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LA(ES) REPRÉSENTATION(S) DE L’ABSENCE DANS L’INJONCTION QUELQUES EXEMPLES EN ANGLAIS CONTEMPORAIN

frPublié en ligne le 15 octobre 2015

Par Catherine COLLIN

Résumé

Il est d’usage de considérer les arguments constitutifs de l’injonction en terme d’absence. L’objet de cette étude va âtre de montrer si le sujet et le moment d’énonciation sont deux paramètres répondant à ce phénomène d’absence et si l’absence textuelle est une représentation d’opérations extra-linguistiques. Une détermination supplémentaire sous forme de groupe nominal en position sujet est parfois possible. Dans ce cas il s’agit d’analyser comment sont mis en place les repérages subjectifs et situationnels.

Impératif / injonction / fonction conative : mise en place des outils d’analyse

1La représentation, pour la linguistique, et plus particulièrement dans une perspective énonciativiste, est un thème majeur. Selon Antoine Culioli, on ne peut parler de linguistique sans prendre en compte le problème de la représentation. Dans le cadre de cette grammaire, trois niveaux sont envisagés selon que l’on se situe au niveau de la représentation mentale (I), de la représentation de représentation c’est-à-dire au niveau textuel (II), ou bien au niveau métalinguistique (III), système grâce auquel on pourra construire un outil permettant de représenter les phénomènes textuels et d’anticiper sur les énoncés possibles ou non.

2Dans le schéma classique de la communication, on distingue émetteur et récepteur comme étant les deux pôles de la situation de communication dont l’un, source du message, est en charge des mécanismes d’encodage et de sélection du code utilisé. L’autre est le destinataire, au sens large, qui met en regard les signes reçus avec les éléments de son propre code.

3Dans son étude des fonctions du langage, Roman Jakobson utilise le terme de « fonction conative » pour désigner l’orientation vers le destinataire dont l’expression grammaticale se retrouve dans le vocatif et l’impératif. En ce sens, l’impératif est un mode verbal défini au niveau purement grammatical. Pour R. Jakobson, l’impératif se distingue de l’assertion par le fait que les phrases impératives ne peuvent se transformer en phrases interrogatives. Ainsi, sera conatif dans un message ce qui est plus particulièrement destiné à produire un certain effet sur le destinataire.

4L’injonction se situe au niveau des marqueurs sémantico-énonciatifs, et prend en compte le fait que l’énonciateur est virtuellement dans unerelation d’altérité au co-énonciateur. En d’autres termes, les rôles d’émetteur et de récepteur ne peuvent se concevoir que dans la mesure où chaque pôle assume tour à tour les fonctions de l’un et de l’autre – ce que la théorie des opérations énonciatives nomme la co-énonciation – et présuppose une interactivité, qui met à mal le principe selon lequel la communication viserait la transmission d’un sens d’après un code partagé. En effet, le sens pour A. Culioli est re-construit à chaque fois qu’il y a énonciation, et le code dont il est question n’est en rien partagé puisqu’il est l’objet même de maints discours métalinguistiques qui n’ont d’autres visées que les ré-ajustementsde la langue.

5L’approche d’A. Culioli est différente en ce sens qu’elle pose comme principe le fait que le sujet énonciateur, et plus généralement toute subjectivité, est donnée et construite par le texte. Il s’agit d’un phénomène langagier que l’on situe entre le linguistique et l’extra-linguistique. A. Culioli indique également que le terme d’énonciateur est toujours à mettre en regard du concept de co-énonciateur avec lequel il est en relation d’altérité. Par opposition, le locuteur et l’interlocuteur sont deux entités distinctes que l’analyse ne saurait confondre. Le co-énonciateur est un produit des phénomènes de représentation qu’un énonciateur se fait de la « réalité » extra-linguistique.

