé qu’un nombre très réduit d’énoncés comportant des formes aspectuelles marquées associées aux procès de P1 et / ou de P2 (environ 0,5 %) et plus particulièrement la très faible représentation de be + -ing. Comme nous le verrons par la suite, la très grande rareté de cette forme aspectuelle et les aspects lexicaux des procès en jeu dans les énoncés trouveront leur justification dans les propriétés intrinsèques du marqueur.

2.1. Concomitance / simultanéité / identification

14Ce concept ou cette notion de simultanéité semble être une constance dans la description des propriétés intrinsèques de as en tant que marqueur temporel chez les linguistes anglicistes français. Par exemple, on trouve chez Lapaire et Rotgé3 :

Dans son acception temporelle, as introduit un événement repère auquel il fait coïncider (lit. ‘tomber ensemble’) un autre événement, en parfaite synchronie. L’on parle alors de concomitance ou de simultanéité (angl. co-occurrence).

15Nous verrons cependant que la concomitance ou simultanéité ainsi décrite ne semble pas totalement s’appliquer à nos énoncés. Nous montrerons en effet qu’il est possible d’opérer des distinctions plus fines.

16Claude Guimier4 propose, quant à lui, une terminologie un peu différente en faisant référence à une identification stricte « lorsqu’au résultat les deux procès coïncident dans le temps » et relative « lorsqu’une relation d’inclusion s’établit entre les deux procès ». On trouve de nouveau l’idée de coïncidence, de concomitance. Toutefois même si des distinctions sont apportées, elles ne tiennent pas compte ni de l’aspect lexical ou grammatical des procès ni de l’antéposition ou de la postposition de P2.

17Le concept d’identification est également retenu par les linguistes se réclamant de la Théorie des Opérations Énonciatives (TOE). Toutefois, même si l’interprétation à donner à ce concept est différente de celle à donner à « identification » chez C. Guimier, nous ne pensons pas qu’elle permette d’expliquer totalement le phénomène en jeu.  Ainsi, Eric Gilbert5, dans une démarche de définition des propriétés intrinsèques du marqueur, avance : « identifier repère et repéré au moyen de “as” revient à construire le repéré comme occurrence de la notion repère ». Cependant, il s’est attaché dans son article à décrire les structures du type GN1 as GN2 où GN2 est le repère. Or, même si dans le cas de as en tant que marqueur temporel, le jeu du repère (P2) et du repéré (P1) semble bien être parallèle, nous pensons cependant  que les opérations sont différentes. De plus, nous pouvons nous demander s’il est pertinent de raisonner en termes d’identification dès lors que l’on travaille sur la catégorie des instants.

2.2. « Suspension » de la borne de droite

18Anne Trévise6 aborde le problème sous l’angle de la « suppression » ou de la « suspension de la borne de droite » dans le cas de as temporel en ajoutant « quand elle [= la borne de droite] est présente dans le sémantisme ‘de base’ de la construction verbale, un peu comme be+-ing le fait ». Nous pensons que cette idée est à retenir puisque l’on a intuitivement l’impression que la borne de droite du procès repère est effacée ; elle devra néanmoins faire l’objet de quelques précisions théoriques. De plus, A. Trévise ne mentionne qu’indirectement le rôle de l’aspect lexical du procès, qui comme nous le verrons, sera de prime importance pour la détermination des effets de sens et pour la compréhension du fonctionnement interne du marqueur.

3. Quelques repères : l’idée d’identification est-elle appropriée À tous les cas ?

3.1. Etymologie de as

19Selon l’OED, as provient de la réduction, par étapes successives, du vieil-anglais eal-swà (= all + so), à l’origine démonstratif, qui signifiait wholly so, quite so, just so. Le marqueur

as a relative and antecedent has been phonetically weakened through alswà, alsa, alse, als, as and alswà, alswo, also, alse, ase, as, to [Qz]. This phonetic weakening, in each of its successive stages began with the relative sense, whence it extended to the other sensés (OED, 120).

20Lapaire et Rotgé7 expliquent également que le premier morphème eal/al (all) semble avoir très vite perdu sa valeur d’intensification (glosée par wholly, quite). Toutefois, même si l’on admet que ce paramètre semble avoir disparu, on essaiera de voir si les propriétés de all ne permettent pas d’expliquer l’une des valeurs, sinon la valeur prépondérante, de as.

3.2. Les différentes valeurs en contexte

21Malgré l’apparente unanimité des linguistes concernant la valeur de concomitance ou de simultanéité propre à as en tant que marqueur temporel, notre corpus fait ressortir non pas une seule valeur mais deux : la concomitance et la consécution.

3.2.1. La concomitance

[1] Judge Wright dismissed Ms. Jones's lawsuit last April, saying that the President's behavior, while boorish, did not meet the standard of sexual harassment under Federal law. Ms. Jones appealed; in November, Clinton resolved her claim with an out-of-court settlement and a payment of $850,000.

As the Jones case was winding down, the criminal investigation of the President was moving forward. On Aug. 17, Clinton appeared by videotape before a Federal grand jury and admitted that he had had a sexual relationship with Ms. Lewinsky over a 21-month period from late 1995 through early 1997. (New York Times, 13/04/99)

[2] The morning air was filled with the sweetish odor of new-spilled blood, the acrid stench of frightened horses, and the bitterness of burned powder. A horse screamed as it twisted from side to side in a frenzy. A rifle cracked; the square head fell over. One of the warriors suddenly leaped to his feet and began running across the valley to the trees that lined the small creek (Corpus Brown, N04 1150)

[3] The girl tapped the quirt impatiently against her knee and glared at him. He took it without flinching.   "I said go home, Joseph. You've got no business up here".   The half-breed didn't answer this time. But the scar seemed to pull hard at the corner of his mouth, and his eyes were hurt and angry. It made Wilson wonder. He watched the half-breed as he turned silently. They could hear the pony's feet on the dry leaves for a while, then the sound faded out. (Corpus Brown, N05 0760)

3.2.2. La consécution

[4] The ship always chose its own partner. Had there been another "brain" ship at the Base at the moment, Helva would have been guided to make the first move. As it was, while Central wrangled among itself, Robert Tanner sneaked out of the pilots' barracks, out to the field and over to Helva's slim metal hull. "Hello, anyone at home"? Tanner wisecracked.   "Of course", replied Helva logically, activating her outside scanners. "Are you my partner"? she asked hopefully, as she recognized the Scout Service uniform.   "All you have to do is ask", he retorted hopefully.   "No one has come. I thought perhaps there were no partners available and I've had no directives from Central. (Corpus Brown)

