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SOLIDARITÉS DANS LA PREMIÈRE PARTIE DE L’ASTRÉE D’HONORÉ D’URFÉ

frPublié en ligne le 20 juin 2013

Par Liliane PICCIOLA

1Sa réputation de roman‑fleuve lu et apprécié dans les salons précieux a longtemps nui à L’Astrée d’Honoré d’Urfé. Le fait que sa publication se soit étalée sur une vingtaine d’années (1607‑1628) l’a fait apparaître à tort comme un ouvrage peu construit, qui s’était artificiellement amplifié au fur et à mesure que ses lecteurs le souhaitaient et non pas selon un dessein mûri par l’auteur ; au demeurant, D’Urfé n’a pas terminé la quatrième partie ni rédigé lui‑même la cinquième et dernière1. Le caractère composite de l’ouvrage a été mis en évidence par son succès même puisque bien des histoires enchâssées dans le récit de l’aventure principale ont fourni à des poètes dramatiques le sujet d’une tragi‑comédie qui se suffisait à elle‑même2.

2Le nombre élevé des personnages de L’Astrée semble aussi la preuve d’un éclatement de la matière romanesque. Certes, L’Astrée a été en partie réhabilitée : depuis longtemps l’œuvre est considérée comme la matrice du roman d’analyse français3 ; à la suite de Gérard Genette4, on a cessé de voir en ses héros de pures incarnations du néo‑platonisme pour découvrir leur sensualité et même une sensualité bien trouble ; surtout, on s’est mis à la considérer dans ses aspects symbolique et initiatique5 et, dès lors, à concevoir les aventures d’Astrée et Céladon comme un ensemble ordonné dans lequel tous leurs compagnons bergers ont leur juste place, dans des jeux de symétries et de complé­mentarité6. Cependant il semble qu’on ait étudié dans L’Astrée les sources d’un plaisir de lecture fait de découverte du sens, en le dissociant du plaisir pris à la diversité des rythmes, à la conduite sinueuse du récit, aux interruptions, aux suspensions, à la cohabitation de plusieurs genres au sein du roman, à la présence du narrateur. Écrit au début du XVIIe siècle, le roman semble participer de ce « style diffus », mais dominé, qu’on trouve dans une œuvre d’un tout autre genre, les Essais, et qui procure à la fois les joies de la promenade et celles de la reconstitution d’une pensée cohérente et nette : Desmarets de Saint‑Sorlin admirait d’ailleurs en même temps les deux œuvres.

3On sait que L’Astrée comporte, outre un récit des aventures d’Astrée et Céladon, qui commence quand la colère de la plus belle des bergères a pour effet de précipiter le plus parfait des bergers dans les eaux du Lignon, un grand nombre d’histoires enchâssées, signalées par un titre, et qui peuvent se lire séparément. La seule première partie, qui s’étend sur quatre cent‑quatre‑vingt‑sept pages, fournit au lecteur dix‑huit histoires susceptibles d’être lues séparément et auxquelles il faudrait ajouter quelques autres histoires qui ne sont pas matériellement détachées du reste du texte. On trouve aussi, dans une typographie différente, des lettres, de longueur variable (trente‑cinq), des billets (trois), et surtout des poésies (quarante‑cinq) : stances, madrigaux, sonnets, vilanelles ou simples chansons, des ensembles de vers sans dénomination, et même un dialogue, sorte d’idylle à rebours7. Enfin, distinguées ou non du reste du texte, des descriptions de tableaux, véritables morceaux d’ekphrasis sans rapport apparent avec la narration‑cadre, permettent encore des pauses animées. Le procédé d’enchâssement est souvent double : telle poésie peut se trouver incluse dans une histoire et il arrive qu’une histoire en contienne une autre (celle‑ci n’est alors pas signalée par un titre). A‑t‑on simplement affaire à des miscellanées, genre très en vogue dans toute l’Europe à cette époque8 et destiné à réjouir par sa variété un public aristocratique qui se plaît à ce côtoiement de genres différents ? En fait, il semble que la présence de ces divers éléments du texte soit plus nécessaire qu’elle ne le paraît au premier abord et que leur place ait été soigneusement choisie9. On s’interrogera donc sur les principes qui ont présidé au choix du site des histoires et sur les liens qu’elles entretiennent entre elles et avec la narration principale ; on se posera la même question à propos des poésies et des tableaux. Un autre des agréments du livre, puisque le narrateur sépare Céladon et Astrée dès les premières pages, et que le courant du Lignon emporte le héros jusque dans le domaine de la nymphe Galathée, réside dans le bercement de l’imagination du lecteur, entraînée tantôt du côté des nymphes et de Céladon, tantôt du côté des bergers et d’Astrée ; mais si l’on peut parler de bercement et non pas de ballottement, c’est bien parce que le narrateur sait rendre le transport agréable ! On se demandera donc par quels moyens D’Urfé produit cet étrange agrément, qui rejoint celui que produisent histoires, tableaux et poésies, et réussit le prodige d’éviter au lecteur de se perdre dans la foule des personnages et des aventures qui, à eux tous, font le sens de L’Astrée : mais l’agrément n’est‑il pas créé aussi par l’impression que la manière même de raconter participe de ce sens ?

