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Discontinuité anthologique et continuité poétique dans la littérature gnomique du XVIe siècle

frPublié en ligne le 19 juin 2013

Par Jean VIGNES

1La problématique de cette journée ne pouvait qu’intéresser un amateur de poésie qui s’emploie depuis quelques années à attirer l’attention des chercheurs sur un genre discontinu souvent mal connu et mal jugé : le genre gnomique. Il est vrai que cette littérature morale – j’allais dire moralisatrice – souffre d’une réputation plutôt fâcheuse, y compris chez les universitaires, plus souvent attirés par les séductions de la fable et de l’emblème que par d’obscurs « ramas » de proverbes et de sentences versifiés1. A tort ou à raison, le proverbe est considéré par beaucoup comme l’expression d’un bon sens populaire sans véritable portée intellectuelle ; quant à la sentence, son caractère normatif et sa visée moralisante lui prêtent un air d’autorité austère qui rebute. Proverbes et sentences semblent par ailleurs véhiculer une sagesse trop banale, ou une morale dépassée : « La morale est la faiblesse de la cervelle », écrit déjà Rimbaud2. Enfin, l’idée qu’on puisse orner de quelques rimes un aphorisme ne séduit pas davantage : l’idée même de poème didactique répugne à notre époque, encore largement tributaire d’une conception romantique de la poésie, conçue avant tout comme effusion lyrique. On ne lit donc plus guère de poésie gnomique... Reste à savoir si l’on ne se prive pas ainsi de plaisirs inattendus, du moins de quelques heureuses surprises.

2Si la littérature gnomique du XVIe siècle peut parfois nous sembler fastidieuse et monotone, c’est loin d’être toujours le cas. Elle mérite par ailleurs une curiosité d’historien, ne serait-ce qu’en raison du succès qu’elle connut en son temps. Enfin certains recueils offrent des exemples étonnants et variés d’intégration poétique de matériaux hétérogènes et discontinus. L’examen de ces textes peut ainsi apporter beaucoup à la réflexion théorique sur l’écriture discontinue.

3Dans cette perspective, je voudrais ici esquisser la typologie des principaux modes d’organisation didactique et/ou poétique du discours gnomique, de l’Antiquité à la Renaissance, ce qui m’amènera dans un second temps à mettre en valeur la singularité du projet parémiographique et poétique des Mimes, Enseignemens et Proverbes de Jean-Antoine de Baïf3. Seront ainsi envisagées diverses réponses esthétiques au problème de la discontinuité inhérente au genre de la compilation gnomique, genre aussi prisé par l’Antiquité que par le Moyen Age et la Renaissance humaniste.

DISCONTINUITE ET HETEROGENEITE DU MATERIAU

4Il convient peut-être dans un premier temps de souligner la discontinuité et l’hétérogénéité effective du matériau proverbial et sentencieux recueilli par les différents compilateurs auxquels je vais m’intéresser. Leur discontinuité ne va nullement de soi. En effet, proverbes et sentences ne sont pas par définition des énoncés discontinus. Dans son usage courant, le proverbe s’insère dans la trame d’un discours qui l’actualise. S’il est vrai que, dans la langue parlée, les proverbes et les dictons (de type « qui trop embrasse mal étreint ») peuvent souvent se distinguer « de l’ensemble de la chaîne par le changement d’intonation », la locution proverbiale, en revanche (de type « tirer le diable par la queue4 »), s’insère dans le discours sans le rompre, comme n’importe quel autre syntagme figé. Mais cette distinction moderne entre proverbe et locution proverbiale n’est nullement formalisée au Moyen Age et à la Renaissance : la notion d’adage, par exemple, englobe et confond des formules syntaxiquement autonomes, riches de contenu didactique (« Nosce teipsum »), et de simples façons de parler amusantes et imagées (« Cornice loquacior »). Par ailleurs, nous savons tous à quel point il est difficile, quand nous lisons des textes anciens (je pense par exemple à Rabelais ou à Cervantes), d’identifier avec certitude ce qui relève effectivement de la tradition proverbiale et ce que nous pouvons considérer comme une création originale de l’auteur : c’est encore un signe que le proverbe n’est pas nécessairement perçu comme un énoncé hétérogène venant briser la continuité d’un discours.

5Quant à la sentence, elle peut trouver place fort logiquement dans un développement en prose ou en vers sans en interrompre le déroulement. J’en veux pour preuve les innombrables maximes que des compilateurs ont pu extraire des lettres de Sénèque ou de Cicéron, ou plus tard des Essais de Montaigne : s’il est vrai que certains traits grammaticaux spécifiques permettent de soustraire ces maximes à leur contexte, c’est seulement hors contexte qu’elles apparaissent discontinues. Dans l’environnement qui les a vues naître, elles ne produisent pas toujours un effet de rupture, elles n’apparaissent pas nécessairement comme un corps étranger5.

6C’est donc la pratique anthologique elle-même qui engendre la discontinuité inhérente au genre gnomique. La démarche du collectionneur, qui isole le proverbe et la sentence, les transforme du même coup en énoncés discontinus, privés de contexte et d’actualisation. Arrachés à l’axe syntagmatique du discours, les formules ainsi recueillies ne sont plus que des paradigmes plus ou moins interchangeables, comparables aux mots d’un dictionnaire. Mais elles en acquièrent une sorte de disponibilité sémantique qui leur confère un charme particulier.

7Risquons la comparaison avec une collection de timbres. Qu’il ait été acheté neuf ou décollé sur une enveloppe usagée, le timbre acquis par un collectionneur n’a plus sa fonction postale et sa valeur marchande originelle ; il y gagne à long terme une valeur différente dans le marché de la philatélie ; rejoignant surtout d’autres timbres venus d’ailleurs, il forme avec eux le matériau d’un jeu inlassable de classement et de reclassement (par origine, par format, par thème, par date, par couleur, par prix...), jeu d’autant plus complexe et absorbant que les timbres seront plus nombreux, plus divers et plus hétéroclites.

8Comme le philatéliste, notre collectionneur de sentences se plaît souvent à recueillir des énoncés aussi divers et hétérogènes que possible. Ce n’est pas ici le lieu de s’interroger sur les motifs éthiques ou esthétiques de cette prédilection pour la variété. Bornons-nous pour l’instant à la constater. Érasme, dédiant ses Adages (1500) à Lord Mountjoy, se félicite d’avoir su cueillir « parmi les jardins bigarrés des auteurs […] des fleurettes de toute espèce, pour en faire une sorte de guirlande6 ». Émule d’Érasme, le médecin Jean Le Bon vante pour sa part l’abondance et la diversité thématique de ses Adages et proverbes de Solon de voge (sic) : « la multitude de l’adage est si nombreuse et remplie de tant grande variété qu’il est impossible que tu n’en treuves tousjours une douzaine & demye, servant à tels propos que tu voudras tenir si tu parles de Justice […], de prudence, de parcimonie, de religion, d’exhortations, de dissuasions, & autres choses, tu en seras fourny7 ». Guy du Faur de Pibrac souligne quant à lui la diversité des sources de ses fameux Quatrains :

On dict soudain, voilà qui fut de Grece,
Cecy de Rome, & cela d’un tel lieu,
Et le dernier est tiré de l’Hebrieu,
Mais tout en somme est rempli de sagesse8.

9Baïf est plus explicite encore dans la dédicace de ses Mimes, Enseignemens et Proverbes (1581) au duc de Joyeuse : c’est pour « chercher la variété des sentences et proverbes » qu’il a tiré des « bons mots […] tant des anciens auteurs Hebrieus, Grecs & Latins, que du commun usage des peuples François, Italiens & Espagnols9 ».

10Sans qu’il soit nécessaire de multiplier les exemples, il paraît clair que les auteurs de compilations gnomiques tendent presque toujours à mettre en valeur l’hétérogénéité des énoncés recueillis, qui semble dès lors une des lois du genre. Reste à savoir comment organiser ce matériau discontinu et hétérogène pour construire une œuvre originale et cohérente au service d’un projet pédagogique, moral et esthétique. Je tenterai donc ici la typologie des diverses solutions adoptées par les compilateurs.

ORGANISATIONS DIDACTIQUES DU MATERIAU GNOMIQUE.

11Les traditions pédagogiques antique et médiévale ont légué à la Renaissance trois principaux modes d’organisation didactique d’un corpus gnomique : on classe ordinairement proverbes et sentences soit par auteurs, soit plus fréquemment par lieux communs, soit enfin par ordre alphabétique. Chacune de ces options appelle quelques remarques.