[5] Greg climbed into the cockpit feeling as if he had never been in one before. But his hands and those of Donovan moved automatically adjusting and arranging in the check-out procedure. "I've got her as neat as I can", Donovan said, as he dropped the straps of the Seton harness over Greg's shoulders. (Corpus Brown, N15 0240)

[6] Some of the women winced palpably and fell back as they were passed over. Others stood their ground and stared defiantly back. (John McGahern, Like All Other Men, 1989)

22Sans produire d’analyse de chaque énoncé pour l’instant, on peut constater que les énoncés de [1] à [3] amènent un effet de concomitance, s’opposant en ceci aux énoncés de [4] à [6] qui tendent vers une interprétation consécutive, alors même que les formes aspectuelles, hormis celle de l’énoncé [1] (forme aspectuelle marquée dans P1 et P2 en -ing) demeurent les mêmes. On a affaire à des procès bornés fermés compacts (on se souviendra qu’il s’agit là d’une des caractéristiques associées à l’aoristique décrit par A. Culioli8). La justification de la différence d’interprétation, au moins pour ces énoncés, est à chercher non pas dans l’aspect grammatical mais dans l’aspect lexical, comme nous le montrerons par la suite.

4. CaractÉrisation formelle du marqueur

23La structure P1 as P2 marque une relation d’enchaînement de lexis que Culioli définit ainsi9 :

Une lexis peut fonctionner comme repère par rapport à elle-même (auto-repérage), par rapport à une autre lexis (enchaînement inter-propositionnel). Un tel enchaînement peut se ramener à un nombre de cas élémentaires : les relations inter-lexis sont nécessairement de concomitance, ou de consécution, ou de concomitance-consécution (par composition, et en travaillant sur Qt et Sit, on obtiendra les différentes relations dites de subordination). 

24Dans notre cas, comme nous l’avons déjà signalé, P2 dans P1 as P2 est l’élément repère dans la relation d’enchaînement de lexis. Ce qui signifie que P1 va être construit en fonction des coordonnées aspectuo-temporelles de P2. Toutefois, avant de décrire les propriétés du marqueur, nous souhaitons présenter brièvement les propriétés de when et de while, ce qui nous permettra d’établir des comparaisons et surtout de montrer quelle est la place de as par rapport aux deux autres marqueurs.

4.1. when / while

25Si l’on résume les propriétés de when en fonction des éléments apportés par Zeitoun10 et si l’on considère les propos de Franckel11 sur quand dont les propriétés sont sinon semblables au moins très proches pour les structures qui nous intéressent, on peut signaler que when ne marque aucun ancrage par rapport à la situation d’énonciation et il sert à construire, dans une relation du type P1 when P2, P2 en ti comme repère pour la construction de P1 en tj.

26While, pour sa part, dont nous ne traiterons pas puisqu’il fait l’objet d’une description détaillée dans un article du présent volume, permet, en tant que repère, de reprendre la localisation de P2 pour la transformer en qualification pour la construction de P1 dans une relation de type P2 while P112.

4.2.  as

27AS en tant que marqueur temporel se caractérise selon nous par cinq propriétés fondamentales :

28– AS ne marque aucun ancrage par rapport à Sit0.

29– P2 n’est pas localisée par rapport à AS, car il possède sa propre localisation.

30– AS permet la reprise de la locasition de P2 pour construire P1 marqaunt ainsi une pseudo-identification des t. AS transforme donc une altérité première des t en une pseudo-identification.

31– AS est donc un marqueur qui ne discrétise pas par lui-même. Il est un marqueur de parcours des instants de P2 avec totalisation, valeur que l’on retrouve par ailleurs dans son étymologie (eal-swà = all + so).

32– Les différents effets de sens sont provoqués par l’aspect lexical des procès. Si le procès associé à P2 est ponctuel, on aura un effet de consécution, si le procès est de type duratif, on obtiendra un effet de concomitance.

33Il nous faut revenir sur ce que nous avons appelé une « pseudo-identification ». Nous pensons en effet que le concept d’identification sans aucune modulation ne paraît pas totalement approprié. Si l’on considère la classe des instants, celle-ci, comme le précise Franckel,

présente les mêmes propriétés que toute classe d’occurrences. Les occurrences de la classe des t sont a priori non distinguables et individuables. Il s’agit d’une hétérogénéité première, non construite. […]. Cette classe va pouvoir faire l’objet de différents types de structuration qui vont en particulier permettre d’opérer, à partir de cette hétérogénéité première, une homogénéité construite ou une hétérogénéité construite.13

34Or, dans le cas de as temporel, si l’on considère que l’on a affaire à une identification, cela signifie que l’on construit la classe des t comme homogène, ce qui d’après la caractéristique propre aux instants peut se défendre ; toutefois, il faut noter que dans notre structure P1as P2, les t de P1 et de P2 sont distincts. L’opération dont as est la trace consiste à « éliminer » cette distance, à « rapprocher » les deux t jusqu’à « faire comme si » il s’agissait du même t, mais il demeure néanmoins une distance, donc une hérétogénéité14. C’est une des raisons majeures qui  rendent, à notre sens, le terme de « pseudo-identification » plus approprié.

5. Illustrations

5.1. Seul while est attestable à la place de as

[7] Even as she was telling me about it I became aware of a give-away flush that suffused her neck and moved upwards to her cheeks, and subconsciously I realized that when she entered the store she did not switch on the lights. The cavernous depth, cluttered with antiques, echoed to her hard heels as / while / *when she walked directly to the office in the rear and took the seat at his desk. (Corpus Brown, N18 0860)

35On constate tout d’abord que les procès dans l’exemple [7] ont tous un aspect aoristique. Ils ont donc tous pour caractéristique un intervalle borné, fermé, compact. Par conséquent, seul l’aspect lexical des procès va déterminer l’effet de sens à donner à la structure. Intuitivement, on pourrait voir les deux procès comme concomitants et considérer une nouvelle fois que as marque la présence d’une opération d’identification. Toutefois, on constate que cet énoncé se teinte, en plus de sa caractéristique temporelle, d’une relation causale. Cette relation montre que l’opération d’identification seule ne peut rendre compte de cet effet. Ainsi, pour qu’il y ait une relation de ce type, il faut qu’il y ait un procès antérieur et postérieur. Les propriétés que nous avons évoquées permettent d’en rendre compte. As, dans ce contexte, parcourt totalement le procès repère walk et permet la localisation de P1 (echoe), éliminant mais, pas complètement, la distance entre les deux procès, si bien qu’il demeure deux t distincts faisant comme si la borne de droite du procès repère walk « touchait »15 la borne de gauche du procès echo.

