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AVANT-PROPOS

frPublié en ligne le 29 novembre 2017

Par Jean CHUQUET

1Ce volume des Cahiers Forell est l’aboutissement du travail d’une équipe, le Cercle de Recherches Linguistiques de Poitiers, étalé sur plus d’un an, avec pour thème la complexité syntaxique et sémantique et l’étude de corpus.

2Comme en témoigne ce recueil, le travail de l’équipe repose sur la confrontation de données langagières diverses (langues différentes, variation, traductions) et leur analyse linguistique à la lumière d'une pluralité d'approches théoriques. C’est un travail collectif dans la mesure où chaque contribution, elle-même souvent co-rédigée par deux chercheurs, a fait l’objet d’un exposé et d’une discussion au sein du groupe et a bénéficié de la relecture de deux autres membres du CerLiP.

3La question de l’utilisation d’un corpus dans l’analyse linguistique n’est pas nouvelle, il semblerait même qu’elle soit dépassée comme objet d’un réel débat (corpus ou pas corpus). Lorsque Chomsky rejette l’utilisation d’un corpus et prône l’expérimentation, à la manière des sciences naturelles, et les questions posées sur la grammaticalité de telle ou telle phrase à tel ou tel informateur, il déplace le problème sur un autre type de corpus, celui constitué pour les besoins de l’expérience ; mais il ne peut pour autant ignorer que la batterie d’exemples sur laquelle raisonne le linguiste constitue une forme de corpus, ni que la recevabilité des exemples et les limites atteintes par certaines manipulations dépendent étroitement non pas d’un « contexte » ou d’une « situation » vagues qu’il faudrait reconstruire, mais des propriétés lexicales des constituants qui informent une certaine structure. Autrement dit, et c’est ce qu’expose l’article de Mario Barra-Jover, le problème n’est pas de savoir si l’on ne jure que par le corpus ou si on le rejette, mais plutôt de savoir comment on le traite, quel type de corpus on utilise, quels sont les cas où l’on ne peut échapper au corpus collecté à partir de l’écrit faute de locuteurs, quelles précautions prendre pour éviter qu’il ne devienne une simple collection de beaux spécimens que l’on rangera dans des tiroirs après les avoir étiquetés. De même qu’on ne peut se passer d’expérimentation sur des exemples tirés ou non de corpus dans le cadre d’une recherche sur un état de langue contemporain, de même il est concevable de travailler de façon inductive sur un état de langue ancien, de façon à prédire ce que l’on peut éventuellement rencontrer dans un texte encore non répertorié, en traitant chaque corpus comme une somme d’idiolectes qui pourront faire l’objet de tests en vue de falsifier ou confirmer une hypothèse.

4Cela dit, les autres contributions proposées dans ce volume peuvent se fonder sur une forme de corpus préexistant : par exemple des corpus informatisés tels que le LOB, le Brown, le COLT ou le British National Corpus, sur l’anglais, ou bien ceux réalisés par deux chercheurs sur les variétés canadiennes de français, ou encore, dans le cadre d’études lexicales, les entrées du dictionnaire. Il peut s’agirau contraire de corpus collectés pour une recherche déterminée : corpus collecté à des fins sociologiques comme The People of Providence, extraits de lectures personnelles ou enquêtes réalisées « sur le terrain » pour le français ou l’anglais.

5Trois articles (sur as, when et while) traitent de la complexité appréhendée à travers la structure des circonstancielles, qui ont toutes comme point de départ la hiérarchisation des relations prédicatives sur le plan du repérage temporel et présentent un certain schéma d’invariance, mais laissent aussi place à la déformabilité, à certaines formes de décentrage : cela permet de revoir en particulier la question de l’identification pour as, le statut de la proposition en when comme repère ou d’examiner les avatars de la concomitance pour while. Dans les trois cas, il est nécessaire d’envisager un schéma d’agencement des relations prédicatives suffisamment abstrait pour pouvoir rendre compte de la variation en co-texte.

6Les quatre articles suivants reposent sur l’étude de corpus oraux variés : l’acadien et le chiac pour le premier, le français dans un entretien radiophonique pour le second, l’anglais d’une banlieue nord de Londres pour le troisième, le corpus oral COLT sur la langue des adolescents britanniques pour le dernier.

7L’étude sur la coordination adversative en français canadien montre que la frontière du domaine notionnel construit à partir d’une notion complexe telle qu’une relation prédicative, peut s’analyser de façons diverses – altérité faible, sas, altérité radicale – et ce à travers des marqueurs en apparence synonymes, mais et but ou au contraire ben, qui trouve une forme schématique originale dans cette variété de français.

