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L'avenir en bleu

frPublié en ligne le 24 juin 2016

Par Sylvain Maresca

Résumé

Cet article s'intéresse à la façon dont les élèves de lycées professionnels affrontent l'obligation de revêtir le bleu de travail, tenue ouvrière traditionnelle, en contradiction avec leur penchant individuel pour les vêtements de marque et les divers accessoires de mode. Les interventions d'un artiste dans une dizaine d'établissements scolaires ont permis d'explorer leur rapport à l'image de leur futur métier, de faire ressortir leurs stratégies de contournement ou d'opposition à un uniforme professionnel de plus en plus arrangé et diversifié au sein des entreprises. Ces comportements illustrent un conflit de générations autour de l'image des métiers ouvriers, aujourd'hui de moins en moins valorisée.

Abstract

The future in blue

This article is interested in the way the pupils of professional high schools face the obligation to dress the overalls, the traditional industry garment, in contradiction with their own tendency for designer clothes and diverse fashion accessories. The interventions of an artist in ten schools allowed to explore how they deal with the image of their future job, to point out their strategies to by-pass or oppose a professional uniform which is more and more done up and diversified in the factories. This behavior illustrates a generation gap around the image of less and less valued industrial jobs.

1Comme la plupart des jeunes du même âge, les élèves des lycées professionnels accordent une grande importance symbolique à leurs vêtements, souvent de marque. C'est ce qui transparaît clairement des images visibles sur Internet lors de recherches par établissement ou selon une requête plus large comme « élèves de lycée professionnel ». Ainsi, une exploration sur les dix premières pages de photos proposées par Google Image en réponse à cette dernière requête ne laisse apparaître que 8 clichés montrant des élèves en tenue professionnelle (3 en costume pour des métiers du tertiaire et 5 en bleu de travail pour des métiers industriels) sur un total de 1121. Or, le contraste est saisissant avec la façon dont les divers établissements présentent leurs filières de formation car toutes les images mettent en avant des élèves, et souvent des enseignants, en tenue professionnelle. Dans les formations aux métiers de l'industrie, le bleu de travail est omniprésent1.

Photographie 1. Capture d'écran Google images (Requête : « Bac pro MEI » (Maintenance des équipements industriels) – 1° juin 2015).

2Ce contraste est d'autant plus frappant que le port de la tenue de travail est loin de constituer une norme intangible dans les entreprises, où il subit d'innombrables variations et accommodements. Autant le port des chaussures de sécurité semble respecté, autant le bleu de travailse limite souvent au pantalon, les travailleurs préférant pour le haut leurs propres pulls ou T-shirts. Cette diversité apparaît en particulier sur les portraits de groupes que le photographe Guy Hersant réalise depuis plusieurs années dans divers entreprises ou services administratifs (Hersant, 2010 et 20132) – si l'on excepte certaines firmes qui privilégient manifestement, à l'occasion de la photo, l'unité visuelle de leurs salariés). Un autre corpus d'images moins posées, consacré aux Gestes et regards en entreprises3, laisse entrevoir mieux encore combien les travailleurs s'arrangent avec les impératifs professionnels de la tenue, fréquemment réduite aux chaussures et à un pantalon à poches. L'uniforme professionnel ne s'impose guère que dans les métiers soumis à des normes d'hygiène stricte (agro-alimentaire, laboratoires), salissants (maçonnerie, boulangerie), exposés à des risques physiques (soudure, peinture) ou à une forte visibilité extérieure (voirie, géomètres, électriciens). Même dans le bâtiment, la mécanique automobile ou encore la menuiserie, les tenues varient d'un salarié à l'autre.

Photographie 2.

Quatre tenues différentes dans cette usine de transformation de chanvre. Au centre, deux responsables : le chef de ligne associe un pantalon professionnel avec un haut personnel, tandis que le chef de site se distingue par un pantalon bigarré, un blouson sans manches et des stylos de couleur qui dépassent de sa poche. Il porte des gants de protection, comme le jeune mécanicien, tout à gauche, qui, lui, porte un pantalon de bleu et un débardeur noir sur lequel ressort un collier sophistiqué ; il a également un bracelet au poignet gauche. Enfin, un peu en retrait sur la droite, un manutentionnaire, plus âgé que les autres, est vêtu d'une combinaison de travail verte ouverte sur son T-shirt. Tous portent des chaussures de sécurité.

Photographie de Guy Hersant.

En ligne

3Exemples : Photographies 3 à 7. Photos de Bressuire (Photoclub – Regards – Bressuire) :

Photographie 3. Cailleau 6 (Carrosserie industrielle).

Contraste entre les équipements de protection (gants, lunettes, casque) et le pull personnel.

Photographie 4. Extebois 2 (Fabrication d'aires de jeu).