36La compatibilité de while dans cet énoncé se justifie par le fait que le marqueur construit une relation de concomitance entre les deux procès. Il y a donc construction d’un même t localisateur pour les deux procès. Ceci explique également que l’on ne trouve pas la présence d’une relation causale avec ce marqueur pour les raisons que nous avons mentionnées. En revanche, when ne peut se substituer à as, en raison de la construction syntaxique. En effet, pour fonctionner, when aurait besoin d’être antéposé afin de poser le repère temporel et de construire ainsi une cohérence dans la présentation des procès. Tout comme as, when construit, en plus de la relation de consécution entre les deux procès, une relation causale or ce dernier admet difficilement, dans le cadre d’une interprétation consécutive-causale, une construction P1when P2.

5.2. Seul when est attestable à la place de as

[8] The truck dropped them off at the various revetments spread through the jungle. Donovan snatched Greg's chute from him with a belligerent motion and almost ran to the plane with it. His face was dark as the sky above it as he stood on the wing and waited for his pilot. Greg climbed into the cockpit feeling as if he had never been in one before. But his hands and those of Donovan moved automatically adjusting and arranging in the check-out procedure. « I've got her as neat as I can », Donovan said, as / when / *while he dropped the straps of the Seton harness over Greg's shoulders (Corpus Brown, N15 0240)

37On remarque de nouveau que les procès sont à l’aspect aoristique ; ils sont bornés, fermés, compacts. As et when permettent la reprise de la localisation du procès drop pour construire le procès say. Ces deux marqueurs construisent une relation de consécution explicite en particulier grâce à l’aspect lexical du procès repère drop. La différence fondamentale entre when et as réside dans le fait qu’avec when on se situe à l’extérieur de la borne de droite du procès, on se situe dans l’accompli du procès, alors qu’avec as, il existe un parcours avec totalisation des t associés au procès repère avant la construction du procès repéré (valeur du all, cf. étymologie). De plus, when construit deux t distincts, alors que as construit une élimination de la distance entre ces deux t (mais pas totalement), ce qui permet également d’obtenir une relation de consécution. When fonctionne dans ce contexte, puisqu’à la différence de l’énoncé [7], on ne trouve pas de relation causale, ici, en effet, il ne construit, tout comme as, qu’une relation temporelle. While, en revanche, ne peut fonctionner car on ne peut construire un même t localisateur pour les deux procès.

5.3. while et when sont attestables à la place de as

[9] It was not, thought Pamela, such an evil place after all. No wonder Melissa responded so completely to its beckoning.   Perhaps she had no reason to fear these trees that whispered their secrets above her head as / when / whileshe passed. (Corpus Brown, N08 0590)

38On retrouve ici les mêmes caractéristiques qu’à l’exemple précédent. Whilepeut fonctionner car les deux procès pass et whisper peuvent être interprétés comme étant repérés sur le même t. When, en revanche, construit deux t distincts pour la localisation des procès ; il y a donc dépassement de la borne de droite pour la construction du procès repéré. C’est probablement une des raisons pour lesquelles l’énoncé en whenaurait très probablement, sans autre contexte une interprétation générique (whenever). En revanche, avec as, on observe un parcours du procès pass afin de construire le procès repéré whisper dans le complémentaire de pass. Les deux procès, en raison de leur aspect grammatical, donnent l’impression que la borne de « droite » de pass et la borne de « gauche » de whisper sont confondues. Or, il ne s’agit que d’une impression en raison de la faible distance qui sépare les deux procès puisque ce sont des points par définition.

5.4. as est le seul possible

[10] Still nursing anger I listlessly thumbed a car that was slowly approaching, its pre-war chrome nearly blinding me. It was stopping. Just as /*while/*when I straightened up with my duffel bag, I heard: "Sahjunt Yoorick, meet Mrs Major J.A Roebuck". The voice was that of Johnson, tail gunner of another crew. (Corpus Brown, N16 0370)

39Cet exemple montre la place de as dans le micro-système qu’il constitue avec while et when. Le marqueur qui bloque l’apparition de while et de when est just. Ce dernier marque en effet l’élimination d’une altérité première. Or ceci correspond précisément à la description que nous avons donnée des propriétés de as en tant que marqueur temporel. On comprend ainsi que when ne puisse fonctionner avec just16 puisque dans un cas nous avons une construction de deux t distincts avec when, donc de l’altérité et just qui marque une élimination de cette altérité, ce qui provoque un conflit. En revanche, si just est supprimé, on obtient de nouveau un énoncé acceptable. L’incompatibilité constatée avec while vient une nouvelle fois du fait que l’on ne peut pas trouver un même t localisateur pour les deux procès en raison de l’aspect lexical du procès straighten up qui est ponctuel et en raison de just qui aurait pour effet de construire la borne de gauche du procès straighten up et de ce fait de ne pas construire une concomitance entre les deux procès. As en revanche fonctionne parfaitement puisqu’il permet la construction de la localisation du procès hear à partir de la localisation du procès straighten up et d’éliminer la distance entre les deux t mais pas complètement afin d’avoir la construction du procès dans le complémentaire du procès straighten up.

5.5. Contraintes d’apparition de as

40Les énoncés et les manipulations que nous venons de voir nous révèlent la place de as par rapport à when et à while. On remarque en effet que si l’on établit un gradient, on aura respectivement en fonction des propriétés intrinsèques des marqueurs : while / as / when. Si on observe un même t localisateur pour deux procès, on aura while pour conjonction. Si on a affaire à une construction d’élimination d’altérité mais tout en gardant une distance entre deux localisation de procès, as trouvera se place en tant que marqueur de connexion. Enfin s’il existe une construction de deux t distincts entre deux procès, when sera naturellement accepté.

41Ces considérations nous amènent à mentionner un exemple-limite ;  même s’il est attesté, et emprunté à un excellent écrivain contemporain, construit avec as, il a été rejeté par bon nombre des anglophones consultés, seul when leur paraissant acceptable dans ce contexte :

[11] He was applying first pressure to the brake as he saw the dusty, spinning wheels, the oily bulge of the differential… (Ian McEwan, The Child in Time, 1987)

42Ceci s’explique par la présence d’un aspect lexical ponctuel pour le procès repère see et l’inchoation construite à la fois par first et par l’aspect grammatical et lexical du procès apply. Cette organisation d’opérations a pour effet de construire deux t distincts pour la localisation des procès respectifs, ce qui rend as difficilement acceptable pour nos informateurs dans une telle configuration17.

43On voit que as ne peut apparaître que dans des contextes respectant des opérations particulières et que l’opération d’identification seule ne permet pas de décrire tous les phénomènes observables dans le cas de as en tant que marqueur temporel.