12Le classement par auteur, qui est le plus rare, nous intéresse moins ici dans la mesure où il évite l’hétérogénéité. Il a pourtant ses lettres de noblesse, notamment avec les célèbres Maximes des Sept Sages de la Grèce conservées par le Florilège de Stobée10, adaptées en vers latins par Ausone11, éditées par Érasme12, et maintes fois glosées, traduites et paraphrasées13. Plusieurs recueils de la Renaissance, à vocation essentiellement didactique semble-t-il, adoptent ce type de classement : Sententiæ et proverbia ex Plauto, Terentio, Virgilio, Ovidio, Horatio, Juvenale, Persio, Lucano, Seneca, Lucretio, Martiale, Silio, Statio, Val. Flacco, Catullo, Propertio, Tibullo, Claudiano14 ; Sentences selectes de Periander, Publian, Seneque & Isocrate tournées en Poësies Françoise15s.

13Le classement par loci communes, c’est-à-dire par thèmes moraux, puise aussi ses origines dans l’antiquité grecque tardive, illustré notamment par l’abondant et précieux Florilège de Stobée16. Les divers maximes et fragments recueillis sont répartis ici en un centaine de sermones dont un titre bref indique la topique : De prudentia, De imprudentia, De Temperantia, De virtute et vitio, De fortitudine... L’agencement des extraits est suffisamment habile pour permettre dans de nombreux cas une sorte de lecture continue : l’homogénéité thématique fait oublier l’hétérogénéité des sources, que rappellent seulement la mention discrète de l’auteur de chaque fragment et parfois l’alternance du vers et de la prose. Aussi commode pour l’orateur et le poète que pour le simple étudiant, le recueil de Stobée connaît un grand succès dans les milieux humanistes à partir de 153517, et semble servir de modèle jusqu’au milieu du XVIIe siècle18 à de multiples anthologies qui s’en inspirent en élargissant leur moisson à la littérature latine. C’est le cas notamment de la fameuse Polyanthea de Domenico Nani Mirabelli19, des Sententiæ veterum pœtarum in locos communos digestæ de Georges Major20 ou des Illustrium pœtarum flores de Mirandula21. Henri Estienne, qui avait publié en 1569 un important recueil de sentences des comiques grecs, répertoriées par ordre alphabétique d’auteur22, propose dix ans plus tard une Anthologia gnomica, où les mêmes maximes sont classées cette fois par lieux communs, eux-mêmes rangés à leur tour en ordre alphabétique : Amici, Amor, Ars, Avaritia, Calamitas23... De même, Estienne « range en lieux communs » ses Proverbes épigrammatizez24, qui constituent ainsi le premier recueil de proverbes vulgaires classés par lieux communs, et à ma connaissance le seul au XVIe siècle. Cette remarque conduit du reste à nuancer l’affirmation de Jean Lafond selon laquelle proverbe et maxime seraient « indifférenciés » au XVIe siècle. En réalité, tandis que les sentences des Anciens sont le plus souvent groupées par lieux communs, nous allons voir que c’est le classement alphabétique qui prévaut pour les proverbes vulgaires.

14A l’origine, il semble avoir été popularisé notamment par les fameuses sentences versifiées extraites des Mimes latins de Publilius Syrus25. Ordonnées en recueil alphabétique dès le premier siècle de notre ère, et peut-être utilisées dès cette époque comme outil pédagogique, puis complétées par des aphorismes du De moribus, ces maximes ont joui au Moyen Age d’un prestige d’autant plus grand qu’on croyait devoir les attribuer globalement à Sénèque. C’est donc sous le titre de Proverbia Senecæ ou Sententiæ Senecæ qu’elles ont été largement diffusées puis traduites, servant bientôt de modèle à d’autres recueils gnomiques, et principalement aux recueils de proverbes vulgaires. La majorité des collections de proverbes vulgaires réalisées en France à partir du XIIIe siècle adoptent cette forme26, que reprennent encore au XVIe siècle la plupart des recueils imprimés : c’est le cas des Proverbes communs de Gilles de Noyers, dit Nucerin (151927), des Adages et Proverbes de Solon de voge28, du Recueil de sentences notables de Gabriel Meurier29 (1568) ou encore du célèbre recueil franco-italien, Bonne response à tous propos30.

15Comment expliquer le succès de ce type de classement ? On comprend bien son avantage pour les auteurs des recueils, qui partent souvent de compilations alphabétiques existantes, qu’ils enrichissent de leurs propres trouvailles. On peut admettre aussi la finalité pédagogique revendiquée dans le titre d’un recueil anonyme de 1560 : Dictz et sentences notables de divers auteurs, traduictes en François & mises par ordre d’Alphabet, pour servir à donner exemples aux jeunes enfans apprenans à escrire31. Du point de vue du lecteur adulte en revanche, l’intérêt pratique du classement alphabétique est moins évident : en effet, contrairement à un véritable dictionnaire, la majorité des collections de proverbes n’assortissent ceux-ci d’aucun commentaire. Il s’agit ni plus ni moins de listes alphabétiques de proverbes. Or l’ordre alphabétique oblige à connaître a priori le proverbe que l’on cherche pour le trouver dans le recueil... Aussi ces listes semblent-elles moins destinées à être consultées ponctuellement (comme un dictionnaire) qu’à être lues in extenso ou du moins parcourues. Mais c’est précisément dans cette lecture continue que « l’ordre de l’a.b.c. » (comme on dit au XVe siècle) peut révéler ses charmes poétiques : la continuité alphabétique génère par exemple d’heureux effets d’anaphore et de parallélisme, qui attirent l’œil, séduisent l’oreille et peuvent aider à la mémorisation :

A telle forme tel soulier.
A tel pot telle cuillier.
A tel sainct telle offrande.
A tel seigneur tel honneur32.

16L’alphabet rapproche par ailleurs de façon inattendue des dictons d’inspiration, de tonalité et de référents très contrastés, dont la variété même, voire la disparate, et en tout cas la discontinuité logique, peuvent être source de plaisir et d’amusement :

Vin vieux, amy vieux, or vieux,
Sont louez en tous lieux.
Va où tu peux, meurs où tu dois.
Veau mal cuit, & poullets crus,
Font les cymetieres bossus33.

17Sous l’apparence rigoureuse d’une organisation didactique, « l’ordre de l’a.b.c. » confère en réalité à ces recueils une esthétique de coq-à-l’âne qui n’est sans doute pas pour déplaire aux lecteurs de Marot ou de Rabelais...

18Chacun de ces modes de classement a donc ses mérites propres, liés à leur finalité didactique, sans exclure des considérations d’ordre esthétique. Une quatrième option s’offre au compilateur, ne serait-ce qu’en théorie : c’est l’absence totale d’organisation. Pourquoi ne pas livrer en vrac le fruit d’une collecte parémiographique menée au gré des lectures et des rencontres, restituant ainsi à l’état brut les surprises et les hasards d’une découverte? Étranger à nos habitudes discursives comme à nos méthodes didactiques, ce mépris ou ce refus de toute organisation déconcertait sans doute moins que nous les lecteurs du XVIe siècle, accoutumés à des formes très souples d’agencement du discours savant. Plusieurs modèles antiques prestigieux comme les Nuits attiques d’Aulu-Gelle avaient ouvert la voie au genre très libre de la miscellanée, fort goûté des humanistes. « Nous avons suivi l’ordre du hasard, écrivait Aulu-Gelle dans sa préface, celui de nos notes de lecture ». Les fameux Distiques de D. Caton (Disticha de Moribus, Disticha Catonis) n’étaient pas davantage ordonnés. De même, les livres sapientiaux de l’Ancien Testament pouvaient constituer pour les collectionneurs de proverbes non seulement une source mais aussi un modèle esthétique. Or les Proverbes et l’Ecclésiaste attribués au roi Salomon frappent justement par leur caractère à la fois mêlé, désordonné et discontinu. Certains chapitres au moins de ces deux recueils semblent constitués de brefs énoncés juxtaposés dans un ordre arbitraire qui fait naître une impression de diversité, chère au lecteur du XVIe siècle. La « variété des sentences et proverbes » goûtée par Baïf constitue indiscutablement un attrait esthétique, qu’une disposition méthodique risquerait d’amoindrir.

