Vous êtes ici : Accueil > Numéros thématiques > Espace, Préposition,... > GO et l’injonction :...

GO et l’injonction : le cas de GO AND V1

FrPublié en ligne le 31 mai 2010

Par Catherine Collin

Résumé

La construction GO-AND-Verbe est dʼun usage courant en anglais contemporain. Cette étude se concentre principalement sur son utilisation à lʼinjonction dans un corpus journalistique, et montre que lʼinterprétation de cette structure ne se ramène pas à une succession de procès. Il convient plutôt dʼun voir la globalisation dʼun processus dont on envisage la validation.

Abstract

The use of GO-AND-Verb is very common in contemporary English. This study wants to analyse the role of the GO-AND injunctions in a corpus of journalistic prose. The GO-ANDVerb structure is then to be understood as a global and complex predicate. This use of GO in coordinated structure is never to be equated to successive processes.

The essential role of spatial representation is most clearly shown in the universal terms which language has designed for the designation of spiritual processes. Even in the most highly developed languages we encounter this « metaphorical rendition» of intellectual conceptions by spatial representations. (Cassirer, E. 1968: 198)

1Pour Claude Vandeloise (2007 : 343), le lieu représente « une position dans l’espace (.../...) dotée d’une valeur ». Il distingue alors les verbes de déplacement et les verbes de manière de déplacement qui «précisent comment l’entité mobile se déplace mais [qui] n’impliquent pas nécessairement un changement de position». L’étude qu’il entreprend sur le verbe Aller du français le conduit à poser un certain nombre de règles qui permettent de décrire ses usages.

L’originalité du verbe aller, c’est que, même énoncé au moment de l’action, son interprétation complète oblige l’interlocuteur à se détacher de la référence au contexte d’énonciation immédiat. En effet, que ce soit dans l’espace ou le temps, le complément imposé par aller est obligatoirement hors du contexte d’énonciation. Le début du déplacement peut rester accroché au contexte d’énonciation immédiat, le lieu terminal y échappe inéluctablement.

(C. Vandeloise, 2007 : 354)

2Cette observation est à l’origine de notre volonté de mener sur le verbe GO en anglais contemporain une étude dans ses contextes de coordination (GO AND V).

3La construction GO AND, très productive en anglais contemporain, se rencontre dès le 14è siècle (Wyclif,Matt, XX 4, Go and ɜee in to my vyne ɜerd.). Les dictionnaires contemporains hésitent cependant à la considérer comme une expression périphrastique indépendante. Souvent au détour d’une acception du verbe GO, l’entrée du dictionnaire insiste sur la manière dont l’action décrite par cette construction est envisagée. Pour le Longman, il s’agit d’actions menées sans tarder, mais de manière peu réfléchie voire insouciante, ou peu attendue.

She went and won the first prize. (Longman)

I must go and get that book. (Collins Cobuild)

4Les dictionnaires Cambridge et Newbury House, Collins Cobuild précisent que cette construction est utilisée pour désapprouver un comportement, une action.

She went and bought two gold watches. (Newbury House Dictionary)

5Il est frappant de constater que souvent, pour démontrer le caractère répréhensible de l’action décrite, les exemples utilisés contiennent déjà une modalité associée à GO :

Then she had to go and lose her hat (Collins Cobuild)

Why did he have to go and spoil everything? (Longman)

6Selon Collins Cobuild, Longman, OED, le verbe GO voit sa valeur affaiblie par le fait de la coordination, au point que sa présence est considérée comme sémantiquement redondante 2.

‘In the modern colloquial use of this combination the force of go is very much weakened or disappears altogether. (.../...) To go and (do something) = ‘to be so foolish, unreasonable, or unlucky as to — )’ (OED).

7Quant au second verbe de la coordination (V2), selon les dictionnaires Longman, Collins Cobuild et OED cette construction permet de créer un effet d’insistance. Ainsi, pour les dictionnaires consultés, cette structure serait principalement utilisée afin de permettre une mise en relief de ce second verbe.

8Le verbe GO tel qu’il est décrit par OED procède de l’expression générale d’un mouvement qui ne précise ni le point de départ ou d’arrivée, mais qui s’effectue en s’éloignant du locuteur ou du point de repère par rapport auquel il se situait mentalement.