De la nécessité et du naturel des histoires enchâssées

4Le récit des aventures d’Astrée et Céladon commence donc in medias res. Honoré d’Urfé ne nous fournit que les données essentielles à la compréhension de la rupture survenue entre la plus belle des bergères et le plus parfait des bergers du Lignon : ils s’aimaient depuis trois ans mais le cachaient à cause de l’inimitié qui régnait entre leurs parents respectifs et un berger nommé Sémire profita de cette nécessaire dissimulation pour faire croire à Astrée que Céladon l’avait trahie. Sur les parents, nous disposons d’éclaircissements dès le livre second lorsque l’une des trois nymphes qui recueillent et soignent Céladon après sa noyade manquée, la nymphe Sylvie, le reconnaît et apprend à ses compagnes qu’il est « des principaux de cette contrée » et que « son père est Alcippe et sa mère Amarillis ». Intriguée par ce chevalier Alcippe qui a endossé l’habit de berger alors qu’il s’était couvert de gloire en forçant les prisons des Wisigoths, une autre nymphe, Galathée, interroge Céladon qui raconte alors toute l’histoire de son père. Bien entendu, on découvre à la faveur de cette histoire qu’une rivalité amoureuse entre le père de Céladon et celui de Diane, Alcée, au sujet d’Amarillis, est à l’origine de la brouille fatale aux amours des deux jeunes bergers. Dans le quatrième livre, sollicitée par Diane, avec laquelle elle vient de se lier d’amitié10, Astrée, qui devant elle a refusé de voir Sémire, raconte son histoire. Procédé artificiel que cette insertion d’histoires ? Point tant que cela. Comment apprenons-nous ce que sont les gens que nous côtoyons ? Par leurs confidences successives sur ce qu’ils ont vécu et qu’ils ne nous débitent pas à nous seul ni toutes d’un seul coup la première fois qu’ils sont présentés à nous. La sympathie éprouvée à l’égard de quelqu’un et un événement fortuit éveillent notre curiosité sur quelque point de sa vie ; nous l’interrogeons, il nous découvre alors une partie de lui‑même, mais nous interrogeons aussi ses amis, qui sont aussi les nôtres, sur eux‑mêmes, et il se trouve souvent qu’en se racontant, eux, ils informent sur lui. Ainsi Galathée, qui vient, comme les lecteurs que nous sommes, de rencontrer Céladon et n’en connaît guère que la noyade, tient à connaître l’histoire de sa famille de ce berger parce qu’elle pense qu’il lui est destiné comme époux (or elle est fille de la reine Amasis) ; d’un autre côté, Diane qui a rendu une visite de civilité à Astrée, dont les parents sont morts, la trouve agréable et se montre vite curieuse de l’origine de tous ses malheurs, et comme les bergères sont non seulement curieuses mais bavardes, Astrée n’est avare de confidences ni sur elle ni sur Céladon… duquel elle complète ainsi l’histoire.

5L’artifice du roman consiste donc seulement à multiplier les sources de la lumière portée sur tel et tel personnage parce que le récit nous entraîne tantôt là où se trouve Céladon et tantôt là où se trouve Astrée.

6Au demeurant l’intarissable Astrée ne raconte pas seulement ce dont le lecteur a besoin, ses amours contrariées avec Céladon : en vraie bavarde, elle raconte aussi l’histoire de sa compagne Phillis et de Lycidas. Une histoire en appelle une autre comme dans la vie, où les règles implicites de la conversation et l’amabilité consistent également à rendre ce qu’on a reçu, confidence pour confidence, indiscrétion pour indiscrétion. Diane, qui a voulu entendre Astrée, devra bien un jour lui raconter sa propre histoire. Si le lecteur entre progressivement dans l’intimité et le passé du héros ou de l’héroïne grâce à la curiosité de ses compagnons, qui reflète un peu celle du lecteur (à l’égard des personnages du roman et à l’égard de ses proches), il s’enrichit en même temps que lui de la connaissance de ces compagnons qui nous apparaissent d’abord opaques et indifférents puis deviennent plus transparents et plus intéressants. Par exemple, si la nymphe Sylvie a pu donner sur Céladon quelques informations de nature à attiser à son sujet une grande curiosité, que l’intéressé a satisfaite, Céladon lui‑même n’est pas obsédé par la pensée d’Astrée au point de devenir indifférent aux agréables nymphes qui l’entourent. D’Urfé écrit : « Céladon oyait avec beaucoup de plaisir leurs petites disputes » et c’est « afin qu’elles ne finissent si tôt » qu’il interroge la nymphe Sylvie parce qu’une brève indiscrétion de Léonide lui fait soupçonner quelque mystère la concernant. Comme cette histoire est liée à un défaut de Sylvie — sa froideur —, c’est Léonide qui la raconte. Cependant cette curiosité-même est significative : Céladon ne manifeste pas le même intérêt à l’égard des deux autres nymphes, et ne se fera pas raconter leur histoire ; et le narrateur de noter, mais bien plus tard dans cette première partie11, une certaine attirance de Céladon vers Sylvie malgré son attachement à Astrée… Sans que D’Urfé l’ait commenté à sa naissance, l’intérêt du berger pour la nymphe commence donc par se manifester par cette envie d’entendre son histoire. Le hasard de ses fréquentes conversations avec Sylvie l’amène aussi à parler de ses amis, de la philosophie de Silvandre et de sa théorie des aimants, à citer Diane et à raconter, sollicité par Sylvie qui s’intéresse à cette bergère12, l’histoire de ses parents. Ainsi beaucoup des histoires incluses dans le récit‑cadre le sont‑elles d’une manière naturelle et nous font‑elles connaître avec facilité de plus en plus de personnages et avec de plus en plus de profondeur.