19C’est ce qu’a compris Érasme, lorsqu’il compose entre 1500 et 1536 sa propre collection d’adages grecs et latins34. On sait qu’il y accumule plus de quatre mille anciens proverbes et locutions, assortis d’un commentaire érudit et parfois de remarques personnelles. Cl. Balavoine ou J. Chomarat, qui ont explicité les principes de la parémiologie érasmienne, ont montré comment l’auteur des Adagiorum Chiliades avait sciemment cultivé désordre et discontinuité : à partir du fichier alphabétique qu’il semble s’être constitué pour son usage personnel, Érasme se plaît manifestement à brouiller les cartes, à disséminer plutôt qu’à rassembler. Si un lecteur érudit peut se prendre au jeu d’identifier çà et là de courtes séries homogènes (proverbes issus d’un même auteur ou d’une même œuvre, traduisant la même idée, offrant la même initiale, etc.35) et tenter ainsi de reconstituer la secrète logique de certaines associations, l’impression dominante n’en reste pas moins celle du mélange, de l’ordo neglectus, propre au genre de la miscellanée. Érasme s’en justifie dans l’adage Herculei labores en évoquant la commodité d’une forme ouverte qui permet tous les ajouts et dispense le compilateur d’un fastidieux travail de classement. Mais c’est surtout la crainte de lasser et le goût de la varietas qui motivent le choix de l’ordo confusior. Érasme entend dépasser la visée strictement utilitaire des manuels de sentences à usage scolaire en offrant pour sa part autant d’agrément que de profit. Même si l’ambition didactique n’est nullement exclue (en témoigne dès 1508 l’adjonction aux Adages de plusieurs indices constitués par Érasme lui-même), « l’évidente incommodité de ces collections érasmiennes, privées d’index à l’origine, garantit leur finalité esthétique36». Et la meilleure preuve de la séduction exercée par cette disposition originale, c’est qu’elle a été imitée, par exemple par Bovelles37, ou par certains poètes français du XVIe siècle.

ORGANISATIONS POETIQUES

20Parallèlement à ces divers modes d’organisation didactique, en principe adaptés à une exploitation pédagogique ou à des recherches à but utilitaire, une très ancienne tradition a fait du vers le véhicule privilégié de la parole gnomique. Deux célèbres lettres de Sénèque (94 et 108) présentent la forme versifiée comme la plus apte à resserrer une sentence pour emporter l’adhésion, frapper l’âme, et toucher durablement la mémoire. Le désir de contribuer au bien public par le rappel des maximes de la vertu, mais aussi la séduction proprement esthétique exercée par le discours proverbial et sentencieux (à la fois ornement et caution du discours) n’ont donc cessé d’inspirer les poètes, depuis la plus haute Antiquité jusqu’au XVIIe siècle, sans solution de continuité. Les livres poétiques et sapientiaux de l’Ancien Testament rejoignent ici une tradition païenne très voisine qui va des grands poèmes gnomiques d’Hésiode ou de Théognis aux Vers dorés du pseudo-Pythagore en passant par les fameux Distiques de Caton.

21Héritiers de ce double patrimoine, les poètes du Moyen Age et de la Renaissance – qu’il n’y a pas lieu, en l’occurrence, d’opposer – ont à cœur de l’exploiter, de le faire mieux connaître, de l’enrichir encore. Une part importante et méconnue de la littérature vernaculaire des XIII-XVIe siècles répond à ce souci. Aux recueils de proverbes proprement dits s’ajoutent donc de nombreux textes poétiques fondés sur une mise en œuvre littéraire du proverbe et de la sentence38. Ces textes nous intéressent ici plus particulièrement en ce qu’ils manifestent le désir de compenser la discontinuité et l’éventuelle hétérogénéité du matériau gnomique par la continuité de la forme poétique. Mais là encore, une grande diversité se fait jour dans les procédures adoptées.

22La technique du versus cum auctoritate, répandue dans la poésie latine du Moyen Age, consistait à ouvrir et/ou à clore chaque strophe sur un vers emprunté à quelque auteur classique. A l’imitation de ce procédé, les poètes vulgaires composent d’abord des versus proverbiales ou versus proverbiorum, dont les strophes sentencieuses débouchent sur un proverbe ou un dicton attestés. Les Proverbes au Vilain, composés vers 1200, puis refaits et imités à plusieurs reprises jusqu’au XVe siècle, constituent l’exemple le plus illustre de cette poésie parémique39. Le succès de ce recueil et celui, plus tardif, des Proverbes en Rime40s vont contribuer à faire du proverbe vulgaire non seulement un ornement ou une caution du discours, mais le point de départ d’un travail de composition poétique original, voire un véritable matériau poétique autonome.

23Le procédé dit de l’épiphonème, consistant à clore chaque strophe de n’importe quel poème sur un énoncé proverbial ou sentencieux, fait l’objet d’une véritable mode autour de 1500 chez les poètes de la génération de Molinet et de Gringore41. Dans les nombreux textes où ce procédé apparaît systématique, on peut se demander si la visée gnomique n’est pas première et si de nombreuses strophes ne se sont pas élaborées en réalité à partir des aphorismes auxquels elles aboutissent. Comme c’était déjà le cas dans les Proverbes au vilain ou les Proverbes en rime, l’ensemble de la strophe concourt à la mise en valeur poétique d’un matériau gnomique préexistant, qu’elle développe ou qu’elle illustre à l’avance. La formule finale apparaît d’autant plus juste, d’autant plus concise, d’autant mieux frappée, qu’elle a été préparée par quelques vers d’explicitation moins elliptiques. La répétition de strophe en strophe d’un même schéma prosodique contribue pour sa part à fondre dans un discours formellement unifié les divers aphorismes objets de la compilation.

24Cette technique très répandue présente toutefois l’inconvénient de perdre la formule gnomique dans un discours « copieux » qui non seulement peut distraire l’attention de l’essentiel, mais aussi compromet la sage brièveté qui fait le charme et la force de la sentence et du proverbe. En quelque sorte, la mèche ardente de la sagesse gnomique risque de se noyer dans la cire poétique supposée la mettre en valeur. L’exigence de brièveté liée à la vocation mnémonique de la poésie gnomique entraîne donc certains poètes, de plus en plus nombreux semble-t-il entre XIVe et XVIIe siècles, à se rapprocher de la forme plus concise adoptée par Caton pour resserrer en distiques ou plus souvent en quatrains leurs enseignements. L’usage de traduire en quatrains français les distiques de Caton s’impose dès le XIIIe siècle42 et s’applique rapidement à d’autres maximes antiques. A l’imitation des Dits et proverbes des sages, très appréciés à la fin du Moyen Age43, plusieurs opuscules imprimés autour de 1500 se présentent ainsi comme des recueils de maximes traduites en quatrains vulgaires. L’effort d’élaboration littéraire se limite alors principalement au choix d’un moule formel standardisé, auquel seront soumises toutes les sentences dont s’inspire le traducteur. De cette contrainte formelle résultera par ailleurs tantôt une condensation, tantôt une légère amplification du modèle.

25Peut-on esquisser une frontière (peut-être artificielle et contestable) entre ce qui ne serait qu’un recueil de maximes traduites et ce qu’il faudrait considérer comme une œuvre poétique originale ? Deux recueils français publiés dans le premier tiers du XVIe siècle invitent à suggérer cette opposition : d’un côté, Les dicts et auctoritez des saiges philosophes44, recueil anonyme de quatrains d’octosyllabes en rimes plates, de l’autre les Notables, enseignemens, adages et proverbes de Pierre Gringore45, en quatrains de décasyllabes à rimes embrassées. Conforme à la tradition médiévale, l’anonymat du premier recueil va de pair avec la mention explicite avant chaque strophe de l’auteur prestigieux qui l’autorise (pêle-mêle : Ovide, Virgile, Salomon, Hippocras, Aristote, Isidore, Platon, Boèce ou... « Doctrinal » !). En soulignant ainsi, malgré l’unité formelle du recueil, l’hétérogénéité de ses sources, le compilateur anonyme admet et cultive la discontinuité, il ne cherche pas à imposer une création personnelle unifiée, dont il assumerait la paternité.

26A l’inverse, Pierre Gringore, non content de signer ses Notables, les assortit d’un court « Prologue de lacteur », où, offrant son œuvre à son prince (le duc Antoine de Lorraine), il en présente le contenu et la finalité en se comparant à l’abeille, qui sait

[…] assembler en diverses provinces
La cire et miel, pour dieu servir et princes,
Et mesmement tout le peuple commun.