An intransitive verb of motion, serving as the most general expression

(I) for a movement viewed without regard to its point of departure or destination;

(II) for a movement away from the speaker, or from the point at which he mentally places himself; and

(III) for a movement to or towards a place which is neither in fact nor in thought that occupied by the speaker.

Of movement, irrespective of the point of departure or destination. (irrespective of the progression)

(OED)

9Par ailleurs, à la différence de verbes tels walk ou cross, le parcours spatial demeure indéterminé quant au mode de déplacement ou à la direction du déplacement qui est représenté.

10Les études qui se sont précédemment intéressées à la construction GO AND se sont principalement centrées sur les propriétés formelles, qualifiant cette structure de «pseudo-coordination» (G. Joseffson, 1991; G. Carden et D. Pesetzky, 1979), ou d’«hendiadys3» (H. Poutsma, 1928). H. Poutsma (1928: 561) précise que la construction se retrouve particulièrement après un prétérit ou une forme impérative4 :

He went up and wrung her hand. (Thack. Vanity Fair I, ch. XXI, 221).

11De manière plus générale, les séquences de binômes V AND V sont considérées comme étant davantage représentées dans des textes de fiction, ou au contraire dans la conversation. En effet, selon D. Biber et al. (1999), il est rare de rencontrer ce type de structure dans le registre journalistique ou académique :

Verb and verb binomial phrases are relatively rare in news and academic prose (D. Biber et al. 1999: 1031).

12Cette remarque semble pourtant en contradiction avec nos propres observations à la lecture des journaux. Ce constat peut être fait en observant les emplois journalistiques de la construction GO AND où la forme impérative prédomine dans ce registre, et peut se rencontrer dans les cas de discours rapportés comme dans les exemples suivants :

 (1) When Sarkozy announced that he would personally appoint the new head of public television, along with the new director of the public radio networks, there was no outcry. Instead, when his wife gave each of the 38 members of the government her album, dedicated with «1000 kisses», as they left their last weekly brief at the Elysee palace before their holidays, the ministers told journalists: «Go and buy it, it’s fantastic». The Guardian, Aug. 2008.

 (2) The Eddington report says congestion will cost pounds 22bn to business by 2025 (.../...) But actually, we don’t need the figures to see the dilemma confronting the transport secretary, Douglas Alexander. Just go and look at your local road for a few minutes, and think of the level of traffic on it in 10 or 20 years back.  The Guardian Feb. 2007.

 (3) A story is told of Alfred Adler, one of Freud’s early followers, who once interviewed a prospective patient at great length, taking a detailed family history, and getting as elaborate an account as possible of what the man was suffering from. At the end of the consultation, Adler asked the man, «What would you do if you were cured?» The man answered. Adler replied, «Well, go and do it then.»

The Guardian Dec. 2007.

 (4) Barclay Littlewood, co-owner of www.oxbridgegraduates.com, believes he is providing a useful service which shows universities that they teach students in the wrong way. "Our message is clear to all students. Come and use us, but use us properly like any other source and then go and write your own piece," he says. The Guardian Apr. 2007.

13Le contexte présente la construction GO AND à l’intérieur de marques de guillemets indiquant explicitement un report de paroles pour les exemples (1), (3) et (4), doté à chaque fois d’un verbe introducteur : «the ministers told journalists» (1), «Adler replied» (3), «he says» (4). Un des faits marquants concernant ces emplois est qu’aucun ne pourrait être strictement substituable à une forme non coordonnée par AND, et dans le même temps, aucun des exemples de GO ne renvoie véritablement à un parcours spatial ou un déplacement. On ne spécifie en effet aucun changement de localisation. Dans la structure GO AND, les procès que l’on voit coordonnés font l’objet d’une visée, au sens où GO marque un décalage entre la situation qui sert de repère et l’étape finale du processus, en l’occurrence, le V2. Ainsi, le déplacement spatial cède la place à la mise en relation des procès qui va permettre la construction d’une origine subjective dans une situation envisagée comme à valider. Il apparaît en effet que cette construction GO AND favorise l’impératif, et nous nous intéressons dans un premier temps à la question de savoir ce qui prédispose à cette utilisation privilégiée de l’impératif.