6De façon traditionnelle, il est courant qu’on attribue au co-énonciateur l’éventuelle prise en charge de la validation du contenu prédicatif de l’injonction, ou bien le statut de support de la modalité impérative. Cependant cette apparente clarté d’attribution des rôles linguistiques masque un certain nombre de problèmes soulevés par l’injonction. Dire que S0 est l’origine du discours et de la modalité et S1 l’éventuel support de la validation de la relation prédicative revient sans doute à une vision trop schématique de l’injonction. D’une part, la validation stricto sensu est en dehors de l’injonction puisque la valeur visée n’est encore qu’un construit notionnel (p ; p’) pour lequel une valeur est privilégiée sans préjuger de sa réalisation. D’autre part, avec l’injonction, l’auditeur (ou le lecteur) est explicitement mis en cause dans la relation, alors qu’il n’apparaît ni dans la représentation textuelle ni dans la chaîne parlée, et tandis que ce qui est représenté est une reconstruction du co-énonciateur. Le problème qui se profile alors est celui de lareprésentation d’un élément (S en particulier) qui fait partie de la situation énonciative, en est même un constituant essentiel, mais qui n’a pas de concrétisation en situation physique. Sachant que toute représentation en linguistique est nécessairement véhiculée par la langue, on peut se demander quels sont les outils dont dispose la langue pour représenter ce qui n’est pas, ou pas encore.

7L’approche culiolienne introduit le concept de décrochement qui va consister en une activitélangagièrereconstituant des «substituts détachables de la réalité»1. De ce décrochement va naître la modalité qui est une vision particulière de l’énonciateur sur la relation prédicative, un engagement, une prise de position quant à son contenu. Parmi les quatre modalités retenues par Culioli, l’injonction est à la croisée de la 1ère et de la 4ème puisque c’est à la fois une prise de position sur un contenu (l’assertion) et elle concerne également les relations «entre le sujet et le prédicat à l’intérieur de la relation prédicative»2 et les relations inter-sujets.

8Ce décrochement intervient lorsque l’on joue sur l’assertion, et permet qu’un contenu propositionnel soit asserté sans être nécessairement validé. Il va être question donc d’envisager au moins deux plans d’énonciation, qui schématiquement vont recouvrir dans un premier temps le plan de la situation énonciative, puis celui de la situation visée. Dans un énoncé injonctif, selon S0, la validation de la relation prédicative du procès p appartient à S0. Le problème est d’identifier un plan qui n’est pas représenté dans la chaîne parlée et d’en définir une origine énonciative.

Absence / Présence de marques à l’injonction

9Le corpus ci-joint est un extrait d’un échantillon plus large en cours de réalisation regroupant les instances d’utilisation de l’injonction empruntées aux corpus informatisés Brown, Lob qui sont des saisies d’anglais journalistique, littéraire, de reportages et de documentaires écrits, et au corpus Londlund qui recueille de la langue orale retranscrite à partir de conversations téléphoniques enregistrées à l’insu parfois des intervenants. Le corpus Londlund mentionne également les traits prosodiques grâce à un système de représentation spécifique dans le texte écrit. La recherche de formes impératives a été effectuée à partir de mots clefs tels que : let, do, please, you, first, suppose, never, ! (dans le cas de corpus non «tagué») et de quelques verbes privilégiés dans les impératifs : give, put, say... Ce corpus révèle des formes très diverses d’injonction, allant dela forme interrogative :

Will you sit still.
[LLC7 (7 1a24 2170 1C 11 1)]

10à l’injonction en YOU :

Please you just go ahead.
[B1 P (P14 1010)]

11ou

Hub, you stick by the stage door.
[B1 L (L12 1170)]

12Sans qu’il soit possible d’après un nombre relativement restreint d’exemples d’inférer un quelconque caractère d’exhaustivité quant à la représentation des types d’énoncés injonctifs dans ce corpus, il apparaît néanmoins que bon nombre d’entre eux sont construits avec un groupe nominal qui semble être soit une forme supplémentaire due à un déficit référentiel sur le co-énonciateur, soit à une opération marquée sur la construction de S1 dans l’énoncé. Ces groupes nominaux sont antéposés ou postposés à l’énoncé impératif.

You guys remember that. Remember that. [B1 K (K07 0570)]
Ekstrohm, you and I will have a look. You hold the fort, Nogol.
Take it easy. [B1 M (M04 0360)]
Go to sleep, both of you. [B1 N (N05 1120)]
You shut up! [B1 N (N09 0090)]
Ryan, look over there. [B1 M (M04 0310)]
So you get rid of that pistol right now, Mister McBride. You d
that or take you out a permit right now. [B1 N (N09 1270)]
Red, come along. The rest of you wait here. [B1 N (N10 1030)]

13Dans cette liste, il apparaît que les éléments que l’on peut désigner sous le terme générique de groupes nominaux, sont soit des noms propres (Ekstrohm, Ryan, Mister McBride) soit le pronom personnel You ou bien des références à des groupes incluant You : (you and me, both of you voire ... the rest of you ). Ces éléments ne participent pas au calcul de la référence prédicative, comme le montrent les gloses suivantes :

* Ryan, looks over there.