Vêtements personnel, y compris un jean pour l'homme au premier plan.

Photographie 5. Millet 2 (Fabrication de portes et fenêtres).

Hormis les gants, tout est personnel (mais on ne voit pas le pantalon).

Photographie 6. Milault 2 (Tôlerie industrielle).

Contre-exemple d'un ouvrier intégralement en bleu.

Photographie 7. Prefa 3 (Fabrication préfabriquée en béton).

Une opposition marquée entre le bas (chaussures de sécurité et pantalon pro) et le haut (T-Shirt personnel et dread locks, sachant que, dans les métiers manuels en général, les cheveux longs et les bijoux sont interdits ou, à tout le moins, fortement déconseillés).

4Dans sa thèse intitulée Le corps du métier. Mise en jeu, mise en scène du corps dans l'apprentissage d'un métier au lycée professionnel (1992), Pascal Guibert souligne à plusieurs reprises la corrélation entre le degré de liberté vestimentaire et la hiérarchie des professions. Dans les métiers les moins prestigieux, comme la maçonnerie ou la métallerie, le bleu viendrait masquer complètement la tenue civile, alors que les marges de variation s'élargiraient dans les métiers plus technologiques, comme l'électronique: « Les choix possibles du vêtement de travail sont donc de plus en plus nombreux au fur et à mesure qu'on remonte la hiérarchie des [métiers] » (1992,185). Et cela pas uniquement pour des raisons de sécurité.

5Ainsi, l'insistance des lycées professionnels à faire endosser le bleu de travail à leurs élèves des filières industrielles (les « indus » – prononcer « indusse ») relève-t-elle d'un parti-pris pédagogique qui mérite d'être interrogé, particulièrement dans un contexte scolaire où se côtoient des formations et donc des tenues différentes : le bleu ouvrier ; la blouse blanche des « chimistes », qui n'est pas la même que celle des « métiers de la mode » ou encore des futurs « techniciens de surface » ; la toque des cuisiniers ; le costume des « hôteliers » ou des « forces de vente » ; etc. Dans les cités scolaires, les « pros » sont confrontés aux élèves des filières générales ou techniques dans lesquelles ne s'exerce aucune contrainte vestimentaire.

6Comment les élèves ressentent-ils l'obligation de revêtir cette tenue professionnelle, particulièrement dans les baccalauréats professionnels qui préparent aux métiers ouvriers vers lesquels la plupart ne se sont pas orientés par choix ? Comment endossent-ils le bleu de travail qui radicalise, dès le lycée, leur intégration à venir dans le monde de l'industrie ? Je voudrais aborder ces questions à partir des observations que j'ai pu faire tout au long de ma collaboration avec l'artiste plasticien Arnaud Théval (en ligne) qui, de 2006 à 2010, a réalisé des œuvres photographiques et multimédia dans dix lycées professionnels de la région des Pays de la Loire, impliquant chaque fois une classe de première dans une filière différente. Ce projet, intitulé Moi le groupe, se proposait de travailler à partir de l'image, ou plutôt des images, que les élèves se faisaient du groupeconstitué par leur classe, à mi-chemin entre l'école et l'entreprise, mais aussi d'eux-mêmes au sein de ce groupe, en pleine période adolescente, rendant particulièrement sensible chez eux la question de l'habillement.

7C'était un contexte très particulier dans la mesure où le calendrier et les modalités de mes observations sur place (concentrées sur quelques séances dans chaque lycée) ont été continuellement déterminés par les exigences des productions artistiques d'Arnaud Théval d'un lieu à l'autre. J'ai assisté à des réunions préparatoires, des séances de prise de vue, des discussions autour du choix des images, aux vernissages des œuvres dans les divers lycées. J'ai pu non seulement discuter avec les élèves, leurs enseignants, les responsables des établissements, mais aussi observer les comportements des uns et des autres en situation. Il s'agit donc d'une approche pointilliste qui n'a pas la portée d'une enquête de terrain en bonne et due forme4. Toutefois, ce matériau foisonnant, inévitablement lacunaire, me permettra de traiter plus particulièrement comment la tenue professionnelle a été abordée et restituée dans ce projet artistique, en me limitant aux métiers ouvriers afin de rester dans le cadre du thème de ce numéro5.

  1. 1. Le bleu s'impose

8Assez systématiquement, les articles de presse qui traitent des formations professionnelles aux métiers de l'industrie sont illustrés par des photographies montrant des jeunes en bleu de travail. De même trouve-t-on ce type de clichés ou de couleur sur la couverture des ouvrages qui abordent les mêmes questions. Les uns et les autres reprennent de fait l'iconographie proposée par les établissements scolaires.

Illustration 1 et 2. Couvertures des livres de Catherine Agulhon et de Lucie Tanguy.