6. Étude des traductions de as temporel

44Notre objectif dans cette partie contrastive est double : d’une part, tester nos hypothèses sur le fonctionnement de asconnecteur temporel, et d’autre part, rechercher si des constantes pouvaient être dégagées en français. Pour ce faire, nous avons examiné, à l’intérieur de notre corpus, les 133 occurrences pour lesquelles on pouvait disposer d’une traduction déjà existante18; il nous a semblé en effet méthodologiquement peu satisfaisant de proposer des exemples traduits après coup, dans la mesure où nous risquions forcément de traduire en fonction de ce que nous espérions trouver ou démontrer, et par conséquent de fausser les données.

45Majoritairement, les occurrences étudiées sont des traductions de l’anglais au français, mais on a pu également19 travailler sur des exem­ples du français à l’anglais. Sur cet ensemble, 54 (soit environ 36%) sont des cas où as P est antéposé, relevant donc de la configuration as P1, P2, et 79 (soit environ  64%) où il est postposé (P2as P1). On peut remarquer d’emblée que, même si ces premiers chiffres ne correspon­dent qu’imparfaitement aux données de l’ensemble du corpus, où nous avions relevé environ 80% de aspostposés, la tendance statistique générale de répartition entre les deux configurations reste tout de même très nette.

6.1. as antéposé

46Rappelons une nouvelle fois que cette configuration reste minoritaire dans le corpus, et que linguistiquement il nous faut donc la qualifier de marquée. Or, au passage au français, on trouvera une écrasant majorité (66%) de traductions par des connecteurs explicitement temporel ; les plus fréquents sont tandis que et [au fur et] à mesure que. Pour ne pas alourdir inutilement l’exposé, nous n’illustrerons et ne commenterons que ces deux-là, et on se reportera au tableau de synthèse n°1 pour les détails de l’ensemble des traductions.

[12]As the fire grew lower and lower, Jason’s breathing grew heavy and solemn.   (Eudora Welty, The Whistle, 1941)
[12’]À mesure que le feu perdait en intensité, la respiration de Jason était devenue plus lourde et solennelle.. (VAC)20

[13] As the tram rattled on, he could peruse the house-fronts, the names over the shops. (George Steiner, Proofs and Three Parables, 1992)
[13’]Tandis que le tram avançait bruyamment, il pouvait déchiffrer les façades, lire les noms au-dessus des boutiques. (traduction jury agrégation 95)

47On peut remarquer, sans creuser davantage la question, que ces deux traductions ont également une valeur métalinguistique assez claire : dans « (au fur et) à mesure que », P2 est bien construit comme mesure de P1. Quant à « tandis que », son étymologie est tout à fait révélatrice : c’est le tam diu du latin (« aussi longtemps que »). C’est tout naturellement que la tendance se retrouve dans le sens français – anglais :

[14] Au fur et à mesure que la route se fraie un passage dans la puissante Sierra Madre del Sur, les visages entrevus changent, jusqu’à devenir purement indiens. (Le Monde Diplomatique, 11/98)
[14’] As the road wends its way through the massive Sierra Madre del Sur, the faces of the people change until they are purely Indian.

48Cependant, il est intéressant de constater d’ores et déjà que nous trouvons dans le corpus un nombre assez significatif d’exemples tels :

[15] Tall, thin, the blind man stood with blind erectness, backward-tending, as road and pavement users crisscrossed past. (Martin Amis, London Fields, 1989)
[15’] Grand et mince, l’aveugle se tenait très droit comme les aveugles, épaules en arrière, tandis que piétons et automobilistes se croisaient en tous sens tout autour de lui. (VAC)

49où la traduction par « tandis que » semble bien s’imposer naturellement, alors même que nous sommes dans un cas de aspostposé. On fera cependant deux observations à partir de [15] : d’une part, as P1est cette fois détaché de P2 par une virgule, et d’autre part (et, semble-t-il, corrélativement), à la différence des deux exemples précédents, on peut envisager plus facilement une autre solution de traduction, telle : « au beau milieu des piétons et automobilistes qui se croisaient ...». Dans ce dernier cas, la transposition mise en œuvre pour le passage au français renvoie à un degré plusélevé d’intégration syntaxique, dans la mesure où l’on est passé d’une circonstancielle à temps fini à un circonstant prépositionnel. Il nous semble par conséquent, sous réserve d’examen plus détaillé d’un corpus plus large, que, dans ces cas où, même si linéairement P2 précède P1, la rupture marquée par la virgule nous renvoie au même type de fonctionnement (et donc de traduction) que lorsqu’il y a antéposition. Il faudrait donc peut-être distinguer, non pas deux, mais trois configurations21 : as P1, P2 ; P2as P1 ; P2, as P1. Ce point nécessiterait par lui-même une recherche plus approfondie.

50On remarquera, bien évidemment, la présence du subordonnant que dans les connecteurs les plus utilisés, lequel, comme on le sait, renvoie avant tout au préconstruit, ou plus précisément marque « le retour à un repère énonciatif origine » (Franckel). Dans ces cas majoritaires, on peut conclure que, syntaxiquement, la configuration de départ est préservée : la proposition en as, circonstant du VP, reste à la fois propositionnelle et circonstant.

51Passons à présent aux 34% de cas où nous trouvons en français autre chose qu’un connecteur temporel ; dans ce groupe d’énoncés, la traduction passe la plupart du temps par un gérondif (« en + V-ant »), ou plus rarement22 un simple participe présent :

[16] There was no sign of life from the main building but, as he turned to lock the car door, he saw a nun turn the corner of the hospice with a patient in a wheelchair. (P.D. James, Original Sin, 1994)
[16’] ...mais en se retournant pour fermer sa voiture à clef, il vit... (traduction Denise Meunier, Livre de Poche)

[17] As Joe stood aside to let two policewomen pass, before disappearing through a set of swing doors, Stephen thought of the messages in his notebook and felt encumbered by them. (Ian McEwan, The Child in Time, 1987)[17’] Regardant Joe céder le passage à deux gendarmes avant de disparaître derrière une enfilade de portes battantes, Stephen pensa aux messages... (traduction Josée Strawson, Folio Gallimard)

52On sait que le gérondif est défini classiquement comme l’adverbialisation du verbe23 (cf. par exemple Arrivé & al.). Nous retrouvons donc une configuration syntaxique semblable au cas précédent, à ceci près que l’on est passé d’une circonstancielle à temps fini à une circonstancielle à temps non-fini, marque d’intégration syntaxique plus étroiteà nouveau. On retrouvera cette tendance poussée encore un cran plus loin avec le participe passé à valeur adjectivale :