I - La nature de la construction GO AND et l’impératif

14Pour tenter d’expliquer la grande fréquence des utilisations de la construction GO AND avec l’impératif, un élément de réponse pourrait être fourni par l’observation du Vieil anglais. Apparaissent alors des constructions coordonnées qui expriment principalement le but (uton faran ...and geseōn ‘let’s go and see’). Or, à en croire R. Quirk et C.I. Wrenn (1987), (w)uton, qui est fréquemment utilisé comme périphrase pour exprimer la première personne au pluriel de l’impératif, provient du verbe wītan à l’aoriste optatif ou au subjonctif. Ils mentionnent l’exemple suivant : Uton feallan tō ðǣre rōde (‘let us fall before the cross’). Cette observation est confirmée par Y. Desportes (2006 : 233) : « «(w)uton», «utan» représente la survivance d’un ancien aoriste optatif ou d’une forme de subjonctif de «wītan» (aller). Cette forme est utilisée dans les paraphrases pour exprimer la 1re personne de l’impératif d’autres verbes. Ainsi « wītan» serait l’ancêtre fonctionnel de «let» : le passage de «witan» à «let» illustrerait un cas de maintien du signifié et de réfection du signifiant : Utan dōn swā ūs neod (faisons ce qui est bon pour nous) Wulfstan’s Sermones Commones5

15Lorsque la construction GO AND n’est pas utilisée avec l’impératif en anglais contemporain, la coordination des prédicats permet de discrétiser les procès.  

 (5) In a speech last year on "shift parenting", Harriet Harman mentioned a couple who meet in a car park to hand over their baby as one parent leaves for work and the other returns. Most parents with a partner who shares childcare will have remembered times when they, too, hurriedly passed baby between them like so much contraband. But then Harman went and advocated more "flexibility" in working hours. The Guardian Feb. 2007.

16Dans cet exemple, la discrétisation du procès se manifeste par le fait que l’on renvoie à une occurrence singulière de procès qui sont globalisés dans une suite ‘go and advocate’. L’exemple (6) fait apparaître un phénomène un peu différent, puisque la suite ‘went and opened’ réfère à une classe d’occurrences de procès itératifs.

 (6) In the early days, according to Greene, "Before I joined, everybody wanted us to open fetes and things. Several cast members went and opened Tory fetes because they paid so well. And then a note came round: 'No. More. Political. Fetes.'" Now, the fear seems to be that people will think it all too leftwing, though, naturally, nobody wants to seem rightwing either. The Guardian Dec. 2006.

17Ainsi, on distingue une occurrence de procès dit de ‘déplacement’ «Harman went», «Several cast members went» qui, une fois validée, permet la validation d’une seconde  occurrence de procès «advocated», «opened». Les deux exemples montrent que la présence de la suite GO AND dans des emplois de type déclaratifs relève d’une interprétation globale de l’événement, à partir d’une discrétisation des procès. En effet, les procès GO dans les deux exemples ne sont pas explicités en fonction exclusivement d’un changement de localisation, puisque l’on pourrait retrouver dans une glose qui supprimerait V1 un sens approchant :

 (5 bis) But then Harman advocated more "flexibility" in working hours.

 (6 bis) Several cast members opened Tory fetes

18Plus exactement, le changement de localisation n’est pas présenté comme une finalité en soi, mais plutôt comme un événement servant de repère à un second. Ce qui prévaut donc dans ces contextes d’assertion, c’est que les deux procès construisent un domaine référentiel dans lequel on distingue successivement la validation des procès mentionnés. Dans ces contextes également, l’occurrence du procès GO renvoie à une propriété non stabilisée, et V2 marque le point d’aboutissement. Comparons maintenant avec un contexte d’injonction.

(7) Frank Wells shook his head. "You haven't even told Anna what you do," he said. "So let me remind you that you're never going to stop working for this top-secret but basically good maverick law enforcement agency. Now go and kill 521 drug dealers in Scotland." The Guardian June 2008.

 (8) If you haven't heard Mardy Bum, go and listen to it now. The Guardian June 2008.

19Ces exemples à l’impératif marquent un décalage entre deux situations ; une situation repère origine (où non-p est le cas), et une seconde situation dans laquelle l’ensemble de la relation GO AND V2, est posé comme souhaitable ou à réaliser par le co-énonciateur.