9Les photographes documentaires, eux aussi, respectent souvent cette injonction à mettre en avant les tenues professionnelles, comme Guy Hersant dans sa série sur les apprentis marins (en ligne) ou encore Charles Fréger dans sa série intitulée justement Bleu de travail (2003, en ligne). Les uniformes, de quelque nature qu'ils soient, sont indéniablement photogéniques : ils sont faits pour être vus et se distinguer des autres tenues vestimentaires. Dans le cas des jeunes en formation professionnelle s'ajoute le hiatus, lui aussi très visuel, entre le costume et ceux qui l'endossent : c'est une tenue d'adulte revêtue par des adolescents. « Ce qui fait image, écrit Charles Fréger, ce sont des individus, un pied dans la pose sociale, l’autre encore dans l’adolescence » et, pourrait-il ajouter, les multiples signes d'inadéquation entre l'une et l'autre : « gel dans les cheveux, casquettes, piercings, pointant plus ou moins timidement6 ». Arnaud Théval s'est inscrit dans la même curiosité pour la norme vestimentaire imposée par les lycées professionnels et les manières, forcément diverses, dont celle-ci est adoptée, contournée, détournée, voire rejetée par les élèves.

10La perspective de travailler avec un photographe a d'emblée suscité, chez ceux-ci, l'attente soit de portraits qui les valoriseraient individuellement, soit d'une traditionnelle photo de classe, d'autant plus qu'il ne s'en fait pas forcément dans tous les établissements. Dans les deux cas, les élèves imaginaient de poser à leur avantage dans leurs propres vêtements. Endosser le bleu de travail pour une photo d'artiste leur paraissait totalement incongru. Aucun n'était spontanément disposé à le faire7. Parfois, leur refus a été catégorique. Il était d'autant plus virulent que les jeunes apportaient plus de soin à leur apparence, composée de vêtements de marque, d'accessoires divers, de bijoux. Abandonner cette identité visuelle savamment construite pour revêtir un uniforme bleu revenait à nier ce qu'ils étaient ou, du moins, ce qu'ils voulaient donner à voir d'eux-mêmes.

11Pour autant, l'intervention de l'artiste se déroulait dans le contexte scolaire et pendant certaines heures de cours. Elle n'offrait donc pas une liberté complète aux élèves, qui n'avaient en particulier pas le droit de s'y soustraire, sous peine de sanction. Selon les situations, ils ont été conduits par le photographe à adopter des poses inattendues sous le regard de leurs enseignants ou des autres élèves de leur lycée. C'est dans cette marge entre liberté et contrainte, expression personnelle et contrôle collectif, plus ou moins large selon les établissements et les filières de formation, qu'a travaillé Arnaud Théval, à la recherche de ce que les élèves pourraient exprimer de pertinent visuellement sur leur situation présente. Leur participation a été plus ou moins forcée selon les cas, plus ou moins active, plus ou moins collective.

12L'opposition la plus forte à ce projet artistique a été manifestée d'emblée, puis réitérée par les élèves de MOP (Mise en œuvre des plastiques) du lycée du Mans Sud. Ces gamins de banlieue au look vestimentaire très affirmé ont d'abord refusé catégoriquement de se mettre en bleu de travail, puis ont fait défection. S'ils ont fini par se prêter au jeu a minima, ils ne se sont jamais départis de leur défiance, allant jusqu'à refuser la troisième séance de pose que leur proposait Arnaud Théval. Paradoxalement, l'image tirée de cette collaboration tendue est probablement la plus conforme à l'imagerie traditionnelle des lycées professionnels car les transgressions qu'elle a fixées n'y sont pas immédiatement perceptibles (j'y reviendrai).

13Autre expérience difficile : les contradictions patentes au sein de la section Maintenance des équipements industriels du lycée Heinlex de Saint-Nazaire. Ici, les élèves étaient issus du milieu ouvrier de la ville ou des environs. Pour autant, et même s'ils acceptaient assez facilement le port du bleu, ils ne partageaient aucune vision commune de leur futur métier (simples ouvriers ou ouvriers qualifiés ?), si bien que l'expérience de la mise en image a exacerbé leurs divisions. Au final, la photographie exposée n'est pas un portrait de groupe, mais la recomposition numérique d'une entité fictive à partir de photos individuelles qui ont permis aux uns et aux autres de formaliser leur accord ou leur refus d'y participer.

14Les élèves de la section Réalisation de produits imprimés et plurimédia au lycée Léonard de Vinci de Mayenne exprimaient surtout leur amertume de se retrouver « les mains dans l'encre » alors qu'ils avaient espéré plutôt s'acquitter des opérations de pré-presse sur ordinateur. Devenir ouvrier imprimeur ne satisfaisait nullement leur rêve professionnel8. On comprend qu'ils n'aient guère été emballés par la perspective de poser en bleu de travail, qu'ils utilisent comme un « torchon » (« On s'essuie dessus. »).

