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Présentation du numéro

Publié en ligne le 31 mai 2010

Par Gilles Col et Catherine Collin

1À la suite de la disparition de Claude Vandeloise en août 2007, la revue CORELA a décidé de rendre hommage à celui qui fut, outre un linguiste qui a apporté une vision originale et passionnante à l’étude des prépositions du français, un des premiers collègues à faire confiance à la toute jeune revue CORELA.

2Dès le premier numéro de CORELA en 2003, Claude Vandeloise a effectivement été un des premiers relecteurs d’articles, que ces derniers traitent de prépositions ou d’autres domaines de sciences du langage. Les remarques qu’il formulait sur les propositions de publication étaient mesurées et encourageantes, et surtout fort utiles pour le comité éditorial de la revue encore relativement inexpérimenté.

3Claude Vandeloise a également été un des premiers auteurs de CORELA, avec un article sur les familles de ressemblances et la structure des relations spatiales (http://edel.univ-poitiers.fr/corela/document.php?id=726 ) paru en 2005, et un projet de publication qui n’a malheureusement pas eu le temps de voir le jour. Sur ce point, aussi, la confiance que Claude a apporté à la revue a été d’une grande aide.

4Ce numéro d’hommages de la revue réunit les travaux de chercheurs sur des thèmes de recherche chers à Claude Vandeloise. Deux larges volets complémentaires au sein des  recherches de Claude sont abordés dans ce numéro spécial. Si l’ensemble des articles traitent de la représentation et l’expression de l’espace dans la langue, on peut distinguer ceux qui analysent les prépositions (ou les relations) d’une part, et ceux qui mettent en évidence des propriétés ontologiques des entités spatiales et de la référence aux objets.

5L’article de Ronald Langacker permet d’explorer les concepts fondamentaux de la linguistique cognitive. Il replace dans ce cadre la recherche de Claude Vandeloise qui propose dans ses travaux une analyse sémantique détaillée des expressions spatiales du français. R. Langacker renvoie dans cette étude à la question de la spatialité comme valeur véritable adaptée à l’étude des prépositions, et souligne l’importance des relations fonctionnelles pour leur description.

6Andrée Borillo traite de la préposition DANS et de ses possibilités d’emploi hors du domaine spatial à l’intérieur d’une proposition détachée. Elle étudie notamment la relation entre le syntagme prépositionnel et la phrase d’accueil. Cette relation est traditionnellement décrite en terme de consécutivité. Cette valeur est pourtant à nuancer au regard des résultats de l’étude. A. Borillo analyse les raisons de l’affaiblissement de cette valeur à travers de la catégorie du nom que la préposition régit mais aussi de la nature du verbe et de ses propriétés aspectuelles.

7S’intéressant à la préposition DANS également, Laure Sarda explore à partir d’un corpus les emplois des adverbiaux prépositionnels. L’idée développée dans l’article est que la forme DANS correspond à un élément polysémique dont les différents sens notionnels dépendent des unités qu’il connecte. L. Sarda propose alors que les usages notionnels de DANS soient analysés à partir d’un continuum organisé selon un axe dont l’un des pôles serait localisant, et l’autre qualifiant. En reprenant ainsi à C. Vandeloise les pistes d’analyse de la relation C/c, l’auteure de l’article élargie l’organisation à deux nouveaux traits (Dépendance et Influence).

8La contribution de Michel Aurnague est double. Il fournit à ce numéro spécial une bibliographie exhaustive de Claude, permettant alors à l’ensemble des chercheurs travaillant sur les questions d’espace, de préposition et de cognition de trouver en ligne les renseignements précieux pour leurs travaux. Dans un article sur la préposition À M. Aurnague revient sur les analyses de Claude Vandeloise destinées à rendre compte du fonctionnement statique de la préposition ainsi que du nom générique de localisation place. Il oriente sa réflexion sur les points communs entre le sémantisme du nom place et celui de la préposition À.