27Pour être devenue banale au cours du XVIe siècle, la comparaison n’en est pas moins significative : les abeilles, comme l’écrira Montaigne, « pillottent deça delà les fleurs, mais elles en font après le miel, qui est tout leur ; ce n’est plus thym ni marjolaine : ainsi les pièces empruntées d’autruy, il les transformera et confondera pour en faire un ouvrage tout sien46 ». La formule convient à Gringore : « confondant » en un moule unique les leçons recueillies « en diverses provinces », il en constitue une somme de sagesse qu’il s’approprie totalement et dispose à sa guise dans les sept sections de son recueil47 avant d’en faire don à son public, « pour recreer espritz des gens notables ».

28On peut à cet égard nuancer l’affirmation de B. Beugnot qui situe au début du XVIIe siècle la mutation esthétique des recueils de lieux communs, lesquels, n’osant plus s’avouer comme tels, perdraient alors leur spécificité générique « au profit d’œuvres qui dissimulent, déguisent ou assimilent les héritages48 ». Cette dernière formule s’applique déjà à un recueil de quatrains sentencieux comme les Notables, qui, dès le deuxième quart du XVIe siècle, tourne le dos à l’inscription didactique de la sentence pour procéder, par le biais de la paraphrase versifiée, à l’appropriation de l’héritage gnomique. Déjà, peut-on dire, et comme un siècle plus tard à travers le succès de la maxime, « une société cherche à maîtriser sa culture dans une forme qui l’assimile et la condense49 ».

29On ne saurait donc trop insister sur l’engouement suscité dès le XIIIe siècle et jusqu’au XVIIe par ce genre à part entière que constitue le recueil de quatrains sentencieux – dont on aimerait savoir exactement quel type de lecture pouvait en être fait. Au XVIe siècle, le succès du genre est contemporain de celui des recueils d’emblèmes, voués à la même visée à la fois poétique et moralisante. Si Gringore propose l’un des recueils les plus abondants et l’un des premiers succès du genre (plus de 1000 quatrains, huit éditions entre 1527 et 154050), bien d’autres poètes prennent le relais51, comme Pierre Habert, dont Le Miroir de vertu et chemin de bien vivre connaît au moins dix éditions entre 1559 et 1600, ou surtout « le bon Monsieur de Pibrac » cher à Montaigne52, dont les fameux Quatrains, considérés jusqu’au milieu du XVIIe siècle comme le chef-d’œuvre du genre53, serviront à deux générations de manuel de morale pratique. En 1658, le Traitté de la poésie morale et sententieuse de Guillaume Colletet54 recensera plus de soixante-dix auteurs de quatrains moraux, mais sa liste est manifestement incomplète...

30Parallèlement à ces recueils de sentences versifiées paraissent au XVe siècle des textes poétiques exclusivement fondés sur la juxtaposition parataxique de proverbes rimés comme la « Ballade des menus propos », la « Ballade des contre-vérités » ou la fameuse « Ballade des Proverbes » de Villon :

Tant grate chievre que mal gist,
Tant va le pot à l’eau qu’il brise,
Tant chauffe on le fer qu’il rougist,
Tant le maille on qu’il se debrise […]
Tant crie l’on Noel qu’il vient55.

31On mesure parfaitement dans ces textes combien l’organisation formelle du discours poétique contribue à compenser la discontinuité syntaxique inhérente au genre gnomique : aux contraintes propres à la ballade (mètre, rimes, envoi, refrain) s’ajoute une anaphore systématisée qui crée un semblant d’unité thématique. Villon nous offre bien une gerbe de 31 proverbes – que les recueils ultérieurs ne se feront pas faute de reprendre – mais ainsi organisés, ils composent un poème, non plus une liste arbitraire et menacée de dispersion.

32Loin de constituer un cas isolé, ces poèmes de Villon semblent avoir suscité des émules parmi les Rhétoriqueurs. L’utilisation systématique de la parataxe comme procédé de composition atteint des proportions étonnantes avec Les Faintes [ou Faintises] du Monde de Guillaume Alexis56, dont les trente pages sont entièrement constituées de proverbes groupés en huitains. Sous prétexte de démontrer que

Le monde n’est pas tel qu’il semble,
Les hommes sont fainctz et divers57,

33Alexis juxtapose à longueur de strophes des formules d’apparence proverbiale, dont – à vrai dire – la plupart semblent forgées pour l’occasion avec une fantaisie aussi plaisante qu’inventive :

Tel n’entend latin ne ne parle
Qui corrige le magnificat.
Tel ne scet loix ne décrétale
Qui veult devenir advocat.
Tel se maintient fort gorgias
Qui n’a ne beaulté ne manière.
Tel nous fait un grand ralias
Qui puis nous trahit en arrière58.

34Exactement comme chez Villon, la litanie anaphorique et l’unité du propos (la « feintise » universelle inlassablement démystifiée) assurent un lien très fort entre les proverbes. La nouveauté tient ici à l’extension du procédé dont était née la « Ballade des Proverbes », mais aussi à l’esprit dans lequel se développe cette litanie. Il s’agit moins d’accumuler des leçons morales que de réjouir le lecteur par la pertinence de la satire et un certain esprit de dérision, ou pour le moins par un comique d’accumulation né de la juxtaposition même des proverbes. « Vous m’en direz votre plaisir59 » recommande à juste titre Alexis, peut-être moins soucieux de notre édification morale.

35Cette tendance au jeu parémiographique culmine avec l’étonnante section « Adages » des Notables, Enseignemens, Adages et Proverbes de Gringore, déjà évoqués. Les 265 quatrains de cette section sont formés, non plus de sentences, mais de proverbes juxtaposés, soit d’une manière qui rappelle Villon :

Tant va le pot quérir de leaue qu’il brise,
Le fer chauffé se amolit et rougit :
Par trop gratter la chevre trez mal gist
Trop se vanter souvent on se desprise60.

36soit de façon encore plus libre, sans véritable souci de continuité thématique :

Quand le vin fault : le cul du tonneau haulse :
Si le chat dort, garde de l’esveiller :
A un tel pot convient telle cuiller.
Selon le metz est requise la saulse61.

37Gringore prolonge ainsi sur plus de mille vers l’expérience d’écriture parataxique d’abord tentée par Villon ; cette extension pléthorique du procédé apparaît d’autant plus audacieuse qu’elle se combine avec un parti pris de diversité sans précédent et un abandon résolu de l’anaphore qui contribuait à structurer très fermement les litanies proverbiales de Villon ou d’Alexis. Enfin, la visée didactique suggérée par le titre semble ici se dissoudre dans l’esprit de dérision, de distance presque ironique, né du rapprochement inattendu d’images parfois bouffonnes.

LES MIMES, ENSEIGNEMENS ET PROVERBES DE BAÏF

38Cinquante ans après, le poète de la Pléiade Jean-Antoine de Baïf connaît-il le recueil de Gringore ? On ne peut l’affirmer. Baïf est du moins l’héritier des diverses traditions didactiques et poétiques que je viens d’évoquer. Traducteur d’Hésiode et du Pseudo-Pythagore, lecteur de Stobée, de Syrus et des Adages d’Érasme, il est un proche d’Henri Estienne62, de Le Bon63 et de Pibrac64. Comme beaucoup de ses contemporains, il vit douloureusement la persistance des Guerres de religion qui déchirent la France, et il y voit le signe d’une profonde crise morale, à laquelle il tente à son tour de remédier en composant une vaste anthologie gnomique, les Mimes, Enseignemens et Proverbes.

39Ce recueil très original, qui atteint au fil des éditions (1576, 1581, 1597) près de 8000 octosyllabes groupés en sixains, nous intéresse ici par son caractère fortement hétérogène et discontinu. « Recueillant des fleurs du sçavoir / En des tortis liés sans ordre » (II, 219-220), Baïf y juxtapose de façon apparemment décousue des sentences de Syrus (qui donnent leur titre au recueil), une ode et une satire d’Horace, des adages érasmiens, des proverbes vulgaires français ou italiens tirés de recueils alphabétiques, cinq versets du Cantique des Cantiques, une suite d’observations sur les mœurs animales d’après Pline, une élégie de Théognis, quelques chapitres de l’Ecclésiaste, une vingtaine de fables ésopiques, etc., le tout mêlé de confidences personnelles, de commentaires amers sur l’actualité politique et d’imprécations sur les vices du siècle. Comme l’écrit excellemment Baïf lui-même,

Ce sont des mots du temps passé,
Ou c’est le songe d’un malade,
Ou c’est plutôt une salade
De tout meslange ramassé65.