7De même qu’elle nous fait pénétrer progressivement les âmes et le passé des personnages, la multiplicité des histoires nous initie à certains mystères. Ainsi Diane, entendant l’histoire de Phillis en rapproche un détail, très secret, d’un autre mystère qu’elle connaît. Mais elle se trompe. Cependant la curiosité du lecteur sera un jour satisfaite sur la ressemblance des deux faits, quand il lira une autre histoire, incluse dans la deuxième partie de L’Astrée13. Mais surtout, c’est par petites touches, et grâce à plusieurs histoires que nous parvenons à reconstituer celle de la fontaine de vérité d’amour qui constitue le cœur de l’immense roman.

8L’existence de la fontaine et ses vertus sont pour la première fois mentionnées dans une description, appartenant au récit-cadre, des abords de la chambre où Céladon a été placé par les nymphes pour y être soigné :

Assez près de là, dans un autre carré, était la fontaine de la vérité d’amour, source à la vérité merveilleuse ; car par la force des enchantements, l’amant qui s’y regardait, voyait celle qu’il aimait ; s’il était aimé d’elle il s’y voyait auprès ; si de fortune elle en aimait un autre, l’autre y était représenté, et non pas lui, et parce qu’elle découvrait les tromperies des amants, on la nomma la Vérité d’amour.

9Céladon, au troisième livre, veut un jour voir cette fontaine mais on lui explique qu’il est impossible désormais d’en approcher à cause de Sylvie. Voilà qui intrigue le parfait berger et amène la nymphe Léonide à raconter l’histoire de sa sœur. On apprend alors que Clidaman, fils de la reine Amasis et chevalier servant, bien qu’éconduit, de Sylvie, se mira dans la fontaine mais n’y trouva que le reflet de celle qu’il aimait, ce qui signifiait, d’après le druide consulté, que celle‑ci n’aimait personne. Mais le druide prend soin d’expliciter son interprétation et l’on passe insensiblement de la narration à une philosophie de l’amour qui, exposée par un officier des dieux, vaut pour toutes les intrigues amoureuses du roman :

Tout ainsi que les autres eaux représentent les corps qui lui sont devant, celle‑ci représente les esprits. Or l’esprit qui n’est que la volonté, la mémoire et le jugement lorsqu’il aime, se transforme en la chose aimée ; et c’est pourquoi lorsque vous vous présentez ici elle reçoit la figure de votre esprit et non pas de votre corps, et votre esprit étant changé en Sylvie, elle représente Sylvie et non pas vous. Si Sylvie vous aimait, elle serait aussi bien changée en vous que vous en elle ; et ainsi, représentant votre esprit, vous verriez Sylvie et voyant Sylvie changée comme je vous ai dit, par cet amour, vous vous y verriez aussi.

10Sans se référer à la fontaine, Tircis et Silvandre reprendront ultérieurement ce thème de la métamorphose de l’amant en l’être aimé pour l’opposer à l’égoïsme de l’inconstant Hylas14. Clidaman, de dépit, se met à frapper la fontaine de son épée pour mettre fin à l’enchantement et le druide, pour le calmer, envoûte deux lions et deux licornes qui resteront comme attachés à la fontaine, pour en défendre l’accès.

11Il nous faut attendre le livre VIII pour réentendre parler de la fontaine. Cette fois, c’est dans l’histoire de Silvandre qu’elle est évoquée. Un oracle a prescrit à Silvandre de se regarder dans la fontaine : ce qu’il y verrait lui permettrait de sortir de l’adversité. Mais, merveille de 1’imbrication des histoires les unes dans les autres, avant que Silvandre n’ait pu se rendre à la fontaine est survenue la colère de Clidaman et les animaux enchantés empêchent désormais d’en approcher… Loin de procéder par maladresse en faisant alors redire à Silvandre une histoire qu’on a déjà entendue, D’Urfé lui fait mentionner rapidement les lions et les licornes mais ajouter un détail extrêmement important :

Je sus […] que le sortilège ne pouvait se rompre qu’avec le sang et la mort du plus fidèle amant, et de la plus fidèle amante.