14ou

* Ryan, looks over there...doesn’t he? / Won’t he?...

15Il serait tout à fait envisageable de trouver Look over there sans autre référence explicite, de sorte que le groupe nominal qui apparaît dans un énoncé injonctif est appréhendé comme faisant partie de la référence subjective sans être un élément indispensable au calcul de la référence subjective.

16Or, la présence du nom propre ou plus généralement d’un pronom personnel dans un énoncé injonctif n’est pas neutre puisque les exemples ci-dessous :

You shut up! [B1 N (N09 0090)]
Ryan, look over there. [B1 M (M04 0310)]

17ne sont pas équivalents à :

Shut up !
Look over there.

18La présence de You ou de Ryan permet entre autres d’écarter toute autre référence subjective, et de dissocier parmi le ou les co-énonciateur(s) celui à qui revient l’éventuelle validation de p, comme dans l’exemple suivant :

Red, come along. The rest of you wait here. [B1 N (N10 1030)]

19Dans cet exemple, Red est déjà la trace d’une hétérogénéité dans la classe des co-énonciateurs

20ou bien :

You stay with the ladies. All of you be ready to ride hell for leather. [B1 N (N03 0260)]

21Il semble également que la présence d’un You ou d’un groupe nominal dans un énoncé qui n’en appelle pas nécessairement, construise le co-énonciateur comme différent de l’énonciateur ce qui revient à dire qu’il y a différenciation entre S0 et S1, et explique les phénomènes d’effet de sens de marque « d’autorité », ou de forte insistance sur des énoncés tels que :

You shut up! [B1 N (N09 0090)]

22Le fait que ces marques supplémentaires interviennent en position antéposée ou en postposition montre qu’elles ne peuvent participer au calcul de la référence puisque l’ordre dans la phrase et la place du complément de rang zéro ne sont pas libres en anglais contemporain. Ryan ou tout autre groupe nominal ne fonctionne pas comme un argument du prédicat comme le montre l’introduction d’un question-tag, (voir ci-dessus) ou bien l’exemple suivant:

Todman, drop your second element back. [B1 N (N15 1230)]
* Todman, drop hissecond element back.

23(*= dans ce contexte précis; his ne sera jamais compris comme un élément anaphorique de coréférentialité avec Todman.)

Mise en place du repérage subjectif

24Deux questions majeures se posent : d’une part comment expliquer le fait que le co-énonciateur est identifiable avec ou sans représentation textuelle dans un énoncé injonctif, d’autre part peut-on étudier parallèlement lorsqu’elles sont présentes les marques telles que les noms propres et You. Les deux fonctionnent avec une pause ou une marque prosodique qui les dissocient du reste de l’énoncé, comme s’ils fonctionnaient en unité indépendante. (Pour plus de commodité, nous appellerons ces unités vocatif). Ryan, ou tout autre référence à un nom propre explicite dans un énoncé impératif, fonctionne comme la référence unique d’un fléchage, c’est-à-dire que l’énonciateur pose qu’il existe dans la classe des humains un «élément» répondant aux critères de propriétés tels que sa référence est unique (toute détermination supplémentaire hors effet prosodique particulier est inutile: there’s a John Smith wanting to speak to you.) L’énonciateur flèche une référence qui existe hors situation d’énonciation à laquelle il fait appel pour la ré-investir dans une relation prédicative. Si l’on suppose que dans un énoncé injonctif, S0 pose l’existence d’un co-énonciateur comme préalable, la forme marquée avec le nom propre fonctionne en construction supplémentaire du co-énonciateur, lui diminuant ainsi son autonomie par rapport au prédicat, et donnant l’effet d’une relation intersubjective plus forte. Du même coup l’énonciateur est construit comme source déontique potentielle. D’autre part, le nom propre peut apparaître en fin comme en début d’énoncé injonctif mais les opérations semblent être différentes :

Take it out, you fool!3 [B1 M (M06 0870)]
Don’t you worry, chief! [B1 N (N15 0270)]
Take my hand, Louise [B1 R (R02 1780)]
Hub, you stick by the stage door. [B1 L (L12 1170)]
Ryan, look over there [B1 M (M04 0310)]

25You fool et chief serait prononcés avec une intonation descendante, tandis que Hub et Ryan ont une intonation montante. Les énoncés [B1 L (L12 1170)] et [B1 M (M04 0310)] font apparaître Hub et Ryan comme des unités indépendantes, comme si l’énonciateur les construisait de façon contrastive par rapport à tout autre co-énonciateur avant de leur donner une fonction argumentale. Dans les injonctions comportant you fool et chief, la relation inter-subjective est plus marquée, comme si l’énonciateur envisageait d’abord chief, you fool, ou Louise par rapport à lui-même, puis se construisait lui-même en source déontique potentielle.