[18] She was pleased with herself now. As she sprawled close to the fire, her hair began to slide out of its damp tangles and hung all displayed down her back like a piece of bargain silk. (Eudora Welty, A Piece Of News, 1941)
[18’] Elle était contente d’elle à présent, allongée là près du feu, et ses cheveux commençaient à sécher, se démêler, reprenant forme dans son dos tels un coupon de soie bon marché dans une vitrine. (VAC)

53Au strict plan syntaxique, il existe des contraintes très fortes qui expliquent en grande partie l’alternance entre les deux grands types de traduction que nous venons de passer en revue. Il est en effet banal de rappeler, en matière de constructions à verbe fini et non-fini, que ces dernières relèveront de structures équi-sujets (à effacement de sujet co-référentiels) ; en d’autres termes, en français, le sujet grammatical du prédicat P2 au gérondif ([16’]), au participe présent ([17’]) ou passé ([18’]) ne pourra, pour que l’énoncé soit correctement interprété, qu’être co-référentiel au sujet de P1. L’étude fine du corpus nous a conduit à observer, ce qui n’a en soi rien de très surprenant, que aucun des énoncés étudiés dans la première partie (traduits par un connecteur temporel) ne présentaient de co-référence entre le sujet de P1 et celui de P2. À l’inverse, tous ceux traduits par une forme non-finie, gérondive ou participiale, sont des cas de co-référence. Manipulons les énoncés : nous constaterons très vite que si [12], [13], [14] ou [15] ne sauraient être traduits par des formes non-finies, l’inverse n’est pas vrai. On peut toujours en effet retrouver une forme finie pour les cas de co-référence [16], [17] ou [18] (« alors qu’il se retournait… », « tandis que Joe s’écartait… », « alors qu’elle était allongée… »). Cependant, tout traducteur expérimenté saurait que cette solution est la moins naturelle en français, sauf à introduire des valeurs supplémentaires que nous analyserons plus loin. Il faut très probablement voir ici un nouvel effet de la tendance « lourde » de l’anglais à privilégier les formes finies, indices d’une « plus grande actualisation » des procès en jeu24.

54Nous serions donc ici dans un cas de distribution complémentaire presque parfait si l’on ne trouvait des exemples résiduels tels :

[19] As time passed the antipathy and hatred had grown paramount, as she gradually coiled round his life... (Angus Wilson, Mother’s Sense of Fun, 1949)
[19’] Avec le temps, l’antipathie et la haine l’avaient emporté peu à peu... (traduction Didier Coupaye, CNED)

[20] As the 1970s progressed, the regime lost all its vigour. (Le Monde Diplomatique, 11/98, original anglais)
[20’] Les années 70 virent le régime perdre toute vitalité. (traduction française)

55qui ont tous en commun de n’être pas des cas de co-référence, et de construire une relation P1–P2 beaucoup plus lâche que dans nos exemples précédents. Faute de place, nous n’insisterons pas davantage sur ces énoncés, très minoritaires dans le corpus.

56Le tableau suivant synthétise et détaille les cas de figure examinés jusqu’ici :

CONNECTEURS TEMPORELS

PARTICIPES

AUTRES

TANDIS QUE (12)

(AU FUR ET A MESURE) QUE (7)

LORSQUE (5)

ALORS QUE (4)

QUAND (2)

PARTICIPE PRESENT / GERONDIF (9)

(CF. EXEMPLES [19] ET [20])

COMME (2)

PARTICIPE PASSE (3)

AU MOMENT OU (1)

UNE FOIS QUE (1)

PENDANT QUE (2)

36 (66%)

12 (22%)

6  (12%)

Tableau n°1

6.2. as  postposé

57Ce qui est frappant dans l’analyse des 79 occurrences traduites de P1 as P2, c’est que cette fois on ne retrouve plus que 20 traductions passant par des connecteurs temporels, soit 25% seulement de l’ensemble (contre, rappelons-le, 66% pour as P1, P!). Quelques exemples :

[21] To be noted most alertly was the coming and going of placards, billboards (...), which his eyes had taken in untiringly as the tram slowed or accelerated. (George Steiner, op. cit.)
[21’] Ce qu’il fallait suivre avec le plus de vigilance, c’était la valse des affiches, des panneaux, [...], que son œil avait captés inlassablement, tandis que le tramway ralentissait ou accélérait. (traduction jury agrégation 95)

[22] As the launch drew up Kate knew that he was still watching as the tall dark figure standing in the bow held out a hand to steady her on board. (P.D. James,  op. cit.)
[22’] Au moment où le bateau arrivait, Kate sentit qu’il regardait toujours, tandis que la haute silhouette sombre debout à l’avant lui tendait la main...

[23] This city of glass and concrete would become busier as new firms moved in. (P.D. James, op. cit.)
[23’] Cette ville de verre et de ciment s’animerait à mesure que de nouvelles entreprises viendraient s’y installer.

58Et encore, il est assez souvent possible dans ces cas de proposer autre chose qu’un connecteur temporel explicite, et ce en améliorant sensiblement la traduction : l’exemple [21] en est une parfaite illustration, où l’élégance serait « au rythme des changements d’allure du tram ».

59Les formes non-finies (presque systématiquement des gérondifs) représentent quant à elles 17 occurrences, soit 21%, proportion comparable aux 22% du cas de figure précédent :

[24]  ‘Well, that’s just the point, you see,’ Stephen began, and then faltered as he heard the cranky vigour of his own voice. (Ian McEwan, op. cit.)
[24’] « Eh bien, en fait, c’est exactement de ça qu’il s’agit, voyez-vous », commença Stephen, mais il s’interrompit, en percevant l’ardeur démente de sa propre voix.

60On retrouve du reste les mêmes contraintes syntaxiques sur la co-référentialité (cf. [24’’] « ?alors qu’il percevait… ») , ainsi que les mêmes tendances à l’actualisation de l’anglais s’opposant à la moindre actualisation du français :

[25] Shortly after that an express shook the bridge as it shot beneath their feet. (Ian McEwan, op. cit.)
[25’] Quelques instants plus tard un train express fit trembler le pont à son passage. (cf. « ??alors qu’il passait / quand il passa, etc. »)

61Notons par ailleurs que nous pouvons toujours vérifier les tendances en observant des traductions du français à l’anglais :

[26] ...toute cette génération froufroutante, évaporée d’élégantes grandes dames créoles entichées de Paris, ayant dû quitter la France aux environs de 1929, tout en donnant le ton en débarquant, a renoué avec joie avec... (Blaise Cendrars, Le Saint Inconnu, 1937)
[26’] ...this whole fluttering, feather-brained generation of elegant creole ladies who were infatuated with Paris and had to leave  France around 1929, setting the tone asthey stepped ashore, have joyfully renewed contact... (traduction Dudley Treharne, Penguin Books)

62Nous restent donc à examiner plus de la moitié des cas (54% exactement, soit 42 occurrences) où le passage au français devra mettre en œuvre d’autres procédés de traduction révélateurs.