15Dans la section Maintenance des équipements industriels du lycée Rabelais de Fontenay-le-Comte, le jeu portait pour une large part sur la forme du bleu : entre la « cotte », c'est-à-dire la combinaison intégrale qui fait ouvrier, et la blouse qui fait davantage technicien. Ici, les élèves accordaient une grande attention à la manière dont ils revêtaient cette dernière, qu'ils laissaient le plus souvent largement ouverte afin de laisser voir leurs propres vêtements et leurs bijoux.

16Réservés, plutôt en retrait, les élèves de Menuiserie au lycée Jean Bertin de Saumur n'ont pas fait de difficultés particulières pour revêtir leur bleu, même si on remarque que la salopette était souvent préférée à la combinaison parce qu'elle donne une plus grande visibilité à ce qu'on porte en haut. Plusieurs élèves arboraient ostensiblement par-dessus leur propre sweat-shirt9. Toutefois, ces jeunes semblaient peu portés sur la surenchère vestimentaire.

17Enfin, les plus acculturés au bleu étaient certainement les élèves de la filière Mécanicien matériels parcs et jardins au CFA de Narcé : ces exclus du système scolaire déjà intégrés dans des entreprises affichaient sur leur bleu le logo de leur employeur, symbole d'un statut professionnel qui les confortait. Même s'ils auraient mille fois préféré intégrer la section de mécanique automobile du lycée professionnel mitoyen.

18Dans tous les cas, les élèves acceptaient difficilement de se mêler aux autres lycéens en tenue professionnelle. Ils l'enlevaient pour sortir en récréation et la remettaient pour entrer dans l'atelier.

  1. 2. Docilité et résistances

19Les enseignants investissent le bleu de travail d'enjeux symboliques forts qui expliquent l'obligation faite aux élèves de le porter : distinction claire entre les séances d'atelier et les cours théoriques, intériorisation des normes de sécurité, affirmation de la vocation professionnalisante de la formation, début d'intégration au monde de l'entreprise et des adultes, voire visée égalitariste d'une tenue qui gommerait les distinctions vestimentaires individuelles. Cette dernière intention, qui rejoint certains projets récurrents préconisant de rétablir la blouse « républicaine » dans les établissements scolaires, entre précisément en contradiction avec l'ambition forte des élèves de se distinguer par leurs vêtements, surtout dans les milieux populaires où le « look » semble particulièrement investi. À l'atelier, souligne Pascal Guibert, « le corps est secondé, appareillé, aliéné par le vêtement qui est uniquement de travail et en aucun cas mise en valeur de l'individu en tant qu'individu. L'élève, ainsi recouvert, se trouve dépersonnalisé, alors que le modèle dominant privilégie au contraire la personnalisation de l'individu, le corps comme “marque de l'individu” » (1992, 182). On pourra objecter que le « look » des élèves génère entre eux une uniformité qui peut, à son tour, être assimilée à une tenue de fonction. Arnaud Théval affirmait d'ailleurs, d'une manière volontairement provocante, vouloir travailler précisément sur leur « double uniforme ». À ceci près que la tenue personnelle des élèves est celle qu'ils ont choisie, même si elle respecte un certain conformisme et suit d'évidents effets de mode10. Dans les faits, tout semble se jouer dans les détails. C'est bien ce qu'on remarque dans la façon dont les jeunes de ces lycées professionnels revêtent leur bleu de travail.

20Tout d'abord, ils conservent leurs propres vêtements sous leur bleu, même en été malgré la chaleur ambiante, ce qui suffirait à marquer une distance persistante par rapport à la tenue professionnelle. On est loin ici des cours de sports pour lesquels ils se déshabillent au préalable. Dans le même registre de résistance sous-jacente, ils s'appliquent souvent à laisser leur cotte ou leur blouse la plus ouverte possible afin de laisser voir les motifs de leur T-shirt ou de leur collier.

21Autres signes révélateurs, mais plus discrets : l'insistance à mettre des chaussettes blanches, même avec les chaussures de sécurité ; la substitution, qui passe facilement inaperçue, de leurs baskets aux chaussures de sécurité ; plus rare, la « customisation » de ces chaussures de sécurité sur lesquelles, par exemple, on a vu peinte la virgule de la marque Nike ; ou encore l'illusion de se conformer, subtilement entretenue par un élève qui a mis un T-shirt du même bleu que son pantalon d'ouvrier, mais barré par le logo de la marque Puma. C'est ainsi que la photo réalisée par Arnaud Théval avec les élèves de la section MOP passe, au premier regard, pour l'image conventionnelle d'une classe d’“indus”, alors que, l'air de rien, ils ont subverti la tenue obligée et les accessoires (lunettes de protection, casques, gants, outils) en autant d'attributs au service de leur obsession du look (en ligne).