12D’Urfé avait fait taire les conditions du sortilège par Léonide, qu’elles concernaient assez peu. Avec cette révélation de Silvandre, on commence à s’interroger sur l’identité de celui qui, dans le récit‑cadre, est à considérer comme le plus fidèle amant et que, en bons lecteurs de romans, nous devrions avoir déjà reconnu : est‑ce Silvandre lui‑même, dont la destinée paraît attachée à la fontaine de vérité d’amour ? Est‑ce Céladon, souvent présenté comme le plus parfait berger du Lignon ? Est‑ce Tircis, fidèle jusqu’au souvenir d’une morte, sa chère Cléon ?

13Il n’est plus question de la fontaine de vérité d’amour dans les quatre livres qui suivent mais désormais la conscience de son importance ne quitte plus guère le lecteur ; déjà, au début du livre VIII dans lequel Silvandre procède à cette révélation, le narrateur indique que « Silvandre, sous la feinte recherche de Diane, commençait à ressentir une amour naissante et véritable » et c’est dans cette perspective qu’on suit, dans le dernier livre de cette première partie, le débat entre Tircis et Céladon qui conteste qu’on puisse continuer de souffrir après la mort de celle qu’on aime.

14Une autre fonction des histoires consiste à valoriser des détails du récit‑cadre qui ont d’abord été perçus comme anodins… C’est ainsi qu’on se laisse volontiers bercer dans le premier paragraphe de L’Astrée par la description du doux Forez. Ce Forez apparaît comme une sorte de cadre naturel évident, dépourvu de toute solennité. Or qu’apprend‑on dans le livre second ? Que cette nature elle‑même a une histoire :

Un étranger romain, qui en dix ans conquit toutes les Gaules, fit rompre quelques montagnes, par lesquelles ces eaux s’écoulèrent, et peu après se découvrit le sein de nos plaines, qui lui parurent si agréables et fertiles qu’il décida de les faire habiter.

15Même des précisions étymologiques nous sont fournies :

Parce que la plaine humide et limoneuse jeta grande quantité d’arbres, quelques uns ont dit que le pays s’appellait Forez, et les peuples Forésiens, au lieu qu’auparavant ils étaient nommés Ségusiens ; mais ceux là sont fort déçus, car le nom de Forez vient de Forum qui est Feurs, petite ville que les Romains firent bâtir, et qu’ils nommèrent Forum Segusianorum, comme s’ils eussent voulu dire la place ou le marché des Ségusiens.

16Assurément, le lecteur ne s’attendait guère à voir redresser par la nymphe Galathée sa perception du tout simple Forez. Celui‑ci n’en revêt que plus d’importance. Et le lecteur de se prendre à penser que cette région du Forez est à la fois toute neuve et très civilisée, et que ses habitants pourraient bien constituer des modèles.

17Il paraît donc acquis que les histoires enchâssées présentent un caractère de nécessité et qu’au bout du compte, dans l’imagination du lecteur, une continuité narrative se reconstitue. Mais les poésies et les descriptions de tableaux se détachent encore bien plus fortement du récit‑cadre. Doit‑on pour autant les percevoir comme de simples ornements ? Un examen attentif de leur contenu révèle qu’ils s’intègrent en fait parfaitement aux objectifs du récit‑cadre.

De la fonction des poésies, lettres et tableaux dans l’analyse, l’esthétique et le sens du récit‑cadre

18Les stances, les poèmes, les madrigaux, les lettres même, font voir ce qui est irréductible à l’analyse et au récit : l’intérieur d’un cœur avec ses élans renouvelés, sa confusion, ses contradictions. On peut les considérer comme l’effet du regard de l’art sur l’action. Il existe diverses manières de dire une même chose. La poésie utilise les rythmes, les sonorités, la place des mots, les accents. Il n’est pas indifférent que la première preuve que Lycidas donne à Astrée de la fidélité de son frère soit un poème, car les sentiments du parfait amant se trouvent ainsi exprimés dans toute leur force. On connaît l’aventure pathétique de Tircis grâce aux stances qu’il prononce « couché de son long sur l’herbe et deux bergères auprès de lui, l’une lui tenant la tête en son giron, et l’autre jouant d’une harpe ». La poésie, émouvante, peut aussi servir à étonner : telle est la fonction des chansons de l’infidèle Hylas ou du poème composé impromptu par Sylvie pour éconduire Ligdamon et qui en dit plus dans sa violence que toutes les évocations en prose de sa froideur :

19Il est, certes, curieux que lettres, chansons ou poèmes puissent être inclus dans les histoires et que les personnages-narrateurs connaissent par cœur la correspondance de leurs amis. Mais, outre qu’il n’est pas plus artificiel de citer un poème ou une lettre que de restituer les termes d’un dialogue, cette connaissance précise des écrits intimes des autres ne choque pas dans cet univers de confidences où l’on ouvre volontiers son cœur à autrui et où on lui montre volontiers, et parfois même publiquement sa correspondance, comme on le fera quelques années plus tard dans les salons15. Le goût des beaux sentiments et des belles tournures incite à apprendre ces poèmes et, dans cet univers de bergers, ceux qui écrivent sont des artistes. A travers ces citations, c’est l’exemplarité de la passion, de la douleur, du dévouement, aussi bien que de la cruauté qui est soulignée. Elles invitent à prendre du recul par rapport aux personnages, de même que l’histoire, en six tableaux, de Damon et Fortune dans le onzième livre.