63Un cas privilégié, car très productif en anglais, est celui des verbes de perception dans P1. Sur les 42 que nous venons de mentionner, 21 relèvent de ce schéma25. Quelques exemples :

[27] Why converse when he could scan the city asit passed? (G. Steiner, op. cit.)
[27’] Pourquoi converser alors qu’il pouvait parcourir du regard la villequi défilait sous ses yeux ?

[28] Charles was sprawled on a kitchen chair, watching proudly as Stephen took in the view. (Ian McEwan, op. cit.)
[28’] Charles, affalé sur une chaise de cuisine, regardait avec fiertéStephen admirer le spectacle.

[29] She’d watch them from her tower as they weaved along the trail in their baseball caps and day packs, their shorts, hiking boots and sneakers. (T.C. Boyle, Sitting On Top of the World, 1991)
[29’] Du haut de sa tour, elle les regardait parcourir les lacets du sentier ; ils portaient casquette de baseball  et petit sac à dos, short et chaussures de marche ou baskets. (VAC)

[30] Micky Stone, who is approaching his fiftieth birthday, perfectly remembers touching his mother’s fingers as she stood at the metal window of the cottage kitchen, watching snow fall. (Rose Tremain, Wildtrack, 1982)
[30’] Nous sommes en décembre, et Micky Stone, qui va bientôt avoir 50 ans, se revoit encore dans la chaumière, comme si c’était hier, effleurant les doigts de sa mère qui regardait tomber la neige, debout à la fenêtre métallique de la cuisine. (VAC)

64On constate très régulièrement, dans le passage au français, un schéma Vperc + GN2 + VØ, c’est-à-dire la construction classique du verbe de perception. Cette régularité se vérifie que GN2 soit explicite­ment présent dans la chaîne en anglais ([27], [29], [30]), ou qu’il soit effacé ([28]).

65On peut également assimiler à cette construction (ce qui la rend encore plus productive et fréquente !) des exemples comme :

[31] But he still counted in Greek. When he settled his bills, or totted up the loaves as they cooled on the racks, or checked his debtors (T. Lloyd, Sungura, 1990)
[31’] Quand il réglait ses factures, ou qu’il additionnait les pains qui refroidissaient dans les casiers au magasin (traduction M. Paillard, Capes/Agreg 1999)

66dont nous avions plusieurs occurrences dans le corpus ; on notera qu’ils présentent en anglais la même configuration syntaxique, à savoir GN1 + V + GN2 + AS + Pronom coréférentiel à GN2 + V2. Il est intéressant de constater dans ces deux cas que le français va encore vers une intégration syntaxique bien plus étroite que l’anglais, qui traite l’ensemble comme une circonstancielle à temps fini.

67Un autre groupe de traductions intéressantes est celui où P2 contient un verbe de localisation, ou de changement de localisation, que celle-ci soit physique ou métaphorique. Par exemple :

[32] Father Patrick Rudden paused as he trod the gravel path of the church drive. (Spike Milligan, Puckoon, 1963)
[32’] Le père Patrick Rudden s’arrêta un instantau milieu de l’alléegravillonnée de l’église. (VAC)

[33] The huge machine roared as it inched forward,... (Ian McEwan, op. cit.)
[33’] L’énorme engin se mit en branle dans un tintamarre tonitruant...

[34] Les inégalités sont devenues l’une des caractéristiques structurelles de notre temps. Et elles s’aggravent, éloignant toujours plus les riches des pauvres. (Le Monde Diplomatique, 01/99, original français)
[34’] Inequality has become one of the abiding characteristics of our time. And it is getting worse, as the gap between rich and poor increases.

[35] Les gens vont d’autant plus faire des économies que le chômage augmente. (Le Monde Diplomatique, 11/98, original français)
[35’] People are going to be cutting back on things as unemployment increases.
[36] ..., the watermen who worked the lighters which provisioned the vessels as they rode at anchor... (P.D. James, op. cit.)

[36’] ...approvisionnant les navires à l’ancre...

68On distinguera les cas comme [32] et [33], où, avec la configuration V1as V2(prédiquée du même sujet), tout se passe comme si l’on construisait en anglais un prédicat complexe. En revanche, pour le français, qui ne privilégie plus la mise en relation de deux procès en tant que telle, la traduction va très régulièrement passer par des circonstants prépositionnels. De ce cas de figure relève également, par extension, l’exemple [36], où c’est le GN vessel qui figure à la fois dans P1 comme objet direct et dans P2 comme sujet. On pourrait également citer des exemples comme :

[37] At the base of one inside wall, there was a secret passage, tight and black as you crawled in and then briefly higher at the end... (Seamus Deane, Reading in the Dark, 1996)
[37’] Au pied d’un des murs intérieurs, il y avait un passage secret, étroit et sombre, dans lequel on entrait à plat ventre. Au bout du passage, plus haut sur quelques mètres, ... (traduction  Michel Paillard, Capes/Agreg 1999)

69où l’on retrouve au fond la même configuration syntaxique : un même GN occupant une fonction à la fois dans P1 et dans P2, ce qui nous rappelle singulièrement la problématique des relatives. N’oublions pas au passage que as est dès le XIIe siècle un marqueur relatif26!

70Autrement intéressants sont les exemples [34] et [35], où l’on n’a pas de GN en commun. Ici, on va tout droit vers des valeurs où le temporel s’efface derrière l’argumentatif. Par exemple, en [34], on a un rapport cause conséquence, en [35] un rapport conséquence cause. Un point très important, déjà noté par ailleurs (voir supra), est que le rôle de la virgule est ici aussi crucial : supprimons-là en [34’] :

[34’’] Inequality has become one of the abiding characteristics of our time. And it is getting worse as the gap between rich and poor increases.

71et nous retrouvons un rapport purement temporel entre P1 et P2 ; on n’aura, dans ces conditions, pas traduit le texte de départ, où c’est le rapport causal qui est focalisé.

72Et c’est ainsi que l’on va glisser directement vers un dernier groupe d’énoncés, le plus intéressant sans doute, où l’on repère des valeurs de asdans lesquelles c’est l’argumentatif qui domine très largement :

[38] He was shivering as he sweated. (Ian McEwan, op. cit.)