40La discontinuité du texte est à la mesure de son hétérogénéité. La dédicace ne justifie pas la discontinuité mais suggère son caractère délibéré : « ces discours [sont] entrerompus et coupez de telle façon, qu’en bien peu se trouve une suite de propos liez & continuez66 ». De fait, on passe sans transition des maximes aux proverbes et des proverbes aux fables, des Hébreux aux Italiens et des Français aux Grecs, de l’amitié à l’avarice et de l’intempérance à l’astrologie... Et le style volontiers parataxique de Baïf, style « dru et menu » selon ses propres termes67, démultiplie dans le détail du texte les effets de rupture et d’abruption.

41Cette présentation sommaire conduit naturellement à s’interroger sur ce qui peut faire l’unité et la cohésion d’un tel recueil. Les analyses précédentes permettent de rappeler d’abord les divers modes d’organisation rejetés par Baïf. Toute forme de classement à vocation utilitaire est manifestement refusée : Baïf utilise des recueils alphabétiques, mais transforme les proverbes ou les éparpille pour dissimuler la source de ses emprunts ; le classement par lieux communs inspire sans doute ici et là quelques séquences thématiques, mais qui ne sont pas désignées comme telles par un titre permettant au lecteur de les identifier et de s’y reporter commodément ; enfin le classement par auteur n’est maintenu que dans une séquence de quelque 200 vers consacrée aux Sept Sages68. En somme, Baïf nous interdit de consulter ses Mimes : exactement comme Érasme, il privilégie le plaisir esthétique de la « docte variété », la surprise de la découverte, et il réserve au lecteur le soin de trouver lui-même patiemment le lien secret qui unit peut-être chaque vers au suivant...

42Les Mimes constituent à cet égard une très intéressante tentative d’adapter à la poésie française le principe de festivitas qui présidait à l’organisation des Adages. Selon Cl. Balavoine, le genre mixte de la « collection-mosaïque » qu’incarnent les Adages aurait pourtant disparu au cours de la seconde moitié du XVIe siècle, au profit de deux catégories désormais distinctes de recueils de formes brèves : les dictionnaires et « les mises en poèmes de formes brèves69 ». Le lecteur se serait ainsi vu contraint de choisir entre deux types de textes gnomiques : d’une part des recueils de proverbes ou de sentences classés par lieux communs ou par ordre alphabétique, ouvrages à vocation utilitaire qui ne sauraient guère prétendre au statut d’œuvre littéraire ; d’autre part, des poèmes où la forme brève, devenue source d’inspiration, voit « s’organiser autour d’elle un projet littéraire » et devient le support d’une composition poétique qui la prolonge et l’élargit. Cette dichotomie ignore le travail de Baïf, mais suggère par là même sa précieuse originalité ; Baïf ne constitue pour sa part ni un répertoire méthodique, ni une amplification poétique des formes brèves qu’il compile : misant sur les surprises de la juxtaposition, il trace dans le sillage d’Érasme une voie médiane, qui relève bien de ce genre de la « collection-mosaïque » dont les Adages demeurent le modèle. Mais tandis qu’Érasme prête à sa compilation le prix d’un commentaire érudit, alerte et spirituel, Baïf pare la sienne des richesses sonores et des charmes géométriques de l’écriture poétique.

43Cette dimension poétique et géométrique du texte le rapproche par ailleurs des expériences parémiographiques de Villon et des Rhétoriqueurs. Comme eux, Baïf a d’abord voulu compenser la disparité des matériaux employés par la régularité d’un cadre formel immuable (le sizain d’octosyllabes aaBccB immortalisé par l’ode à Cassandre) ; il a par ailleurs découpé son recueil en séquences successives (appelées mimes70), dont il a bientôt normalisé la longueur : presque toutes les pièces de 1581 comptent 33 strophes71. A partir de 1581, il renforce encore ce cadre en ouvrant chaque nouvelle séquence sur une strophe dédicatoire ; de même la dernière strophe de chaque mime offre un métadiscours récapitulatif qui fait office de conclusion. Cette standardisation de la forme des pièces et des procédures d’ouverture et de clausule crée une sorte de moule régulier au sein duquel les divers énoncés compilés viennent se couler et se confondre.

44Dans le cadre formel ainsi délimité, Baïf peut mettre en valeur l’infinie variété des sentences, des proverbes ou des fables : sans les classer, sans les expliquer, sans les gloser, il en fait la substance de sa poésie, le matériau syllabique de ses vers : des mots dorés de toutes sortes s’y encastrent solidement au moyen de quelques rimes, comme les pièces bigarrées d’un immense jeu de construction. Tel sera le « Lego » poétique auquel se plaira la vieillesse de Baïf.

LES VERTUS DE LA PARATAXE OU LA CONTINUITE DU DISCONTINU

45La continuité de la forme poétique se double par ailleurs d’un facteur d’unité plus paradoxal mais non moins efficace, que j’appelle la continuité du discontinu. Il est en effet indéniable que, par son caractère systématique, la discontinuité cultivée par Baïf contribue à l’unité de son recueil. Ce choix esthétique, jamais remis en cause, est à l’origine de subtils effets parataxiques.

46Dans son sens strictement grammatical, la parataxe est la tendance majeure du style de Baïf à la fin de sa vie72 : il aime à concentrer sa pensée en groupes syntaxiques brefs en laissant implicites les rapports qui les unissent. Contemporain de Montaigne, et comme lui lecteur admiratif de Sénèque, Baïf cultive le même « style coupé », anti-cicéronien, dont la rudesse éventuelle est assumée comme un gage de densité, de vérité, de richesse morale et philosophique. Le choix de la parataxe répond parfaitement à cet idéal de brièveté et de dépouillement, qui met en valeur en les isolant syntaxiquement les « pensées excellentes » dignes de mémoire :

Prou de sens en peu de langage.
Le fou se perd là où le sage
En peu de mots le vrai déduit.
D’un petit gland sourd un grand chêne.
Petits chainons font la grand chaîne73.

47La parataxe permet par ailleurs des « effets de télescopage » très spécifiques, qui résultent de la contiguïté des unités ainsi isolées. A propos des éditions érasmiennes des Distiques de Caton et des Mimes de Syrus, Cl. Balavoine a montré comment ces travaux érudits obéissaient à une « esthétique du discontinu74 » : le commentaire qui prolonge chaque sentence fragmente le discours en interdisant une lecture suivie, que permet au contraire, voire qu’impose, la juxtaposition en strophes voulue par Baïf. En imaginant ce que pourrait être la lecture continue que nous refuse Érasme, Cl. Balavoine définit exactement l’esthétique de la parataxe à l’œuvre dans les Mimes : « une lecture continue […] aurait redonné aux vers de Publilius leur caractère de réparties d’un nouveau mime un peu baroque75 ». Cette remarque invite à opposer l’esthétique érasmienne du discontinu, dans laquelle un commentaire « isole […] chaque sententia dans une rotunditas absolue76 » et la continuité relative des Mimes, permettant, voire provoquant une lecture suivie, dans laquelle chaque sentence peut entrer en interaction avec celle qui précède ou celle qui suit. C’est de cette continuité relative, née du contact de fragments hétérogènes, que résulte ce qu’on peut nommer l’effet parataxique. De la contiguïté de sentences ou de locutions proverbiales a priori indépendantes peut jaillir un sens : comme face au coq-à-l’âne marotique, le plaisir du lecteur réside en partie dans la quête de cette continuité secrète, de ce fil implicite. Au lecteur de prêter son concours à la construction du sens en renouant les liens logiques du discours, par delà l’apparente discontinuité des éléments en présence.

48L’écriture parataxique de Baïf laisse enfin place à ce qu’on peut appeler des effets de non-sens, dont le charme insolite n’est pas sans évoquer celui de l’image surréaliste, qui naît, comme l’explique Reverdy, « du rapprochement de deux réalités […] éloignées. Plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointains […], plus l’image sera forte – plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique77 ». Le docte Baïf avait-il pressenti qu’il pouvait lui aussi conduire la poésie aux frontières du sens, en délivrant les mots de leur « devoir de signifier78 » ? La conjugaison de la discontinuité parémiographique et d’une continuité poétique insolite lui permit du moins de s’y essayer... pour notre plus grand plaisir :

Peu vaut doctrine sans prudence :
Grand poudre fait vieille qui dance :
Voyez marcher ce traquenard.
Si tout le meilleur de là tire,
Nostre party fort bien empire.
A peine prend on vieil renard.
En Provence les becafigues
Dessur tous fruits aiment les figues,
Icy les grives les raisins :
Un ventre creux n’a point d’oreilles :
Tu nous voudrois conter merveilles.
Apres la mere les gorins.
Je me tairay s’il vous ennuye79.