22Il importe d'ajouter que les fabricants introduisent désormais des variantes de couleurs ou de formes dans les vêtements professionnels. Dans la section Imprimerie de Mayenne, la cotte est verte en première année et bleue en seconde année. Au CFA de Narcé, les élèves affichent sur leur dos les couleurs et logos de leur entreprise. Le marché des chaussures de sécurité intéresse plusieurs grandes marques qui proposent désormais des modèles griffés pour séduire les jeunes ; extérieurement, certains ne se distinguent plus guère de simples baskets.

23Au final, les cas de refus pur et simple du port du bleu de travail sont rares, n'étant guère tolérés dans l'enceinte des lycées professionnels (alors qu'ils le sont peut-être mieux dans les entreprises où les élèves effectuent leurs stages). En revanche, la tenue professionnelle est très souvent détournée, relativisée, voire réduite à une simple enveloppe ouverte sur les vêtements que chaque élève tient à laisser visibles, même au sein des ateliers. On sent dans cette obstination silencieuse à ne pas se laisser recouvrir par le bleu de l'usine une forme de résistance qui peut combiner la révolte adolescente, le rejet d'une formation professionnelle subie et au-delà le refus d'un destin ouvrier.

Extrait de mes notes sur une séance d'habillage-déshabillage dans les vestiaires du lycée de Fontenay-le-Comte. Arnaud Théval souhaitait photographier la manière dont chaque élève revêtait, puis enlevait sa tenue professionnelle :


 Celui-ci pose d'abord avec sa blouse ouverte et déjetée sur son bras droit qu'il pointe en avant, laissant apparaître un T-shirt noir frappé sur le flanc d'une marque blanche (Puma). Il porte un collier qui brille sur sa poitrine et un second caché en partie par le tissu du col. Il se dégage de cette pose « spontanée » un air de bravade, en même temps qu'un évident désir de séduction.
Puis, à la demande de l'artiste, il referme sa blouse presque jusqu'en haut. Il se tient alors droit, sérieux, comme il sied à la fonction professionnelle qu'il incarne à cet instant. Ses mains sont plaquées sur ses hanches, avec une curieuse disposition des doigts, un peu entremêlés, qui exprime la gêne ou l'indécision, comme si cette blouse de travail lui imposait la pose, et la pose l'expression, mais que seules ses mains, pourtant appelées à devenir ses outils privilégiés dans le métier manuel auquel il se prépare, parvenaient encore à signifier une sorte de flottement.
Sitôt qu'il a enlevé sa blouse, il affiche de nouveau un air rassuré, presque provoquant, les bras croisés sur son T-shirt. Sur son épaule réapparaît la marque de son vêtement, comme un insigne rassurant. »11

  1. 3. Le bleu comme motif de création

24Arnaud Théval est parti de cette oscillation des élèves entre docilité et résistance pour construire ses images. Il leur a imposé la confrontation avec le bleu de travail pour faire surgir la multiplicité de leurs réactions, dans un contexte (une intervention artistique) où celles-ci peuvent s'exprimer plus facilement et plus librement que dans la routine scolaire. D'un établissement, d'une classe, d'une spécialité à l'autre, il s'est saisi de lieux, de moments ou de comportements différents comme autant d'amorces pour ses créations. À Fontenay-le-Comte, comme on vient de le voir, il s'est focalisé sur le vestiaire, ce lieu où s'opère le passage des vêtements personnels à la tenue professionnelle. Au Mans Sud, où les élèves se sont montrés les plus réticents à poser en bleu, il les a laissés « customiser » cette contrainte vestimentaire pour composer une sorte de cliché de mode. À Saint-Nazaire, les bleus ont fini par terre et certains élèves ont décidé de tourner le dos au photographe. Dans une filière plus « docile », à Mayenne, il a usé au contraire de la provocation pour inciter les élèves à jouer avec leur combinaison de bleu jusqu'à la porter à l'envers. Les menuisiers de Tours ont été incités à sortir de leur discrétion habituelle pour s'exposer au vu et au su du reste de leur lycée. Enfin, Narcé est certainement l'endroit où les apprentis étaient déjà les plus conformés au bleu de travail ; avec eux, le centre de gravité de l'image s'est déplacé vers leurs rêves de mécanique.

25Il en est résulté des images qui n'ont que les apparences de la normalité : Il en est résulté des images qui n'ont que les apparences de la normalité :
• des élèves regardent ailleurs, leurs chaussures à la main (en ligne) ;
• ils posent dans leur atelier comme s'ils se prenaient pour des mannequins (en ligne) ;
• ou alors transforment leur bleu en toge ou en pourpoint ;
• ils s'évacuent de l'image ou l'ignorent (en ligne) ;
• ils se plantent, les mains dans les poches, dans la cour du lycée (en ligne) ;
• ils oublient le photographe pour se plonger dans le moteur d'une voiture (en ligne).