[38’] Il transpirait bien qu’il frissonnât.

[39] And there Phillips stalled. It was an odd alliance, because both subordinates retained affection for Busner as they probed the possibility of undermining his reputation and destroying his career. (Will Self, Great Apes, 1998)

[39’] C’est à ce stade que Phillips recula. Étrange alliance que celle-là : les deux subordonnés conservaient à Busner toute leur affection, et pourtant ils caressaient l’idée de mettre en pièces sa réputation et sa carrière. (traduction J.-C. Khalifa)27

 [40] The commuters, mouths gaping open, tumbling backwards down the escalator as the fireball erupted from the booking hall. (ibid.)

[40’] Les voyageurs, bouche grande ouverte, tombant à la renverse dans l’escalier mécanique devant la boule de feudévastatrice partie du hall des guichets. (ibid.)

73En [38’], même si par ailleurs on peut critiquer la traduction par un « bien que + subjonctif »28, il n’en reste pas moins que la traductrice a fait passer au premier plan, de façon à notre avis assez légitime, la valeur concessive assez aisément repérable en [38] : <sweat> et <shiver>, notionnellement incompatibles (l’un intègre dans son sémantisme <heat>, l’autre <cold>) sont intégrés par as dans le même espace temporel, ce qui est la base même du schéma de concession29. Le même mécanisme concessif est en œuvre dans [39’] ; quant à [40’], la traduction proposée prend à la fois en compte la relation spatiale et la relation causale entre P1 et P2 (il est bien connu que la deuxième se laisse ramener, en dernière analyse, à une métaphorisation de la première !).

6.3. Un marqueur complexe

74La constante qui nous semble se dégager de ce bref tour d’horizon contrastif est sans conteste le concept de disjonction, que nous avons dégagé à plusieurs reprises dans la partie théorique de cette article (cf. en particulier supra, § 4.2.). Le français, à l’évidence, ne dispose pas d’un marqueur possédant les propriétés complexes de as ; d’où, d’une part, la diversité des traductions rencontrées, mais d’autre part leur unité. On aura en effet constaté que l’intégration syntaxique y est toujours plus étroite : le français ne peut jouer sur la « pseudo-identification », et donc sur la disjonction ! La dernière remarque que nous voudrions faire concerne la complexité des valeurs discursives obtenues avec as, et pour lesquelles on sera bien obligé de faire des choix à la traduction. Ici encore, l’étymologie du marqueur est déterminante : la composante eal (all), par exemple, est à la base de la valeur concessive30. Quant au morphème swà, dont on sait31 qu’il est lié (*swaz, *swos, latin suus) à la subjectivité, on peut sans doute avancer à titre d’hypothèse qu’il pourrait être à la racine de toutes les valeurs discursives, en particulier cause et conséquence : au-delà du constat (objectif) que P1 et P2 sont intégrés dans le même espace temporel (cf . supra), seule la subjectivité de l’énonciateur permet de les ordonner dans une relation qui n’est pas le fait du seul hasard ! On comprend un peu mieux, dès lors, la rareté d’emploi du marqueur à l’oral, compte tenu de la complexité des opérations en jeu.

Conclusion

75Nous avons essayé de montrer que l’opération d’identification ne pouvait rendre compte de toutes les valeurs du marqueur asen contexte, et avons introduit le concept de pseudo-identification qui permet de décrire les cas de consécution observés dans notre corpus. As marque donc l’élimination d’une altérité entre deux t distincts, mais sans réduire leur distance totalement, ce qui a pour effet de construire une apparente simultanéité ou une relation de consécution. Pour cette raison, en fonction des aspects lexicaux des procès (et si les aspects grammaticaux le permettent), as, contrairement à while, peut aussi construire, dans un contexte temporel, une relation causale.

76Cette étude a également permis, nous l’espérons, de montrer quelle est la place de ce marqueur dans le micro-système qu’il forme avec when et while. Nous pensons en effet que as se situe à mi-chemin entre ces deux derniers, et que le micro-système peut être modélisé comme un gradient : à une extrémité, les propriétés de while impliquent la présence d’un même t localisateur pour les deux procès, sans aucune possibilité de relation causale. Un peu plus loin, on construit une altérité des t avec toutefois une faible distance entre les procès, auquel cas as devient acceptable et peut éventuellement se teinter d’une nuance causale. Enfin, dans les cas de disjonction explicite entre les t, c’est when qui trouve naturellement sa place dans les énoncés temporels pouvant également être interprétés d’une manière causale.

77Cette recherche soulève également le problème tant abordé mais jamais vraiment résolu : l’appartenance des conjonctions au mode de la  coordination ou à celui de la subordination32. Nous pouvons présenter ici quelques éléments de réponse : nous pensons qu’il existe un gradient entre coordination et subordination33 et que as, sans appartenir à l’une ou l’autre de ces catégories, se rapprocherait de la coordination. Sans entrer dans les détails, nous pouvons justifier cette thèse dans la mesure où les deux procès se trouvent sur le même plan d’énonciation et le premier procès dans la chaîne linéaire peut fonctionner seul. Et cependant, l’une des caractéristiques propres à la subordination n’est pas oblitérée : en effet, le procès repère permet la localisation du procès repéré et construit ainsi une relation étroite entre les procès.

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Notes

1  Nous tenons à remercier J.L. Duchet et G. Ranger pour leur relecture attentive de la première version de cet article. Leurs remarques et commentaires nous ont été extrêmement précieux.

2 . Pour la suite de notre article, nous prendrons pour convention la notation suivante : P1 as P2 , P1 faisant référence au procès associé à la proposition précédant le marqueur, et P2 à celui qui le suit.

3 . 1991, p. 258.

4 . 1997, p. 166.

5 . 1998, p. 106.

6 . 1996, 21.

7 . Op. cit., 257.

8 . 1978 [1999], 127-145.

9 . 1990, 117.

10 . 1993, 87-113

11 . 1989, 151-165.

12 . Cf. J. Chuquet et S. Oriez dans le présent volume. Il faut remarquer que la convention de notation adoptée par les auteurs est différente de la nôtre, il s’agit ici de considérer P2 comme l’élément repéré et P1 comme l’élément repère.

13 . 1989, 28-29.

14 . Nous verrons toutefois que la distance entre les deux t a une limite. Quand celle-ci est trop importante, au point de voir apparaître la construction de deux t explicitement distincts, on observe le passage systématique à when.

15 . Il est bien entendu que cette tentative de description reste très maladroite et approximative étant donné que nous avons affaire à des procès à l’aoristique, dont les bornes sont, par définition, confondues.