20C’est sans aucun doute par souci de variété que D’Urfé introduit cette forme très particulière de récit, mais elle correspond aussi à une autre intention. Il faut prendre garde au fait que c’est le druide Adamas qui présente cette suite de tableaux à Céladon, le héros, le parfait berger, celui qui peut le mieux méditer ses leçons. Or voici quelques phrases qui introduisent ces descriptions animées de tableaux :

Tout ainsi que l’ouvrier se joue de son œuvre et en fait comme il lui plaît, de même les grands dieux, de la main desquels nous sommes formés, prennent plaisir à nous faire jouer sur le théâtre du monde le personnage qu’ils nous ont élu.

21Imaginer un beau tableau fait aussi imaginer le cadre qui le met en valeur, le révèle, le sépare des objets quotidiens. Les personnages représentés dans la série de tableaux consacrés à l’histoire de Damon et Fortune y apparaissent bien comme ceux du théâtre en cette période d’encadrement du proscenium, c’est-à-dire soumis aux regards des autres et agis par un auteur de leur aventure. En dirigeant ouvertement le regard de Céladon — et des spectateurs imaginaires que sont les lecteurs —, par des « Voyez en premier lieu », « considérez », « voyez comme », « regardez », « jetez l’œil », « haussez un peu les yeux », en dénonçant la peinture par l’annonce du tableau suivant (« Mais passons au troisième », « mais passons à cet autre », « Or voici le sixième et dernier tableau »), Adamas, tel le magicien Alcandre dans les interactes de L’Illusion comique, empêche le lecteur de céder à la tentation d’adhérer trop à l’aventure que suggère l’image ; car on a moins affaire à de véritables descriptions de tableaux qu’à des morceaux d’ekphrasis. En effet, dans cette histoire en six chapitres‑tableaux Adamas ne se prive pas de faire référence à des événements et dialogues antérieurs16. Mais il tire aussi pour Céladon la leçon de tel ou tel tableau. Ainsi commente‑t‑il le troisième tableau qui montre Damon se baignant et la vieille fée Mandrague l’épiant amoureusement : « c’est pour faire voir en cette vieille que le bois sec brûle mieux et plus aisément ». Les tableaux qu’imagine D’Urfé comportent d’ailleurs souvent deux parties : s’ils font voir des scènes humaines, c’est en les plaçant sous les regards des dieux et en mêlant réel et surnaturel. Le petit dieu Amour est présent aux côtés de Damon dans le premier tableau ; dans le second, on peut observer plusieurs Amours, « tout embesognés » autour du beau berger et de Fortune :

En voici un qui prend la mesure des sourcils de la bergère et la donne à l’autre, qui avec un couteau écarte son arc afin de le compasser pareil à leur tour […]. « Cupidon est un peu plus haut, de qui la main gauche tient son arc, ayant la droite encore derrière l’oreille comme s’il venait de lâcher son trait […]. Et, certes, son coup ne fut point en vain car le pauvre berger en fut tellement blessé que la mort seule le peut guérir.

22Le troisième tableau fait voir Vénus et Cupidon dans une nue et Cupidon semble éclater de rire :

Pour montrer sa puissance sur cette vieille hôtesse des tombeaux, il lui plaît de faire preuve de l’ardeur de son flambeau, avec lequel il semble qu’il lui redonne une nouvelle âme, et, pour dire en un mot, qu’il la fasse ressusciter et sortir du cercueil.

23Ces six tableaux se situent dans le onzième livre, c’est-à-dire presque à la fin de la première partie de L’Astrée. Ne constituent-ils pas une invitation à procéder à une lecture morale et distanciée des autres histoires que nous avons lues et qui auraient pu, elles aussi, être mises en tableau et figurer dans une grotte qu’Adamas ferait visiter pour inciter à la méditation17 ?

24Évidemment, en soulignant sans cesse le talent du peintre, Honoré d’Urfé rend également hommage à l’art en général, et à l’art du romancier en particulier, qui, avec les mots, imite la nature et les hommes. Justement, il lui arrive à lui‑même de composer de véritables tableaux en mots, tel celui du mort-vivant qu’est Céladon quand les trois nymphes le trouvent après sa noyade :

Il avait encore les jambes en l’eau, le bras droit mollement étendu par dessus la tête, le gauche à demi tourné par derrière et comme engagé sous le corps. Le col faisait un pli en avant pour la pesanteur de la tête qui se laissait aller en arrière ; la bouche, à demi entr’ouverte, et presque pleine de sablon, dégouttait de tous côtés».