26Rares sont les élèves qui se sont opposés à la publication de ces images. Leurs fantasmes de célébrité révélèrent qu'ils n'en prévoyaient manifestement pas les effets au sein de leur lycée comme à l'extérieur : « J'aime bien être pris en photo. Je serai dans le journal. », « On va être célèbres. », « Quand est-ce qu'on sera payés ? Je veux 15 %. »

27Chacune de ces photographies a été tirée en grand format et exposée dans l'enceinte du lycée correspondant où elle est restée quelques semaines, parfois moins. La dimension des images a impressionné les élèves qui l'ont souvent assimilée à une marque de considération, voire à une consécration : « On est classe. », « La Dream Team. », « Pour la première fois, je me sens grand. »

28Arnaud Théval a souvent complété ces œuvres graphiques par des jeux vidéos qui exploraient sous un autre jour l'univers quotidien des élèves. Dans chaque établissement, un vernissage a été organisé pour présenter officiellement la production de l'artiste, qui a acquis de la sorte une visibilité bien supérieure à celle d'une ordinaire intervention d'artiste en milieu scolaire. Les élèves comme les responsables des lycées concernés ont dû alors faire face à une obligation qu'ils n'avaient pas forcément anticipée : assumer ces images d'eux-mêmes.

  1. 4. Des images très (trop ?) impliquantes

29Sortir de la classe ce jeu sur les images, le voir déboucher sur une affiche exposée aux yeux de tous, a subitement tendu les enjeux engagés dans ce travail de représentation. Tandis que certains élèves se félicitaient d'être restés prudemment en retrait de leur groupe, d'autres exprimaient des jugements mitigés : « C'est bien, c'est intéressant, c'est grand, c'est bleu [éclat de rire général]. », « En bleu : on se sent à fond dans le métier… Non, c'est ironique ! ». La plupart avaient bien conscience d'avoir joué sur les codes de leur identité professionnelle en cours d'acquisition, encouragés en cela par l'artiste qui s'était permis, et leur avait permis, de multiples transgressions qu'eux-mêmes n'auraient pas pu s'autoriser, qui plus est sous le regard de leurs enseignants, réduits pour un temps au statut de simples spectateurs. Au final, le bleu dominait, dans une mise en image cryptée, qui ne livraitpas tout de suite ses clés de compréhension, d'autant qu'Arnaud Théval tenait à exposer ses œuvres sans explication afin de laisser chacun libre de ses propres interprétations. Un bleu énigmatique donc, mais tout de même un bleu dominant, marquant toutes les images de son empreinte visuelle.

30Les réactions des enseignants ou des responsables des établissements impliqués dans le projet furent souvent critiques.  L'atelier servait de simple fond décoratif (d'ailleurs, il avait été retouché) ou alors on lui avait préféré une vue en extérieur qui ne rendait pas justice aux installations techniques de l'établissement ; on ne voyait pas les élèves au travail ; ils posaient même les mains dans les poches, pour un peu, on les prendrait pour un piquet de grève (sic) ; jouer avec les bleus (retournés ou mis par terre) portait atteinte au sérieux de la formation ; telle photo mettait en exergue l'élève le plus difficile de la classe (qui avait effectivement bien profité de cette récréation photographique).

31L’étonnement provient du fait que des lycées professionnels acceptent d'accueillir une production artistique sans véritablement savoir ce qu'il peut en résulter ; qu'ils la laissent s'élaborer sans s'en soucier ni chercher à la contrôler (faute de temps principalement) ; pour découvrir qu'elle aboutit à une représentation peu compatible avec la représentation univoque, archi-professionnelle, qu'ils entendent imposer de leurs formations et donc de leurs élèves. Les différents vernissages ont permis de voir clairement ces contradictions à l’œuvre, entre l'aval obligé de la direction, tenue par son accord originel, et sa réticence à donner plus d'audience que nécessaire à ce résultat visuel difficilement recyclable. Dans la plupart des cas, les affiches sont restées en place juste le temps prévu, puis enlevées. Dans deux lycées, elles ont été partiellement vandalisées, voire déchirées en l'espace de quelques jours. Seuls deux établissements ont pris la décision de les installer à demeure dans leurs murs.