Notes

1  Voir W. Kirsop, « La réception de la poésie gnomique de la Renaissance », dans Mélanges Longeon, Genève, Droz, 1993, p. 284. En l’absence de synthèse récente sur le genre gnomique à la Renaissance, les principaux travaux à consulter sont les suivants : H. Chamard, article « Gnomique » du Dictionnaire des lettres françaises : Le seizième siècle, Paris, Fayard, 1951 ; Cl. Balavoine : « Bouquets de fleurs et colliers de perles : sur les recueils de formes brèves au XVIe siècle », dans Les Formes brèves de la prose et le discours discontinu (XVIe-XVIIe s.), éd. J. Lafond, Paris, Vrin, 1984, p. 51-71 ; J. Lafond, « Des formes brèves de la littérature morale aux XVIe et XVIIe siècles », dans Les Formes brèves... (ibid.), p. 101-122 ; J. Vignes, « De l’anthologie gnomique au coq-à-l’âne : les Mimes, Enseignemens et proverbes de J.-A. de Baïf », Réforme Humanisme Renaissance, n° 40, juin 1995, p. 53-71. Sur la constitution des recueils de maximes ou de lieux communs et l’esthétique de la sententia, voir Formes brèves, numéro thématique de La Licorne, Publication de la Faculté des Lettres de Poitiers, 1979, n° 3 ; B. Beugnot, « Florilèges et Polyantheæ. Diffusion et statut du lieu commun », dans Études françaises, XIII, 1977, 1-2 (n° spécial « Le lieu commun », sous la direction de R. Melançon), p. 119-141 – article essentiel repris dans B. Beugnot, La Mémoire du texte. Essais de poétique classique, Paris, Champion, 1994, p. 257-279. Enfin le goût du proverbe au Moyen Age et à la Renaissance a inspiré plusieurs travaux : voir N. Z. Davis, Les Cultures du peuple, Rituels, savoirs et résistances au XVIe siècle, traduit de l’américain par M.-N. Bourget, Paris, Aubier-Montaigne, 1979, ch. VIII, « Sagesse proverbiale et erreurs populaires », p. 366-425 ; V.-L. Saulnier, « Proverbe et paradoxe du XVe au XVIe siècle », dans les actes du colloque Pensée humaniste et tradition chrétienne aux XVe et XVIe siècles, Paris, Éd. du C.N.R.S., 1950, p. 87-104 ; J.-Cl. Margolin, Rébus de la Renaissance, Des images qui parlent, Paris, Maisonneuve et Larose, 1986, vol. I, Histoire du Rébus, ch. IV, « Rebus et proverbes », p. 137-162 ; Rhétorique du proverbe, n° 163 de la Revue des sciences humaines, t. XLI, 1976 ; Richesse du Proverbe, actes du colloque de parémiologie tenu à l’Uni¬versité de Lille III en Mars 1981, études réunies par F. Suard et C. Buridant, Presses Univ. de Lille, 1984.

2  Une saison en enfer, « Alchimie du verbe ».

3  Après l’édition originale de 1576, plusieurs éditions augmentées se succèdent : 1576, 1581, 1597, 1619. Voir J.-A. de Baïf, Mimes, Enseignemens et Proverbes, éd. crit. par J. Vignes, Genève, Droz, 1992 (T.L.F., n° 411). C’est un vers de ce recueil (Livre II, v. 219 ) qui sert de titre à ma communication.

4  A.-J. Greimas, Du sens, Paris, Seuil, 1970, p. 309.

5  Sur l’autonomie relative de la sentence, voir l’article remarquable de F.Desbordes, « Les vertus de l’énoncé. Notes sur les Sentences de Publilius Syrus » dans Formes brèves, op. cit., p. 65-84.

6  Épître dédicatoire de la première édition des Adagiorum collectanea, Paris, Philippi, 1500, dans Correspondance d’Érasme, édition intégrale, t. 1 (1484-1514), textes traduits et annotés par M. Delcourt, Paris, Gallimard, 1967, p. 264.

7  Adages et proverbes de Solon de voge. Par [Jean Le Bon, dit] l’Hetropolitain, Paris, N. Bonfons, s. d. [1577], f. n. ch.

8  Les Quatrains de Pibrac, suivis de ses autres poésies, éd. J. Clarétie, Paris, Alphonse Lemerre, 1874 (Slatkine Reprints), LXXXVIII. Non moins significatif est le titre original du Trésor des sentences dorées de Gabriel Meurier : Recueil de sentences notables, dicts et dictons communs, adages, proverbes et refrains, traduits la pluspart de Latin, Italien et Espagnol, et reduits selon l’ordre Alphabetic, Anvers, Jean Waesberghe, 1568 (rééd. à Rouen, 1578 et 1579 ; Lyon, 1577 et 1582).

9  Éd. cit., p.62-63.

10  Joannis Stoboei Sententiæ ex Thesauris græcorum selecta, Zürich, 1559, Sermo III, « De Prudentia », p. 44-48. Sur ce Florilège, voir infra.

11  Septem sapientum sententiæ. Voir Ausone, Œuvres, éd. M. Jasinski, Paris, Garnier, s. d., t. II, p. 289-293.

12  Catonis Præcepta Moralia, recognita atque interpretata ab Erasmo Roterodamo ; Mimi Publiani ; Septem sapientum illustres sententiæ […], Argentorati (Strasbourg), M. Schurer, 1516 (rééd. 1517, 1520, 1526, 1527, 1528, 1530, 1533, 1541, 1547).

13  Voir par ex. les traductions de Gilles Corrozet (Le Conseil des sept sages de Grece, mis en françois avec une brieve et familière exposition, Paris, 1545 ; éd. augmentée, Paris, 1554), de François Habert (Les dicts des sept sages de Grece, traduicts de grec en vers latins par le poëte Ausone et de luy mis en rime françoise, Paris, 1549) et de Charles Fontaine (Les sentences du poete Ausone, sur les dits des Sept Sages, Lyon, 1558).

14  Paris, Robert Estienne, 1534, rééd. en 1536 et 1548.

15  Paris, Vincent Sertenas, 1561.

16  Anthologie grecque du Ve s. ap. J.-C. Voir l’édition de E. Bethe, Teubner, 1855-1857, 4 vol., ou la version latine de Conrad Gesner (note suivante).

17  Paris, Vincent Sertenas, 1561.

18  Voir B. Beugnot, La Mémoire du texte, p. 261-262. Conséquence de l’engouement suscité par ce type de classement, l’usage se répand rapidement de désigner par l’appellation générique de « lieux communs » les recueils eux-mêmes : J.-P. Camus dans son essai « De la diversité » évoque parmi les genres qui l’illustrent les «collections, lieux communs, théâtres, trésors, miroirs » (Diversités, t. II, 1610, livre X, chap. 17). Les Theologicæ Hypotyposes de Philippe Melanchton (Wittenberg, 1521) sont rebaptisées dès 1524 Loci communes seu Hypotyposes theologicæ (plus de soixante éditions de son vivant). Joseph Lange publie en 1613 un recueil intitulé Loci communes sive Florilegium. Voir aussi Charles Sorel, Des recueils tirés des bons livres, appendice à La Connaissance des bons livres (1671), p. 8, et Jean Oudart, Méthode des orateurs ou l’art […] de faire des remarques et des collections qu’on appelle lieux communs, 1668.

19  Polyanthea, opus suavissimis floribus exornatum, Savone, 1503 ; Venise, 1507 et Lyon, 1513. Ce recueil encore augmenté par Barthélemy Amantius et Fr. Tortius (François de Tort), puis Joseph Lange et Fr. Sylvius (François Dubois) connut un vif succès au XVIIe siècle (Cologne, 1582, 1585, 1598 ; Saint-Gervais, 1604 ; Francfort, 1612, 1621, 1628 ; Lyon, 1620, 1625, 1648 et 1669).
Voir B. Beugnot, La Mémoire du texte, p. 259-260.

20  Paris, Robert Estienne, 1551 ; Paris, B. Prevost, 1552, etc. Nombreuses éditions : voir A. Cartier, Bibliographie des éditions De Tournes, t. I, p. 313-315.