20Ainsi, la structure GO AND, selon qu’elle est construite à la forme assertive ou impérative, ne renvoie pas aux mêmes relations entre les prédicats. Nous avons pu en effet constater que la forme assertive discrétise successivement deux validations. En revanche, la forme impérative tend à affaiblir la valeur discrète des deux procès, pour considérer de manière plus globale le repérage des deux procès et marquer ainsi la prépondérance du décalage entre une situation origine servant de repère et une situation visée, souhaitable. Ainsi les exemples que notaient les dictionnaires à propos de la construction GO AND,  concernaient exclusivement des formes assertives. Les effets de sens qui étaient alors relevés (désapprobation de la part de l’énonciateur) pourraient trouver partie de leur explication dans la mise à distance critique que permet le caractère discret conservé par les deux verbes coordonnés.

II - Localisation par rapport au paramètre spatio-temporel et par rapport au paramètre subjectif

21Il est fréquent de trouver, dans les exemples à la forme impérative des constructions de type GO AND, des V2 renvoyant à des procès de perception. Observons les exemples suivants :

(9) Of course, care for the elderly and disabled measures very little at the level of GDP, but go and look at the services provided to see what migrant labour contributes. And while the elderly and disabled wait for care, the government is to make up for the loss of migrant workers by driving vulnerable people into work.  The Guardian April 2008.

(10) Quarr Abbey, Ryde, Isle of Wight. One of the most remarkable buildings in the country, an essay in extreme individualism by the French Benedictine monk Dom Paul Bellot, who qualified as an architect in 1900 before joining the order. Just 31 at the time, he brought together 300 local building labourers who had never worked on anything of this scale and ambition before. Bellot was, I suppose, the Gaudi of the Isle of Wight, and if you think this description in any way belittles his talent, go and see for yourself.        The Guardian Jan. 2007.

22Les procès coordonnés dans ces exemples sont envisagés en tant qu’occurrences visées par l’énonciateur. Les deux procès ainsi réunis par AND forment un tout. L’énoncé dans son ensemble construit «go - look» ou «go - see» comme deux relations simultanément envisagées, formant alors une unité complexe que soudent des valeurs énonciatives communes. Les procès alors sont considérés comme des occurrences déterminées dans une situation définie qui se trouve également en rupture par rapport à la situation d’énonciation origine. Les deux procès ainsi réunis permettent de représenter une succession de procès. Pour autant comment établir un lien entre cette succession de  procès et une relation interprocès qui se construit dans sa globalité ? Il apparaît que la validation des procès dans les exemples considérés ne se succède pas de manière indépendante, au sens où l’on pourrait avoir «Go» validé, puis «look». Il ne s’agit donc pas d’envisager de référence à une action ponctuelle, comme le montrent les gloses suivantes :

(9 bis) ...but look at the services provided.

(10 bis) ...if you think this description in any way belittles his talent, see for yourself.

23On pourrait alors considérer que le procès GO dans ces constructions renvoie de manière figurée à un parcours dont le terme serait atteint grâce au procès décrit par V2. Ainsi le parcours (fictif) décrit par GO est vu dans une relation de dépendance par rapport au procès V2, puisque GO crée une succession chronologique des événements, et permet de les énumérer. L’énonciateur envisage alors une valeur de la relation prédicative, à l’intérieur d’une situation en rupture par rapport à Sit0, laissant au co-énonciateur le choix de la validation effective, de sorte que l’occurrence de GO est intimement liée à l’occurrence du procès V2. Cette construction à l’impératif permet alors de transformer ce qui serait un processus brut en événement attendu dont la localisation est envisagée dans le  même temps que la validation par le sujet.

24Si l’on observe le type de prédicats décrits dans V2, on s’aperçoit qu’ils sont majoritairement de deux ordres. Ils représentent soit des verbes d’action discrète6 comme dans les exemples suivants :

(11) a) Let’s go and have a cup of tea.

b) Go and buy something

c) Go and get an atlas

d) Go and find it.

e) Go and talk to him.

f) Go and vote.

25Il peut s’agit également de procès de perception - essentiellement visuelle dans les exemples que nous avons pu recueillir. Pour les verbes de perception en V2, on trouve tour à tour «go and watch», «go and see». Or dans tous les cas, ces verbes renvoient davantage à des processus7 qu’à de la perception véritablement. Ainsi il semble que la coordination permette un repérage simultané des procès qui sont d’abord distincts, mais dont l’association a prioritairement pour fin un repérage double. En effet, la coordination d’un processus (GO) avec une action discrétisée permet que ce soit la validation du procès (ou l’étape finale) qui serve d’ancrage temporel à l’ensemble du processus (GO AND). Dès lors, l’ensemble est en repérage-rupture par rapport à la situation d’énonciation origine, et considéré comme à-valider par le co-énonciateur. La coordination marque une double opération puisqu’elle permet d’identifier pour les procès reliés des valeurs énonciatives communes, mais aussi des valeurs de validation puisque c’est l’ensemble des prédicats coordonnés qui construit la référence.