9Viennent ensuite les contributions de Patricia Hernandez et de Gilles Col qui s’intéressent respectivement aux prépositions SUR (en français) et ON (en anglais). P. Hernandez concentre son étude sur l’essor d’un emploi nouveau de la préposition devant les noms de ville en le comparant avec l’usage concurrent de la préposition À. L’analyse est conduite alors à partir du concept de scène verbale et les prépositions sont considérées comme déclencheurs d’inférences. G. Col de son côté part de la notion de relation fonctionnelle développée par Claude Vandeloise et propose une définition plutôt instructionnelle des prépositions. Dans cette optique, le rôle des prépositions consiste à définir la topologie de la scène verbale, autrement dit, à déployer le champ intersubjectif qui se construit à mesure que se déroule et se perçoit le discours. Les prépositions donnent en définitive une instruction de construction du sens comme toutes les unités linguistiques. L’analyse de la forme schématique de ON fournit un exemple de ce type d’instruction et permet de définir une valeur générique pour cette unité, et ce quel que soit son emploi (préposition ou particule).

10Ce sont les verbes dits de mouvement qui sont à l’étude dans les contributions de Bernard Victorri et de Catherine Collin. Dans un article de 2007 intitulé «Le verbe ALLER - l’affranchissement du contexte d’énonciation immédiat» (Journal of French Language Studies), Claude Vandeloise proposait deux caractérisations pour ce verbe. La première se fondait sur une représentation localiste de l’espace à partir de propriétés dynamiques, fonctionnelles et intentionnelles inscrites dans notre expérience. Le deuxième niveau de description est constitué par la notion de complexe d’énonciation où l’idée localiste est alors invalidée.  B. Victorri revisite ces différentes caractérisations en montrant les limites de l’approche intentionnelle pour un niveau de description plus abstrait. Cette caractérisation du verbe ALLER en termes de contexte d’énonciation illustre le fait que ce niveau de description permettrait de révéler les structures fondamentales du langage. C. Collin reprend les usages du verbe GO en anglais et plus précisément dans sa construction avec une injonction (GO AND V). L’interprétation de cette structure ne se ramène pas à une succession de procès, mais comprend la globalisation d’un processus dont on envisage la validation. L’étude se construit à partir d’un corpus journalistique d’anglais contemporain.

11Le deuxième volet de ce numéro spécial est articulé autour d’articles traitant des entités spatiales, de leurs propriétés ontologiques et de la référence aux objets. Denis Bouchard se fixe pour objectif d’observer les contraintes sur la co-référence. Dans le cadre d’une linguistique cognitiviste telle qu’elle a été pensée par Claude Vandeloise, l’analyse de l’ensemble des propriétés de dépendances référentielles permet de s’affranchir du recours à une relation structurale pour étudier un phénomène discursif tel que la référence.

12L’article de Danielle Bubois et Caroline Cance analyse les relations entre langage et cognition à travers l’étude de la référence aux couleurs. Envisagées comme des objets cognitifs que le discours co-construit, les couleurs sont traitées comme support à la fois de la construction de l’espace en discours, et de l’évaluation. La notion d’espace apparaît alors comme étant construite par un sujet dans une relation-expérience au monde.

13Dans un hommage plus personnel, en souvenir d’une discussion avec Claude autour du Dictionnaire portatif de la langue françoise extrait de P. Richelet, Pierre Cadiot chemine dans les usages du mot «abricot». Tour à tour employé pour renvoyer au fruit ou à la couleur, le mot se prête aussi à des emplois argotiques ou symboliques (sexe féminin, symbole biblique). L’auteur montre ainsi que l’organisation thématique de ces valeurs suit une continuité sensible.

14Tous nos remerciements vont donc aux auteurs qui ont par leur contribution tenu à rendre hommage à Claude Vandeloise. Nous souhaitons également remercier toutes les personnes qui par leur travail de relecture minutieuse des articles ont contribué à l’élaboration de ce numéro. Par ordre alphabétique :

15Jean Albrespit, Michel Aurnague, Didier Bottineau, Pierre Cadiot, Paul Cappeau, Hélène Chuquet, Jean Chuquet, Frédéric Lambert, Florence Lefeuvre, Gérard Mélis, François Némo, Michel Paillard, Pierre-Yves Raccah, Nathalie Rossi-Gensane, Laure Sarda, Bernard Victorri, Annie Vigneron.

Pour citer cet article

Gilles Col, Catherine Collin (2010). "Présentation du numéro". CORELA - Espace, Préposition, Cognition | Numéros thématiques.

[En ligne] Publié en ligne le 31 mai 2010.

URL : http://09.edel.univ-poitiers.fr/corela/index.php?id=998

Consulté le 18/08/2019.

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Dernière mise à jour : 12 décembre 2013

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