« Dans quel lieu artistique mettre ensuite l'affiche ?, se demandait un élève. Au Louvre, à Versailles ! Là au moins, elle ne sera pas saccagée. »

32Cette expérience artistique, singulière par son ampleur, aura mis en évidence la fragilité de cette convention vestimentaire qui entend donner corps à l'idée d'ouvrier là où celle-ci est censée être inculquée aux futurs professionnels de l'industrie. Entre l'univers scolaire, qui mélange des cohortes d'élèves soumis à des contraintes d'apparence très variables dans leur intensité et dans leurs formes, et le monde des entreprises, où le bleu subit des accommodements que les élèves-stagiaires découvrent dès leurs premières expériences professionnelles, la marge d'imposition et d'acceptation du bleu de travail est devenue étroite, talonnée en outre par le jeu des marques de vêtements qui entendent ne lâcher leurs jeunes consommateurs dans aucun compartiment de leur vie, pas même celui de leur formation professionnelle.

33Ces hiatus s'inscrivent dans une évolution plus longue qui a contribué depuis les années 1970 à déprécier la tenue professionnelle des ouvriers, devenue un « uniforme stigmatisant », et, pour reprendre l'expression d'Anne Monjaret, à la faire passer « du bleu de chauffe au jean » (2011). Cette tendance cristallise une opposition de générations, dans laquelle les jeunes entendent bien affirmer leur individualité contre l'uniformité d'antan, et peut-être aussi laisser ouverte la porte de leur avenir professionnel pour ne pas se sentir enfermés trop tôt dans un destin ouvrier qui a perdu sa valeur symbolique. L'insistance des lycées professionnels sur le port du bleu de travail pendant le temps de la formation exacerbe cette opposition en réclamant le respect de l'orthodoxie vestimentaire à des jeunes que tout incline au contraire à la rejeter. Les images crées par Arnaud Théval, et le travail d'approche qui les a précédées et rendues possibles, documentent à leur manière, décalée, la difficile conciliation entre ces attentes générationnelles de plus en plus divergentes.

Bibliographie

Agulhon C. (1994), L'enseignement professionnel. Quel avenir pour les jeunes ?, Paris, Les Éditions de l'Atelier.

Fréger C. (2003), Bleus de travail, Rouen, Ed. Poc.

Guibert P. (1992), Le corps du métier. Mise en jeu, mise en scène du corps dans l'apprentissage d'un métier au lycée professionnel, thèse de sociologie, Université de Nantes.

Hersant G., Baron E. et Le Tirant D. (2013), Pose travail, Heule (Belgique), Ed. Snoeck.

Hersant G. (2010), Tenu(e)s de travail, Paris, Ed. Additiv.

Maresca S. (1991), L'Autoportrait. Six agricultrices en quête d’image, Toulouse-Paris, coédition Presses universitaires du Mirail-INRA.

Monjaret A. (2011), « Du bleu de chauffe au jean. Les jeux de l'apparence des 'ouvriers' à l'hôpital, entre traditions corporatistes et normes institutionnelles renouvelées », Sociologie et sociétés, vol. XLIII, n°1, p. 99-124. [En ligne], consulté le 25 novembre 2015, URL : http://id.erudit.org/iderudit/1003533ar

Pasquier D. (2005), Cultures lycéennes. La tyrannie de la majorité, Paris, Éditions Autrement.

Tanguy L. (1991), L'enseignement professionnel en France. Des ouvriers aux techniciens, Paris, PUF.

Théval A. (2008), Moi le groupe, Brest, Ed. Zédélé.

Théval A. (2010), Moi le groupe 2, Brest, Ed. Zédélé.

Notes

1 Requête effectuée le 1° juin 2015. A noter que ces 8 photos avaient toutes été réalisées à l'occasion d'opérations de relations publiques des lycées concernés.

2 Jean-Paul Gehin a rendu compte de ce dernier ouvrage dans Images du travail : http://itti.hypotheses.org/130.

3 Réalisées en 2007-2008 par les membres du Club photo de Bressuire (Deux-Sèvres) dans une vingtaine d'entreprises de la région. Je remercie Philippe Bidet-Emeriau de m'avoir fait connaître ces images et de m'avoir autorisé à en publier certaines dans cet article.

4 Notons toutefois que la littérature, aussi bien sociologique qu'historique, sur les tenues de travail ouvrières est particulièrement pauvre. Anne Monjaret a documenté ce « quasi vide d'études académiques » (2011, 102).

5 Voici les six filières et les établissements pris en compte ici : Maintenance des équipements industriels aux lycées Rabelais de Fontenay-le-Comte (Vendée) et Heinlex de Saint-Nazaire ; Menuiserie au lycée Jean Bertin de Saumur ; Mise en œuvre des plastiques au lycée du Mans Sud ; Réalisation de produits imprimés et plurimédia au lycée Léonard de Vinci à Mayenne ; Mécanicien matériels parcs et jardins au Centre de formation d'apprentis (CFA) de Narcé (Maine-et-Loire).