25Or ce qui frappe le plus dans l’histoire de Damon et Fortune, c’est bien l’art avec lequel Adamas décrit les attitudes, les lignes, les directions, art qu’on peut apprécier aussi dans mainte évocation du récit‑cadre, car D’Urfé se plaît à immobiliser ses personnages, ou peu s’en faut, pour les mieux décrire18. Mais si le romancier n’hésite pas à souligner son propre talent de réalisateur d’illusions, il n’hésite pas non plus — tel Adamas guidant ostensiblement Céladon (et le lecteur) d’un tableau à l’autre — à montrer les coutures de l’œuvre, au point, parfois, de faire preuve d’une plaisante désinvolture.

26Il n’est évidemment pas facile de raconter l’histoire de deux héros qui se trouvent séparés dès les premières pages du roman. Dans le premier livre, d’Urfé choisit la simultanéité chronologique, n’avançant jamais trop loin dans le récit de l’aventure de l’un pour n’avoir pas à procéder à de déroutants retours en arrière à chaque fois qu’il entraîne notre imagination pour retrouver l’autre.

27Après avoir évoqué l’émoi provoqué dans le monde des bergers par la noyade volontaire de Céladon, le narrateur enchaîne sans ménagement :

[Céladon] qui cependant fut emporté de l’eau avec tant de furie que de lui‑même il alla donner sur le sec, fort loin de l’autre côté de la rivière, entre quelques petits arbres mais avec fort peu de signes de vie.

28On retourne vers Astrée pour faire avancer un peu le récit en amont du Lignon, et très vite l’attention est de nouveau guidée vers Céladon. Le narrateur souligne la simultanéité du départ des nymphes et d’un événement qu’il a évoqué plus haut (la chute de la bergère affligée dans le Lignon) :

Au même temps qu’elles furent parties, Astrée, revenant de son évanouissement tomba dans l’eau comme nous l’avons dit.

29Évidemment, ce va‑et‑vient incessant entre les deux mondes, celui des bergers et celui des nymphes, fatiguerait beaucoup le lecteur s’il se prolongeait. Dans toute la fin du premier livre, nous restons auprès d’Astrée. L’action des livres II et III se déroule ensuite dans le monde des nymphes et il faut attendre le livre IV pour que, de nouveau, le récit se divise entre les deux mondes. Mais cette fois, pour passer de l’un à l’autre, le narrateur fait voyager la nymphe Léonide qui se rend chez le druide pour lui demander de l’aider à soigner Céladon. Ainsi doit‑elle s’approcher, avec la nymphe Sylvie, de la région habitée par les bergers:

Cependant qu’elles reposaient, Astrée, Diane et Phillis vinrent de fortune conduire leur troupeau en ce même lieu.

30Pour ne pas trop ballotter l’imagination du lecteur, il vaut encore mieux que tout se passe en un seul et même endroit ! De la règle d’unité de lieu dans le roman…

31Une véritable rencontre entre les deux mondes est pourtant éludée et 1’on suit assez naturellement les pas de Léonide, porteurs de l’action et en quête du salut de Céladon, vers la demeure d’Adamas, mais — il faut être bon marcheur pour figurer dans le roman d’Honoré d’Urfé — Adamas n’est déjà plus là ! Cependant, au lieu d’accompagner Léonide revenant sur ses pas, nous la dépassons et rejoignons Adamas, qui se trouve justement chez les bergers… Si D’Urfé fait, certes, voyager beaucoup, il prend bien soin de s’assurer des relais. Ainsi les lecteurs que nous sommes disposent‑ils toujours, sinon de chevaux frais, du moins de jambes reposées, pour avancer dans de bonnes conditions.

32Bien sûr, il arrive encore que l’imagination doive sauter d’un endroit à un autre, et le livre VI commence de manière bien abrupte : « D’autre côté, Léonide… »

33Mais on pourrait presque parler d’une gratuité de cet effort d’imagination car Léonide arrive vite, puisqu’elle est à la recherche d’Adamas, dans la région des bergers. Elle surprend des conversations, qu’elle écoute cachée, puis décide de se montrer à eux pour poser des questions utiles sur Céladon19.

34Toutefois D’Urfé sait toujours prendre des distances par rapport à la facilité de son procédé et s’il provoque des interruptions dans la perception que ses personnages ont des choses, le lecteur, lui, n’en souffre guère. Ainsi ce n’est pas sans malice que le romancier endort Léonide et Sylvie au moment où elles pourraient justement entendre des propos qui les intéresseraient… mais que le lecteur entend pour elles20. Lorsqu’enfin au livre VI Léonide peut écouter une conversation, elle n’y trouve pas ce qu’elle cherchait et qu’elle aurait entendu si elle n’avait pas dormi au mauvais moment ! Cet enjouement dans la conduite du récit, qui souligne l’artifice, nous le retrouverons quelques années plus tard dans l’histoire d’Alcidalis que le poète et épistolier Vincent Voiture composa avec Mademoiselle de Rambouillet21.