26On remarque que dans l’exemple suivant, fool vient comme un qualificatif de you. :

Take it out, you fool ! [B1 M(M06 0870)]

27ce qui pourrait expliquer le fait que la manipulation ci-dessous est difficilement acceptable :

? You fool, take it out !

28L’exemple ci-dessous fait apparaître l’argument chief en fin d’énoncé :

Don’t you worry, chief ! [B1 N (N15 0270)]

29L’antéposition de Chief participerait sans doute du même fonctionne­ment que pour l’exemple [B1 M(M06 0870)] :

? Chief, don’t you worry !

30Où le co-énonciateur serait d’abord considéré dans un rapport contrastif par rapport à tout autre co-énonciateur.

31Il semble cependant que le pronom You fonctionne différemment puisqu’il est la marque d’une pré-construction. Dans un premier temps on pose < S – non p > c’est-à-dire : I won’t shut up (pour [B1 N (N09 0090)]) ou bien on marque que la relation prédicative est rejetée par le co-énonciateur. Ensuite You est construit comme différent de S0 et susceptible d’être le sujet potentiel de la relation prédicative. La présence de You dans un énoncé injonctif est aussi la trace d’un désaccord sur la valeur argumentale c’est-à-dire qui doit prendre en charge la relation prédicative (d’où l’effet d’insistance de certains énoncés en You) Mais comme on le voit d’après les exemples nombreux en anglais, il ne s’agit pas de la seule valeur des injonctions en You. L’injonction en You n’est donc pas une forme tronquée par rapport à l’impératif sans marque explicite du sujet, car la référence du sujet est posée de façon contrastive par rapport à un autre sujet potentiel. You semble plutôt marquer une déconstruction de préconstruits (situationnel, subjectif et même prédicatif). L’énoncé injonctif en You installe le sujet dans l’énoncé et le fixe en instanciant la place d’actant. Le problème étant de voir ce qui différencie ce nouvel énoncé d’une forme assertive. De plus quel statut va-t-on pouvoir donner à l’origine énonciative puisque l’on simule l’assertion ? De nombreux exemples de notre corpus semblent ambigus sur ce point :

Now you go outside and beckon me when it’s safe. [B1 K (K27 1190)]
So you get rid of that pistol right now, Mister McBride. You do that or take you out a permit right now. [B1 N (N09 1270)]
But you just keep it for me [LLC7 (7 2c 2 1930 1 1 A 11 3)]
Well you look you unhook it [LLC7 (7 2d 8 2840 1 A 12 4)]
And you get off to and then I’ll go straight away. [LLC7 (7 2e 3 4000 1 (B 22 5))]
Sommers, you bale while we row. [B1 N (N21 0250)]
Drop a salt tablet into the water or lemonade and you replace both salt and water. Then you won’t get cramps. [LobF (F31 170)]

La construction situationnelle

32Une recherche plus exhaustive devrait être menée pour permettre de confirmer ou non cette remarque, mais il semble que les injonctions en You fonctionnent avec une référence explicite à la situation d’énonciation. La présence dans les énoncés de Now, Well, So, montre que schématiquement on pose une situation fictive dans laquelle la relation p sera instanciée, en l’opposant à la situation d’énonciation. Les énoncés injonctifs sans You n’ont pas nécessairement de marques de ce type comme si l’énoncé injonctif construisait presque par défaut que la relation énonciative n’est pas validée en T0 et n’a donc pas besoin de repérage situationnel supplémentaire qui pourrait être mis en relation contrastive avec une situation visée. Or, on pourrait trouver un contre-exemple dans ce qui suit :

No, please – no visit today – I’ll be asleep. For God’s sake, don’t worry. That upsets me more than anything. [B1 P (P14 1470)]