21  Ottavio Fovaranti, dit Mirandula, Illustrium pœtarum flores […] in locos communes digesti (douze éd. entre 1538 et 1616).

22  Comicorum græcorum sententiæ, id est gnomai, latinis versibus ab Henr. Stephano reditæ, & annota­tionibus illustratæ, Genève, 1569, 464 pages. On trouve à la suite les Comicorum latinum sententiæ, & ea quibus usi sunt proverbia, p. 467-583, suivis des Mimes de Syrus (Publii Syri Mimi) pour la première fois classés par lieux communs.

23  Francfort, G. Corvinus, 1579. Les Adages d’Érasme connaîtront le même sort en 1599 (Adagiorum Chiliades […] juxta locos communes digestæ […], Francfort, 1599; Orléans, 1606, etc.), mais dès 1583 Gilles Beys avait publié à Paris un Epitome adagiorum in locos digesta communos. Encore qu’il faille les distinguer des recueils gnomiques proprement dits, les dictionnaires alphabétiques de lieux communs deviendront monnaie courante autour de 1600, y compris en langue vulgaire : voir les Marguerites françaises de François Des Rues (1595) et leur Suite (1612), ou les Marguerites poétiques d’Esprit Aubert (Lyon, 1613).

24  H. Estienne, Les Prémices ou le premier livre des Proverbes épigrammatizez ou des épigrammes proverbializez. C’est à dire signez et seelez par les proverbes François: aucuns aussi par les Grecs et Latins, ou autres, pris de quelcun des langages vulgaires. Rengez en lieux communs, Genève, 1594 ; Genève, Slatkine Reprints, 1968. Estienne souligne à juste titre dans sa dédicace l’originalité de son recueil, où il voit «six nouvelles inventions » : 1. il s’en tient aux proverbes moraux, « donnant quelque bon enseignement et sentence proufitable », en excluant les simples « mots pour rire » ; 2. il range en lieux communs les proverbes ; 3. il les explique ; 4. il les compare avec des proverbes grecs ou latins ; 5. il « adjouste une censure et comme une réprimande à ceux qui sembleront le mériter » ; 6. enfin, il compose à partir de chaque proverbe une ou plusieurs épigrammes. Également au nombre de six, les lieux communs choisis éclairent la finalité religieuse du projet : 1. De Dieu (p. 1-132) ; 2. De l’homme (p. 133-151) ; 3. De la vie (p. 152-168) ; 4. De la jeunesse (p. 169-186) ; 5. De la vieillesse (p.187-196) ; 6. De la mort (p. 197-207).

25  Voir Fables de Phèdre, Fables d’Avienus, Sentences de Publilius Syrus, Distiques moraux de Denys Caton, éd. et trad. P. Constant, Paris, Garnier, 1937, p.222-295 ; F. Desbordes, « Les vertus de l’énoncé, Notes sur les Sentences de P. Syrus » , art. cit., et Cl. Balavoine, «Bouquets de fleurs... », art. cit.

26  Voir la « Bibliographie des recueils » établie par J. Morawski, Proverbes français antérieurs au XVe siècle, Paris, Champion, 1925, p. III-XI.

27  La première édition des Proverbes communs paraît sous le titre : Proverbia gallicana secundum ordinem alphabeti reposita, et a Ioanne Ægidio Nuceriensi latinis versiculis traducta, [Paris], ex. officina Jodoci Badii Ascensii, 1519, in-4°. Nombreuses rééd. : Proverbia gallicana (Lyon, Claude Nourry, s.d.) ; Proverbia popularia (Lyon, François Juste, 1539) ; Proverbia gallicana […] correcta et aucta per H. Sussannæum (Paris, 1552 et 1558) ; Proverbes communs et belles sentences par I. Nucerin (Lyon, 1558 et 1582), etc. Le texte est encore reproduit dans le Thrésor de la Langue Francoyse, tant ancienne que moderne. Reveu et augmenté […] par Jean Nicot […] avec une Grammaire françoyse et latine et le recueil des vieux proverbes de la France, Paris, D. Douceur, 1606. La réédition de 1621 de ce précieux in-folio a fait l’objet d’une réimpression (Paris, Picard, 1960) : c’est l’édition que j’utilise.

28  Op. cit.

29  Op. cit.

30  Bonne response à tous propos. Livre fort plaisant & delectable, auquel est contenu grand nombre de Proverbes, & sentences joyeuses, & de plusieurs matières desquelles par honnesteté on peut user en toute compaignie Traduict de la Langue Italienne & reduyt en nostre vulgaire françoys par ordre d’Alphabet, Paris, Arnoul l’Angelier, 1547. Le succès du recueil est attesté par nombre de rééditions : Riposta buona ad ogni proposito […], Lyon, Pierre de Tours, 1548 (texte italien et français en regard) ; Paris, Le Tellier, 1548 ; Jean Ruelle, s. d. ; Veuve Bonfons, s. d.  Anvers, Richard, 1557 ; Lyon, Benoist Rigaud, 1567 ; Jean Brotot, s.d.

31  Paris, Vincent Sertenas, 1560.

32  Proverbes communs, éd. cit., p. 2. Le Recueil de sentences notables de G.Meurier (op. cit.) présente la particularité d’inscrire « en facteur commun » à l’aide d’accolades les termes récurrents de plusieurs proverbes successifs. Il souligne ainsi visuellement leur parenté structurelle.

33  Ibid., p. 15.

34  Adagiorum Chiliades. Voir l’éd. de J. Leclerc, Opera omnia Erasmi Roterdami, Leyde, t. II, 1704 ; J.-Cl. Margolin, Érasme, Paris, Seuil, 1965, p. 19-29 ; M.Mann Phillips, The Adages of Erasmus – A Study with Translations, Cambridge University Press, 1969 ; J. Chomarat, Grammaire et Rhétorique chez Érasme, Paris, Les Belles Lettres, 1981, vol. 2, p. 761-780 ; A. Compagnon, La Seconde Main ou le travail de la citation, Paris, Seuil, 1979, V, 13, « L’Adage », p. 266-271 ; Ch. B. Beuermann, «Le renouvellement de l’esprit par l’adage », B.H.R., t.XLVI, n° 2, 1985, p. 343-353. Cl. Balavoine a consacré aux Adages trois articles essentiels et complémentaires : a)«L’essence de marjolaine, ou ce qui, de l’adage, retint Érasme », dans Formes brèves, op. cit., p. 159-183 ; b) « Les principes de la parémiographie érasmienne » dans Richesse du proverbe, op. cit. , p. 9-23 ; c) « Bouquets de fleurs... », art. cit.

35  Voir J. Chomarat, op. cit., p. 762-764 et Cl. Balavoine, « L’essence de marjolaine », art. cit., p. 162-163.

36  Cl. Balavoine, « Bouquets de fleurs... » , art. cit., p. 64.

37  Proverbiorum vulgarium libri tres, Paris, 1531.

38  Voir Rhétorique du proverbe, op. cit. et J.-Cl. Muhlethaler, Poétiques du XVe siècle, Paris, Nizet, 1983, chap. 2 : « Le poète et le proverbe ».

39  Voir les éd. d’A. Tobler (Leipzig, 1895) et E. Lommatzsch (Limburg am Lahn, 1935), et la monographie d’E. Rattunde, Li Proverbes au vilain. Untersuchungen zur romanische Spruchdichtung des Mittelalters, Heidelberg, 1966 (Studia Romanica, 11).

40  Voir les deux versions éditées successivement par G. Frank et D. Miner (Baltimore, 1937), et par G. Frank, « Proverbes en Rimes », The Romanic Review, octobre 1940, p. 209-238.

41  Voir P. Zumthor, « L’épiphonème proverbial », dans Rhétorique du proverbe, op.cit., p. 313-328 et J. Vignes, « Proverbes et dits sentencieux dans l’œuvre de Pierre Gringore », Bibl. d’Humanisme et Renaissance, t. LI, 1989, n° 2, p. 355-372.

42  Voir les traductions d’Adam de Suel, de Jean de Paris ou de Jean Le Fèvre étudiées par E. Ruhe, Untersuchungen zu den altfranzösischen Übersetzungen des Disticha Catonis, Munich, 1968.

43  On connaît de cette compilation anonyme une trentaine de mss. Voir éd. J.Morawski, Paris, 1924 (Bibl. de la Fac. des Lettres de Paris, 2° série, fasc. 2).