6 Extrait du texte de présentation de cette série sur son site Internet. Pour une approche plus approfondie de la démarche de ce photographe et en particulier des ambiguïtés de son goût prononcé pour les uniformes, voir mon texte en ligne Fastes et servitude de l'uniforme : http://viesociale.hypotheses.org/758.

7 Sur cette difficulté à concevoir un portrait en vêtement de travail ou de tous les jours, dans le cas cette fois-ci d'exploitations agricoles, voir mon livre L'Autoportrait. Six agricultrices en quête d’image (1991).

8 De la même manière que les filles de la section Métiers de la mode du lycée de la Roseraie à Angers (où Arnaud Théval a réalisé une autre œuvre, que je ne présenterai pas ici) supportaient difficilement de devoir apprendre les gestes de la couture alors qu'elles se rêvaient stylistes, voire mannequins.

9 Pascal Guibert note à ce propos que la menuiserie serait une section professionnelle où la contrainte vestimentaire serait moins forte qu'ailleurs (1992, 184).

10 Comme d'autres, les sociologues polémiquent sur le degré de liberté dans la tenue des lycéens. Pour un aperçu de leurs arguments, voir Dominique Pasquier, 2005, 61-62.

11 Un aperçu de l'ensemble des photographies prises par Arnaud Théval avec les élèves de ce lycée est visible sur le site de l'éditeur de son premier livre, Moi le groupe (2008) : http://www.editions-zedele.net/Livres-extraits/moi-le-groupe_extrait.pdf. Une suite est parue chez le même éditeur en 2010 sous le titre Moi le groupe 2. On peut voir quelques images de toutes les autres réalisations sur le site d'Arnaud Théval (www.arnaud.theval.com).

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    Crédits : Sylvain Maresca

Pour citer cet article

Sylvain Maresca (2016). "L'avenir en bleu". Images du travail Travail des images - Images du travail, Travail des images | n°2. Les ouvriers et la photographie : de 1945 à nos jours | Dossier.

[En ligne] Publié en ligne le 24 juin 2016.

URL : http://09.edel.univ-poitiers.fr/imagesdutravail/index.php?id=787

Consulté le 20/10/2017.

A propos des auteurs

Sylvain Maresca

Professeur de sociologie à l'Université de Nantes, ses recherches portent sur les usages sociaux des images, avec un accent particulier sur le registre du portrait et les images photographiques. Auteur du blog La vie sociale des images.


n°2. Les ouvriers et la photographie : de 1945 à nos jours

La photographie n’a jamais eu le monopole de la représentation du monde ouvrier. Peintres, dessinateurs, caricaturistes ou propagandistes, entre autres, ont largement contribué à en produire des images, dès avant l’invention de la photographie et par la suite. Mais sans doute faut-il considérer que la photographie a pu se prévaloir de deux avantages décisifs dans la concurrence qui a pu l’opposer aux autres modes de représentation : sa capacité à enregistrer le réel qui se présente devant son objectif et donc à le documenter avec une exactitude plus grande que le peintre, par exemple, et la possibilité dont elle s’est dotée très rapidement de reproduire ses images à l’infini, sur les supports les plus divers, pages de livres ou de revues notamment, ou encore cartes postales. Une photographie porte toujours la trace de quelque chose qui a été – cf. le « ça a été » de Roland Barthes (1980) –, elle peut, de ce fait, porter témoignage de la portion de réel qu’elle restitue et son témoignage a pu très tôt être diffusé largement, dans un souci d’intervention ou, plus modestement, d’alerte, selon les intentions du photographe.   Si la photographie s’est ainsi proposée d’emblée comme moyen d’agir sur le monde (Benjamin, 1935/2002), elle est aussi apparue à un moment historique qui invitait à rendre compte des profondes évolutions en cours. Le développement industriel est largement amorcé lorsque L. Daguerre ou W.H. Fox Talbot réalisent leurs premières images. Mais il ne s’agit pas là d’une simple concomitance. L’invention de la photographie ne cristallise pas seulement les progrès de la chimie moderne et ne substitue pas seulement un dispositif technique, à la fois chimique et mécanique, à la main du peintre ; il y a aussi que son développement s’est calé sur la production en série de marchandises standardisées, caractéristique de la transformation alors en cours du mode de production capitaliste (Rouillé, 2005). Les conditions dans lesquelles celle-ci se réalisait ont très vite attiré l’attention des observateurs les plus divers, des philanthropes aux théoriciens du mouvement social en passant par les médecins ou les sociologues. Si l’enquête utilisait encore avant tout les procédés de l’observation ou du questionnaire, les photographes n’ont pas tardé à fournir des images, quelquefois prises dans les lieux mêmes de production, plus fréquemment à leur périphérie.



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Dernière mise à jour : 30 juin 2017

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