35Il subsiste évidemment dans L’Astrée un grand nombre d’histoires insérées de manière peu naturelle dans la mesure où elles ne concernent guère les protagonistes. Mais en fait, il s’agit des aventures de personnes qui leur ressemblent, soit dans le monde des bergers, soit dans le siècle : Tircis et Silvandre pourraient être frères, Diane ressemble à Madonte. D’autres hors d’œuvre cependant, notamment les descriptions de tableaux, revendiquent le droit à la fantaisie de la composition romanesque. Mais cette fantaisie ne s’apprécie que dans la mesure où D’Urfé démontre d’une part sa capacité à intégrer un nombre considérable d’éléments dans une chatoyante unité et à organiser une insensible progression de l’action, d’autre part son évidente conscience des artifices les plus grossiers de cette intégration même.

36On peut être étonné, alors que toute la première partie de L’Astrée s’ingénie à faire communiquer monde des nymphes et monde des bergers, qu’elle se termine par la véritable retraite de Céladon. C’est que ce dernier semble tirer la conclusion non seulement de ce qu’il a vécu et entendu lui‑même (il admire Damon, qui a su mourir), mais de tout ce que le lecteur a lu. Céladon se retire du monde des nymphes, où l’amour de Galathée le mettait en danger, mais surtout du theatrum mundi : la lassitude du parfait berger n’est‑elle pas rendue particulièrement sensible au lecteur dans la mesure où, ballotté sans cesse entre deux mondes, lancé sans relâche sur les grands chemins, ce dernier aspire, lui aussi, à quelque repos ? Si Céladon a manqué sa mort physique, il meurt au monde, à ses agitations, à ses séductions. Mais pour s’en dépouiller, il a dû d’abord s’enrichir d’elles, ce qui justifie l’hétérogénéité de l’œuvre.

37Le roman pourrait se terminer là, car l’histoire de Céladon paraît bien complète. C’est la conscience qu’on a que certaines des autres aventures (celle de Silvandre, celle d’Hylas) ne sont pas achevées, que le dialogue des poèmes pourrait continuer encore, qui fait pressentir que cette histoire n’est pas finie non plus, que Céladon va renaître une seconde fois. L’inachèvement de certaines histoires enchâssées fait pressentir l’inachèvement du récit‑cadre et en fait désirer la suite. Ainsi, les repos de l’action principale contribuent‑ils à son dynamisme. Le sens de L’Astrée se nourrit de sa forme, de sa discontinuité même et de ses jeux de reflets.

Notes

1 .La quatrième partie a connu une édition incomplète, désavouée par Honoré d’Urfé, en 1624. En 1627 paraît, après la mort du romancier, une Vraie Astrée. Quatrième partie, que le secrétaire de D’Urfé, Balthazar Baro, a revue. D’autre part il composa et signa une Cinquième partie, qu’il publia en 1628.

2 .Entre autres, Chryséide de Mairet (1625), Madonte (1628) et Dorinde de D’Auvray, Célidée (1635) de Rayssiguier, Ligdamon et Lydias (1630) ainsi qu’Eudoxe (1639) de Scudéry, qui constituent des adaptations dramatisées d’histoires incluses dans L’Astrée ; bien d’autres tragi‑comédies reprennent des canevas d’aventures racontées dans le célèbre roman mais en changeant les noms des personnages.

3 .« L’analyse faisait déjà la grandeur de L’Astrée, de la Clélie, du Grand Cyrus » rappelle R. Zuber dans le tome 4 de la Littérature française des éditions Arthaud (Poche, 1984).

4 .G. Genette, Figures, Seuil, 1966, « Le serpent dans la bergerie », p. 109‑122.

5 .Cf. notamment, J. Bonnet, La Symbolique de L’Astrée, Saint‑Étienne, Le Hénaff, 1981 et Y. Hersant, Mythe, symbole roman, PUF, 1980, ch. « Mythe et allégorie dans L’Astrée ».

6 .Cf. M. Laugaa, « Structures ou personnages dans L’Astrée », Études françaises, février 1966, p. 3‑27.

7 .Première partie, livre V. Il s’agit d’un dialogue en octosyllabes entre la coquette Stelle et le berger Corylas qui ne se laisse plus abuser ni par ses avances ni par ses reproches.

8 .Ce goût traverse et l’Europe et le siècle : on peut citer le Peregrino en su patria de Lope de Vega (1604), Las Fiestas del jardín de Castillo Solorzano (1634) qui, à l’occasion de la célébration de noces, offrent récitations de vers, nouvelles et comedias et les célèbres Cigarrales de Toledo de Tirso de Molina (1624) ; sur la bigarrure chez La Fontaine (Le Songe de Vaux et Les Amours de Psyché et Cupidon), cf. B. Tocanne, dans Précis de littérature française du XVIIe siècle, PUF, 1990, 3e partie, ch. III : « Le destin de la poésie », notamment la p. 240.