44  Les ditz et anctoritez (sic) des saiges philosophes, s.l.n.d., in-4° goth. de 8 f. n. ch. [BN, Rés Ye 3435]. L’attribution à P. Gringore est contestée à juste titre par Ch.Oulmont, Pierre Gringore, Paris, Champion, 1911, p. 512.

45  Notables, Enseignemens, Adages et Proverbes faitz et composez par Pierre Gringore dit Vauldémont, Paris, Simon du Boys, 1527, et Paris, Nicolas Couteau pour Galliot du Pré, 1528 (éd. augmentée, que j’utilise). Voir mon analyse de ce recueil dans « Proverbes et dits sentencieux... », art. cit., p. 368-372.

46  Montaigne, Essais, éd. P. Villey, Paris, P.U.F., coll. « Quadrige », 1988, I, 26, p.152.

47  Notables, Enseignemens, Adages, Des Princes, De Justice, Des femmes, De Fortune.

48  La Mémoire du texte, op. cit., p. 264.

49  Ibid.

50  Aux sept éd. signalées par Ch. Oulmont, Pierre Gringore, op. cit., p. 62, il faut ajouter l’édition parisienne de Guillaume Bonnemère (s. d., in-16, 104 ff. n. ch., car. goth.) mentionnée par Brunet dans son Supplément (I, col. 568). Il pourrait s’agir d’une éd. partagée entre Bonnemère et Alain Lotrian (voir Tchemerzine, Bibliographie, VI, p. 150 et Bibliothèque J.-P. Barbier. Poètes français des XVe et XVIe s., Paris, Hôtel Drouot, 11 mars 1974, n° 34).

51  Pierre Grosnet (ou Grognet), Les Mots dorez de Cathon en françoys (Paris, 1531), Motz dorez du grand et saige Cathon (Paris, 1533). François Habert, Les mots dorés du grave et sage Caton, pour la doctrine de la jeunesse (Paris, 1548, 1550, 1552, 1559, 1575, 1578, 1583 ; Lyon, 1552 ; Caen, 1579 ; Rouen, 1590). [Anonyme], Instruction tresbone et tres utile, faite par quatrains, concernant le profit et utilité d’un chacun en tous estatz (Lyon, B. Rigaud, 1555, augmenté en 1561). Pierre Habert, Le Miroir de vertu et chemin de bien vivre ; contenant plusieurs belles histoires par quatrains et distiques moraux, le tout par alphabet, Paris, C. Micard, 1559, 1569, 1571, 1575, 1580, 1587, 1597 ; Rouen, 1574, 1580 ; Lyon, 1600). Lancelot de Carles, L’Ecclésiaste de Salomon paraphrasé en vers françois (Paris, N. Edoard, 1561). Pantaléon Bartelon, Distiques moraulx, rendus en françois par beaux, graves et sentencieux quatrains… (Lyon, B. Rigaud, 1569, 1581). Guy du Faur de Pibrac, Quatrains (Paris, G. Gorbin, 1574 ; F. Morel, 1575 et 1576 ; nombreuses rééditions jusqu’en 1667, voir aussi supra, note 8) ; Anselme Du Chastel, Recueil des plus notables sentences de la Bible, traduites par quatrains en manière de proverbes, à la consolation des dévots esprits (Paris, M. Patisson, 1577). Barthélemy Fournier, Les Vers dorés de Pythagoras et Phocylides […] traduicts en partie et en partie imités (Lyon, B. Rigaud, 1577). Jean Le Frère de Laval, Le Charidème, ou Du mespris de la mort avec […] quelques tétrastiques ou quatrains, esquels sont compris divers préceptes de bien vivre (Paris, N.Chesneau, 1579). Etienne du Tronchet, Distiques de Caton pour les bonnes mœurs, traduits en rymes (Paris, Léon Cavellat, 1584). Gilbert de Gondouyn, Quatrains extraits des divines sentences du tressage roy Salomon (Genève, E. Viollier, 1586 ; Paris, 1587 ; Lyon, 1587). François Perrin, Cent et quatre quatraines de quatrains, contenantz plusieurs belles sentences et enseignemens extraicts de livres anciens et approuvez : lesdictes quatraines divisées en quatre quarterons (Lyon, B. Rigaud, 1587). Anselme du Chastel, La sainte Poësie par centuries, traictant des principaux devoirs de l’homme chrestien […] tournées en quatrains françois (Paris, G. Chaudière, 1589). Paul Perrot de La Sale, Les Proverbes ou notables dits de Salomon. Réduits en vers françois (Tours, M. Bouguereau, 1594) également publiés sous le titre Le Thresor de Salomon (Rotterdam, 1594) puis dans une nouvelle version sous le titre Les Proverbes de Salomon et l’Ecclésiaste (Paris, C. de Montr’œil et J. Richer, 1595).

52  Voir Essais, III, 9, éd. cit., p. 957.

53  Voir Les Quatrains de Pibrac, suivis de ses autres poésies , éd. J. Clarétie, Paris, A. Lemerre, 1874 et J. Lafond, Moralistes du XVIIe siècle de Pibrac à Dufresny, Paris, R. Laffont, coll. « Bouquins », 1992, p. 5-11.

54  Paris, A. de Sommaville et L. Champhoudry, 1658, p. 124-200.

55  Villon, Poésies complètes, éd. P. Michel, Paris, Livre de Poche, 1972, p. 227 ; voir aussi p. 231-233.

56  J’utilise l’éd. de Paris, Galliot du Pré, 1532.

57  Les Faintises du Monde, éd. cit., p. 88.

58  Ibid., p. 103.

59  Ibid., p. 88.

60  Notables, éd. cit., f. LXXI.

61  Notables, éd. cit., f. LXXIV.

62  Baïf dédie à Estienne une pièce de ses Passetems (Euvres en Rime, éd. Marty-Laveaux, t. IV, p. 417-418). Estienne sera l’un des premiers lecteurs des Mimes, l’un des plus surpris aussi par leur hétérogénéité et leur discontinuité : « Bayf, s’étonne-t-il, comme par manière de coq à l’asne, entass[e] des Proverbes qui n’ont rien de commun les uns avec les autres » (Les Prémices ou le premier livre des Proverbes épigrammatizez , éd. cit., p. 20).

63  Le livre III des Adages et proverbes de Solon de voge est dédié à Baïf.

64  Pibrac est intervenu le 4 décembre1570 auprès du Parlement en faveur de l’Académie de Poésie et de Musique fondée par Baïf.

65  Mimes, Livre III, v. 1131-1134.

66  Dédicace, p. 62.

67  Ibid.

68  Livre III, v. 199-396.

69  Cl. Balavoine, « Bouquets de fleurs », art. cit., p. 64.

70  Sur l’histoire de ce mot, voir mon éd. des Mimes, p. 36-37.

71  Sur ce chiffre 33, voir E.R. Curtius, La Littérature européenne et le Moyen Age latin, trad. J. Bréjoux, Paris, PUF, coll. « Agora », t. II, p. 334.

72  M. Jeanneret l’a bien montré à propos des Psaumes traduits par Baïf ; dans les pages admirables qu’il leur a consacrées, bien des remarques peuvent également s’appliquer aux Mimes, où la discontinuité syntaxique atteint souvent son paroxysme : voir Poésie et tradition biblique au XVIe siècle ; les paraphrases des Psaumes de Marot à Malherbe, Paris, José Corti, 1969, p. 207 sq.

73  Mimes, I, v. 385-389.

74  « Bouquets de fleurs... », art. cit., p. 62.

75  Ibid., p. 63.

76  Ibid.

77  Nord-Sud, mars 1918, cité par André Breton, Manifeste du surréalisme (1924), Paris, Gallimard, coll. « Idées », p. 31.

78  C’est Breton qui félicitait Rimbaud d’avoir su « détourner le mot de son devoir de signifier » (Les Pas perdus, « Les mots sans rides », Paris, Gallimard, 1924, coll. «Idées », p. 139).

79  Mimes, III, v. 793-805.

Pour citer cet article

Jean VIGNES (2013). "« Recueillant des fleurs du sçavoir... »
Discontinuité anthologique et continuité poétique dans la littérature gnomique du XVIe siècle". Cahiers Forell - Formes et Représentations en Linguistique et Littérature - Archives (1993-2001) | Discontinuité et/ou hétérogénéité de l'œuvre littéraire.

[En ligne] Publié en ligne le 19 juin 2013.

URL : http://09.edel.univ-poitiers.fr/lescahiersforell/index.php?id=203

Consulté le 25/09/2017.

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Dernière mise à jour : 02 février 2017

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