16 . Cf. A. Gauthier et C. Fuchs et A-M. Léonard, 1979. Notons par ailleurs que just when est acceptable dès lors qu’il signifie only when, auquel cas l'élimination d'altérité se fait sur un plan qualitatif et non quantitatif. Ce n'est plus at that precise moment, mais at that moment, rather than at other moments (The telephone rang just when I was getting into the bath). Nous remercions G. Ranger d’avoir attiré notre attention sur ce point.

17 . Nous ne pouvons, faute de place, donner le contexte élargi, mais il y a ici, dans le récit dont est extrait notre exemple, un effet narratif tout à fait particulier de dilatation de la perception du temps par le personnage lors d’un accident de la route. C’est seulement cet effet de dilatation qui rend as possible.

18 . Certaines de ces traductions sont tirées de textes récemment traduits par Michel Paillard ou Jean-Charles Khalifa pour notre cours de version Capes/Agrégation, ou encore de Khalifa, Fryd & Paillard 1998, mais restent en fait antérieures à la présente étude. Dans les très rares cas où il en est autrement, nous le signalons expressément.

19 . Cas en particulier du Monde Diplomatique ; nous remercions au passage toute l’équipe du FORELL/CERLIP pour avoir grandement facilité notre travail en mettant à notre disposition les corpus bilingues qu’elle a compilés pendant toute l’année 1999.

20 . VAC = La Version Anglaise aux Concours (Khalifa, Fryd & Paillard, 1998)

21 . La quatrième théoriquement possible (as P1 P2, sans virgule de détachement) n’est pas attestée, tout au moins dans notre corpus. Sans nous prononcer sur son agrammaticalité, nous la considérons comme très improbable.

22 . On observera que la traduction [6’] de l’énoncé [6] n’a pu introduire un participe présent qu’au prix d’une modulation, avec introduction du point de vue du sujet grammatical.

23 . Et le participe présent comme son adjectivation. Nous ne raisonnerons que sur le gérondif, compte tenu de la rareté du participe présent dans les traductions de notre corpus (cf. note précédente).

24 . Cf. Guillemin-Flescher 1981, chap. 3, 5, 6, et Chuquet & Paillard 1987, chap. 6.

25 . Soit plus d’un quart (26,5%) des cas de P1 as P2, et 15,7% de l’ensemble ! Même si notre corpus est, statistiquement parlant, trop réduit pour tirer des conclusions définitives, ce chiffre reste, nous semble-t-il, significatif, et devra être mis à l’épreuve d’un corpus plus large.

26 . Cf. entre autres Jespersen 1927 (p.168 ff). La place nous manque pour développer cet aspect, qui pourrait faire l’objet d’un autre article ; on sait néanmoins que des constructions de type Well, I know one person as’ll eat it  se retrouvent encore jusqu’en anglais contemporain non standard (cet exemple attesté est tiré de la Longman Grammar of Spoken and Written English, 1999).

27 . Nous avons appris très récemment la parution en français du roman de Will Self (Grands Singes), mais n’avons pas eu le temps de vérifier si le traducteur est parti des mêmes intuitions que nous !

28 . C’est d’ailleurs bien davantage le subjonctif passé qui peut susciter des réticences devant cet exemple (réunion du CERLIP en juin 1999 où la version préliminaire de cette étude a été présentée) que la solution en elle-même.

29 . Nous ne pouvons guère développer ce point ici, et le raisonnement présenté n’est qu’un squelette de raisonnement. Voir en particulier Culioli 95, Bourquin 84, Ranger 99.

30 . Voir Bourquin 1984, qui recense des tours concessifs prenant comme marqueur un équivalent de « tout », « total », etc. dans des langues aussi différentes que le grec et le chinois ! Voir aussi, bien entendu, en français « tout diplômé qu’il soit, il n’est pas sûr de trouver un emploi », et l’alternance « en travaillant beaucoup, il a réussi » / « tout en travaillant beaucoup, il a échoué ».

31 . Voir Skeat, An Etymological Dictionary of the English Language.

32 . Problème qui fait actuellement l’objet de la thèse de M.Vallée : « Les Limites de la coordination et de la subordination en anglais contemporain ».

33 . Voir aussi Khalifa 1999, 43-46.

Pour citer cet article

Michael VALLÉE, Jean-Charles KHALIFA (2017). "As temporel : opération d’identification ? Étude du marqueur et de ses traductions en français". Cahiers Forell - Formes et Représentations en Linguistique et Littérature - Archives (1993-2001) | Complexité syntaxique et sémantique.

[En ligne] Publié en ligne le 29 novembre 2017.

URL : http://cahiersforell.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=465

Consulté le 18/08/2019.

A propos des auteurs


Complexité syntaxique et sémantique - études de corpus - n°14

Ce volume des Cahiers Forell est l’aboutissement du travail d’une équipe (ou « Opération » de l’EA 1226), le Cercle de Recherches Linguistiques de Poitiers, étalé sur plus d’un an. Ce travail  repose sur la confrontation de données langagières diverses (langues différentes, variation, traductions) et leur analyse linguistique à la lumière d'une pluralité d'approches théoriques. C’est un travail collectif: chaque contribution a fait l’objet d’un exposé, d’une discussion et de relectures au sein du groupe. La question de l’utilisation d’un corpus dans l’analyse linguistique n’est pas nouvelle: il faut savoir comment on le traite, quel type de corpus on utilise, quels sont les cas où l’on ne peut échapper au corpus collecté à partir de l’écrit faute de locuteurs, quelles précautions prendre pour éviter qu’il ne devienne une simple collection de beaux spécimens. Les contributions proposées dans ce volume peuvent se fonder sur une forme de corpus préexistant : par exemple des corpus informatisés tels que le LOB, le Brown, le COLT ou le British National Corpus, sur l’anglais, ou bien ceux réalisés par deux chercheurs sur les variétés canadiennes de français, ou encore, dans le cadre d’études lexicales, les entrées du dictionnaire. Il peut s’agirau contraire de corpus collectés pour une recherche déterminée : corpus réuni à des fins sociologiques, extraits de lectures personnelles ou enquêtes réalisées « sur le terrain » pour le français ou l’anglais. Les travaux présentés ici ne sont qu’une « coupe » synchronique dans la vie d’un groupe de recherches. La part d’exploitation et de constitution des corpus ainsi que celle du traitement informatique des textes s’affirmeront plus que jamais dans les activités de l’équipe aux côtés de la réflexion théorique: c’est pourquoi ce recueil constitue à la fois un bilan de parcours mais aussi préfigure certaines des orientations de recherche à venir.



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5, rue Théodore Lefebvre
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Dernière mise à jour : 18 octobre 2018

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