26Le deuxième type de repérage est celui des paramètres subjectifs. En effet, les coordonnées de l’énonciateur dans les énoncés impératifs GO AND permettent de localiser l’énonciateur comme référence et comme instance de qualification. De sorte que l’énoncé  de type «GO AND + V2», à la différence d’un impératif seul, construit un processus dont la localisation se fait à partir d’un point de départ et dont V2 constitue le terme ou point d’aboutissement. Ainsi, la coordination construit l'événement en processus attendu, souhaité. Mais du fait que la localisation de GO s’effectue par rapport au point de départ, ce qui est mis en relief correspond à un processus que déclenche un agent. Or, l’injonction permet de définir le procès comme souhaitable, mais aussi de le localiser par sa relation avec un agent désigné (l’interlocuteur), ainsi qu’on le voit dans les énoncés suivants :

(12) Critics and artists live within a narrow geographical and cultural environment, which is reinforced by the art-school tenet: "If you want to make it, go and live in London." Two recent articles about Hockney included the critics' musings on their experiences of travelling up t'north to interview him as if they were travelling to an alien, philistine world. The whole thing is self-defining and self-reinforcing, and it is hardly surprising that the contemporary visual arts seem so stale, unremarkable and repetitive. The Guardian Jan 2007

 (13) What advice would you give a young director just starting out? (.../...) When I asked director Peter James if I could be his assistant, he said: "If you want to be a director, just go and direct." So I did.   The Guardian Dec. 2007

27La suppression de GO dans ces énoncés entraîne la perte de cette insistance sur l’agent désigné, au profit du procès brut :

(12 bis) If you want to make it, live in London.

(13 bis) If you want to be a director, just direct.

III. GO AND V et le repérage en discours  

28L’examen des exemples de coordination de procès impératifs (GO AND) fait apparaître que le contexte joue un rôle non négligeable dans la construction et l’interprétation des valeurs. Nous nous intéresserons plus particulièrement aux marqueurs JUST et NOW. Les constructions de procès coordonnés (GO AND) se retrouvent de manière très fréquente à l’intérieur d’un repérage de discours rapporté. L’exemple qui suit en atteste encore une fois la présence.

(14) It is because, like many others, Robinson can sense something stirring within English rugby. He talks repeatedly about being "excited" and has admired Ashton ever since his initial union foray to Bath in 1996. "What did Brian say to me when we first met? Exactly the same as he does now. 'Just go and play.'" And Andy Farrell? Let's just say that watching the pair of them, born within a year of each other, training together again is like witnessing blood brothers reunited by happy accident. The Guardian Feb. 2007

29Dans l’exemple (14), l’énoncé ‘Just go and play’ se trouve imbriqué à l’intérieur d’un discours repéré par la présence de guillemets. Le marqueur JUST est repéré par la situation de discours rapporté, et porte sur l’ensemble de la relation de procès coordonnés. JUST marque l’entrée dans le domaine notionnel décrit par GO qui est repéré par rapport à une relation coordonnée. La présence de ce marqueur JUST tend à montrer que la forme impérative ne discrétise pas les procès puisqu’une fois encore, l’énoncé ‘Just go and play’ ne saurait se comprendre comme la validation distincte de ‘Just go’ conjointe à celle de ‘play’. C’est bien dans une relation plus globale qu’il convient d’interpréter ces procès. Ce phénomène semble provenir également de la place qu’occupe JUST à l’intérieur de l’énoncé. Rien ne pourrait empêcher la production d’un énoncé de type GO AND dans lequel JUST porterait sur V2, même si aucune attestation n’est fournie par notre corpus. Pourtant les phénomènes que nous avons pu dégager ne se trouveraient pas infirmés, puisque le V2 verrait alors sa valeur déontique renforcée, sans pour autant perdre la relation de repérage avec le premier procès GO. Dans ce cas, la reconstruction par le co-énonciateur de la relation se trouve fortement infléchie par JUST qui, au-delà de la valeur déontique, effectue un retour sur le procès à-valider pour marquer l’entrée dans le domaine notionnel.