8Dans l’article suivant, l’analyse du dialogue entre un journaliste et un homme politique met en lumière, à travers le jeu réglé des questions du premier et les interventions préparées du second qui doivent néanmoins se plier au jeu de l’interview, la complexité d’une production langagière qui à la fois obéit aux règles de l’échange et les transgresse.

9De son côté, l’étude de l’hétérogénéité des formes de « discours-récit » dans l’oral de l’anglais permet de défendre la validité du concept de sujet asserteur et montre que la complexité ne passe pas nécessairement par la hiérarchisation syntaxique mais par un réseau d’opérations de repérages entre situations, dont les marqueurs sont entre autres les modalités, les aspects, les différentes figures de focalisation...

10Enfin, l’article sur gonna montre que tout en étant une forme de l’oral, elle doit coexister avec going to dans une proportion non négligeable de cas, ce qui force à repenser la distinction en termes sémantiques et énonciatifs, en particulier dans le domaine de la modalité.

11Les deux dernières contributions traitent de la complexité dans le lexique, qu’il s’agisse de phénomènes de formation lexicale (en anglais et en français) ou des problèmes posés par la classification statistique de locutions prépositionnelles du français. La complexité sera donc dans ce cas de niveau morphologique (avec par exemple des règles de troncation différentes selon la langue envisagée, malgré un fonds commun au français et à l’anglais) et de niveau syntaxique, ce qui, dans le cas des locutions adverbiales du français, pose la question de leur rôle de « metteurs en scène » du discours.

12Les travaux présentés ici ne sont qu’une « coupe » synchronique dans la vie d’un groupe de recherches : d’autres aspects de l’analyse linguistique sont par ailleurs développés dans les réunions mensuelles au cours de l’année, et tous les membres de l’équipe ne sont pas non plus présents dans ce volume, bien qu’ils aient participé à son élaboration par leur part dans les débats et leur rôle dans la relecture critique. L’orientation du groupe de recherche dans les années à venir, vraisemblablement au sein d’une unité renouvelée et restructurée, se fera selon trois axes principaux : l’analyse théorique de la complexité syntaxique et sémantique, la contrastivité inter-langues et la variation diachronique et synchronique. La part d’exploitation et de constitution des corpus ainsi que celle du traitement informatique des textes s’affirmeront plus que jamais dans les activités de l’équipe : c’est pourquoi ce recueil constitue à la fois un bilan de parcours mais aussi préfigure certaines des orientations de recherche à venir.

Pour citer cet article

Jean CHUQUET (2017). "AVANT-PROPOS". Cahiers Forell - Formes et Représentations en Linguistique et Littérature - Archives (1993-2001) | Complexité syntaxique et sémantique.

[En ligne] Publié en ligne le 29 novembre 2017.

URL : http://09.edel.univ-poitiers.fr/lescahiersforell/index.php?id=461

Consulté le 18/08/2019.

A propos des auteurs


Complexité syntaxique et sémantique - études de corpus - n°14

Ce volume des Cahiers Forell est l’aboutissement du travail d’une équipe (ou « Opération » de l’EA 1226), le Cercle de Recherches Linguistiques de Poitiers, étalé sur plus d’un an. Ce travail  repose sur la confrontation de données langagières diverses (langues différentes, variation, traductions) et leur analyse linguistique à la lumière d'une pluralité d'approches théoriques. C’est un travail collectif: chaque contribution a fait l’objet d’un exposé, d’une discussion et de relectures au sein du groupe. La question de l’utilisation d’un corpus dans l’analyse linguistique n’est pas nouvelle: il faut savoir comment on le traite, quel type de corpus on utilise, quels sont les cas où l’on ne peut échapper au corpus collecté à partir de l’écrit faute de locuteurs, quelles précautions prendre pour éviter qu’il ne devienne une simple collection de beaux spécimens. Les contributions proposées dans ce volume peuvent se fonder sur une forme de corpus préexistant : par exemple des corpus informatisés tels que le LOB, le Brown, le COLT ou le British National Corpus, sur l’anglais, ou bien ceux réalisés par deux chercheurs sur les variétés canadiennes de français, ou encore, dans le cadre d’études lexicales, les entrées du dictionnaire. Il peut s’agirau contraire de corpus collectés pour une recherche déterminée : corpus réuni à des fins sociologiques, extraits de lectures personnelles ou enquêtes réalisées « sur le terrain » pour le français ou l’anglais. Les travaux présentés ici ne sont qu’une « coupe » synchronique dans la vie d’un groupe de recherches. La part d’exploitation et de constitution des corpus ainsi que celle du traitement informatique des textes s’affirmeront plus que jamais dans les activités de l’équipe aux côtés de la réflexion théorique: c’est pourquoi ce recueil constitue à la fois un bilan de parcours mais aussi préfigure certaines des orientations de recherche à venir.



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Dernière mise à jour : 18 octobre 2018

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