33Sans qu’il y ait de marque d’insistance particulière, l’énoncé No, please – no visit today fonctionne comme une reprise (l’extrait est une conversation téléphonique dont le protagoniste à l’hopital vient d’avoir un accident). Deux interprétations au moins sont possibles : une mettant en cause la nature même du prédicat par rapport à la situation d’énonciation, que l’on pourrait expliciter de la manière suivante : «à propos des visites, pas question pour le moment : no visit provided / it is forbidden to...», et une autre interprétation mettant en rapport la relation prédicative avec le co-énonciateur : You will not, because I don’t want you to . L’énoncé seul No visit peut ne pas avoir de valeur injonctive, seul le contexte ici va lui donner cette valeur. En effet, No fonctionne en reprise d’une relation prédicative que l’on rejette en bloc. Or dans l’exemple, cette relation prédicative est absente du contexte, mais est sous-entendue. Par rapport à ce rejet, no visit est à prendre comme seule valeur pour le co-énonciateur. Seul Please réintroduit le binôme (p, p’), c’est-à-dire un écart suffisant pour permettre au co-énonciateur de construire p’ comme valeur à ne pas prendre. C’est Please qui donne également sa valeur prédicative à visit par opposition à there is no visit. Please empêche que visit soit compris comme une nominalisation, et on pourrait presque dire que No et Please par leur présence donnent sa valeur injonctive à cet énoncé. Cet exemple est d’autant plus atypique qu’il semble mêler deux stratégies discursives : Please crée une instance co-énonciative que tente de nier no visit qui gomme toute relation intersubjective, comme pour s’en remettre à une source déontique extérieure. L’énonciateur ne semble être ici que le vecteur d’une interdiction <no visit> qui n’émane pas de lui.

Conclusion

34Cette brève présentation des phénomènes a montré que le groupe nominal présent dans les énoncés injonctifs, qu’il s’agisse d’un nom propre ou du pronom personnel You, subit une transformation presque fonctionnelle puisque quelque soit sa forme, il renvoie toujours à la classe construite des co-énonciateurs.

35L’énonciateur privilégie le co-énonciateur comme susceptible de prendre en charge la relation prédicative soit de façon contrastive par rapport à l’énonciateur ou tout autre co-énonciateur potentiel, soit de façon intersubjective.

36Par rapport à la forme marquée, l’injonction sans spécification du «sujet» ne correspond pas à une forme standard puisque nous avons vu que les deux induisent des opérations différentes. Les énoncés injonctifs en You ne sont pas rares en anglais, et contrairement à l’idée selon laquelle l’injonction en You est la trace d’un désaccord avec le co-énonciateur, nous avons vu que You remet en cause et fonctionne à partir d’une réfutation de préconstruit, et qu’il ne s’agit pas seulement d’un effet de sens.

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Corpus :

BROWN corpus, LOB corpus et LONDLUND corpus, in Icame CD-rom Collection. Bergen ; Icame, Norwegian Computing Centre for the Humanities.

Notes

1 . A.Culioli,1983/1984: 86.

2 . J. Bouscaren et J. Chuquet, 1987: 37.

3 . It = sort of weapon.

Pour citer cet article

Catherine COLLIN (2015). "LA(ES) REPRÉSENTATION(S) DE L’ABSENCE DANS L’INJONCTION QUELQUES EXEMPLES EN ANGLAIS CONTEMPORAIN". Cahiers Forell - Formes et Représentations en Linguistique et Littérature - Archives (1993-2001) | La représentation en linguistique et littérature.

[En ligne] Publié en ligne le 15 octobre 2015.

URL : http://09.edel.univ-poitiers.fr/lescahiersforell/index.php?id=370

Consulté le 25/09/2017.

A propos des auteurs

Catherine COLLIN

Enseignante à l’IUT de l’Indre. Inscrite en thèse sous la direction de Jean CHUQUET à l’Université de Poitiers. Titre de la thèse : « Le sujet dans l’injonction. Opérations énonciatives et représentations en anglais contemporain ». Communications et publications : « Présentation du Logiciel de Wordsmith Tools : Le point de vue du linguiste », Congrès SAES Mai 1999.
Ce travail a pour objet l’étude des mécanismes de représentation de l’injonction. L’injonction est traditionnellement définie comme un mode dont les arguments constitutifs peuvent être absents. Cette étude tente de dégager si les deux paramètres sujet et moment d’énonciation peuvent être analysés en terme d’absence et si l’absence textuelle répond à un phénomène extra-linguistique. Lorsqu’une détermination supplémentaire apparaît en position sujet,il s’agit de voir comment sont mis en place les repérages sur les plans subjectif et situationnel.




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Dernière mise à jour : 02 février 2017

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