9 .Les douze livres de la première partie contiennent chacun une histoire (dont une table récapitulative à la fin du livre souligne l’autonomie), sauf le premier livre qui, devant lancer le récit‑cadre, n’en contient pas, le livre VII qui « répond » à l’histoire de Tircis et Laonice par deux harangues et un jugement, qui accaparent déjà beaucoup l’attention alors que Tircis et Laonice sont tout de même des personnages secondaires, et le livre VIII dans lequel s’opposent l’histoire de Sylvandre et celle d’Hylas. Le livre XI contient deux histoires mais la seconde, celle de Damon et Fortune, est racontée sous la forme d’une description de tableaux, ce qui d’une part la fragmente, d’autre part lui confère un rythme et un aspect réflexif tout à fait particuliers. On remarquera aussi que plus le genre littéraire enchâssé se caractérise par sa brièveté, plus les échantillons qui le représentent sont nombreux dans chaque livre.

10 .« Les amitiés qui naissent dans la mauvaise fortune sont bien plus étroites et serrées que celles qui naissent dans le bonheur » écrit le narrateur, comme pour justifier le bien‑fondé de toutes ces confidences.

11 .Il faut attendre le livre X : « Silvie alors, se voyant seule avec lui, commença de l’entretenir avec tant de courtoisie que s’il y eût eu en ce lieu là quelque chose propre à lui donner de l’amour, c’eût été elle sans doute ».

12 .Ce n’est sans doute pas un hasard si D’Urfé inspire à la nymphe Sylvie de l’intérêt pour Diane, qui, comme la déesse dont elle porte le nom, se caractérise par une relative froideur : telle est également Sylvie, qui vient d’entendre que Diane a posé à Sylvandre une question sur « l’aimant » de Timon d’Athènes, qui n’aima jamais rien.

13 .Celle d’Ormanthe, enceinte des œuvres de Damon, qui sera exposée dans le Livre VI de la Deuxième partie, dans l’histoire de Damon et Madonte.

14 .Deuxième partie, livre VI. Tircis : « L’amant se transforme en 1’aimé et l’aimé en l’amant, et par ainsi, deux ne deviennent qu’un, et chacun toutefois, étant amant et aimé, par conséquent est deux ».

15 .Cf. B. Yon, « La conversation dans L’Astrée, texte littéraire et art de vivre », XVIIe siècle, n° 179, avril‑juin 1993, p. 273‑289.

16 .« Ces fantômes que vous lui voyez autour sont démons qu’elle a contraint venir à elle par la force de ses charmes. […] Sachez que quelque temps auparavant une belle bergère, fille d’un magicien, s’éprit secrètement... ». Pour décrire le sixième tableau, Adamas nous rapporte tout simplement le dialogue de Damon mourant et de Fortune, qui vient de le découvrir.

17 .Fortune, trompée par la fontaine de vérité d’amour truquée par Mandrague, croit Damon infidèle mais la mort de ce dernier la venge bien au delà de ce que la jalousie lui faisait souhaiter : elle ressemble en cela à Astrée. Plus vieille, la fée Mandrague, désespérée d’avoir fait mourir Damon par jalousie, reproduit encore le même processus.

18 .Cf. la description de Tircis affligé citée supra.

19 .Léonide s’endort à un bien mauvais moment, mais le narrateur a pris soin d’indiquer que dans sa hâte de trouver Adamas pour faire soigner Céladon, elle n’avait encore pris aucun repos. Il est normal qu’une fois rassurée sur le sort du jeune berger, elle tombe de sommeil. Le souci de la vraisemblance dans la conduite du récit est plus grand qu’on ne pourrait le penser chez D’Urfé, malgré les fréquents « de fortune » dont il émaille ses récits.

20 .D’Urfé fait souligner malicieusement son procédé par Léonide au début du livre V : « Et suis bien marrie que nous ayons si longuement dormi, car je m’assure que nous eussions bien appris de leurs nouvelles, y ayant apparence que l’occasion qui les a éloignées des autres n’a été que pour parler plus librement ».

21 .L’Histoire d’Alcidalis... fut publiée en 1656, mais elle avait été composée dès 1632. Voiture et Mlle de Rambouillet soulignaient avec désinvolture le rôle de la Fortune dans leur roman : « La Fortune est la meilleure mère du monde... ». Mais dans la préface du livre n’est‑il pas indiqué qu’« il faut lire en badinant pour y avoir plus de plaisir » ?

Pour citer cet article

Liliane PICCIOLA (2013). "SOLIDARITÉS DANS LA PREMIÈRE PARTIE DE L’ASTRÉE D’HONORÉ D’URFÉ". Cahiers Forell - Formes et Représentations en Linguistique et Littérature - Archives (1993-2001) | Discontinuité et/ou hétérogénéité de l'œuvre littéraire.

[En ligne] Publié en ligne le 20 juin 2013.

URL : http://09.edel.univ-poitiers.fr/lescahiersforell/index.php?id=216

Consulté le 25/09/2017.

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Dernière mise à jour : 02 février 2017

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