30Le repérage du marqueur JUST se fait par rapport à la situation d’énonciation rapportée, et là encore, on peut constater un repérage en rupture par rapport à la situation d’énonciation, confirmant alors ce que la structure GO AND permettait de construire.

31La rupture de détermination temporelle se retrouve également avec le marqueur NOW, très présent dans notre corpus, comme cet échantillon l’atteste.

 (15) "So let me remind you that you're never going to stop working for this top-secret but basically good maverick law enforcement agency. Now go and kill 521 drug dealers in Scotland." The Guardian June 2008.

(16) Henin won only two matches in her comeback tournament, the Open Gaz de France in Paris a fortnight ago, after missing the Australian Open but claims she has no regrets about that as she prepares to defend her Dubai Open title this week. "It was still a brave decision to play there," she said. "I played a few matches to get back on the tour, to try to find my motivation, to get some rhythm and to feel the atmosphere - that was very important. And Dubai is far away from the Australian Open and so I thought 'let's go and face it now”. The Guardian Feb. 2007

(17) So the battle for radical restoration goes on. More landmarks need to be preserved and opened up to the public. We need to free our radical heritage from the crusty, self-contented ghettoes to which it has succumbed and make the point that this is our history. At the same time, we must guard against the philistines intent on dismantling our progressive inheritance - and few are currently quite so brazen in this regard as the Labour councillors (Labour councillors!) of Waltham Forest in London who are trying to flog off the superb William Morris gallery. At least south of the Thames there is now a proper memorial and explanation of one of the great radical moments of our past, suitably housed in the Reverend Giles Fraser's progressively ecumenical church. And since you helped to choose it, you should now go and visit it. The Guardian Oct. 2007

32Présent devant la relation interprocès comme en (15) Now go and kill, ou (17) now go and visit it, ou bien situé de manière postposée comme en (16), let's go and face it now, le marqueur NOW permet d’accentuer le décalage entre la situation repère et l’occurrence à-valider. L’ensemble de cet échantillon fait apparaître des éléments contextuels indiquant la présence forte de prise en charge modale. On retrouve en effet LET en (15) «So let me remind you», et en (16) «let's», et un auxiliaire de modalité SHOULD dans le cas de (17). La présence de LET ou LET’s dans ces énoncés sert de contexte d’occurrence à la relation prédicative «go and face» ou bien de cadrage plus large «let me remind you». À l’intérieur de ces trois exemples se trouvent aussi les pronoms YOU ou I. La présence du marqueur NOW privilégie la relation de dépendance entre le procès GO et le procès d’action, et quelle que soit sa place dans l’énoncé, on peut observer qu’il porte sur la relation interprocès. Le marqueur NOW sert de détermination temporelle ou de borne d’arrivée (si l’on reprend la métaphore du parcours) à l’ensemble de la relation coordonnée GO AND. Il oriente la reconstruction par le co-énonciateur puisque NOW indique que la relation est construite en regard de la situation origine, et donc construit par là une rupture, spécifiant que la relation n’est pas validée en Sit0.

33NOW inscrit le processus dans une détermination temporelle et aspectuelle renforçant ainsi les propriétés que nous avons mises en avant pour GO, idée qui rejoint M-L. Groussier (1978 (2) : 40) qui insiste sur «l’importance exceptionnelle de la fonction agentive dans le choix du repère d’un déplacement orienté, c’est-à-dire du sujet de l’énoncé».

Conclusion

34On constate que les occurrences du verbe GO dans les procès coordonnés de type GO AND à la forme impérative procèdent d’une détermination qui ne se ramène pas à une simple succession d’actions ou de procès dont on envisage la validation. Au contraire, l’observation des exemples montre la relation interprocès relève davantage d’une relation prédicative globale qui se construit et qui surtout doit être reconstruite de cette manière par le co-énonciateur. Les deux procès ainsi coordonnés conservent une certaine dépendance l’un vis-à-vis de l’autre au sens où le calcul de la validation de V2 permet le calcul de la validation de GO. Nous avons vu également que la construction impérative GO AND V2 ne pouvait être ramenée à Ø V2, c’est-à-dire que «Go and buy it» n’est pas strictement équivalent du point de vue du sens à «Buy it» ou bien à la validation successive de «Go» puis de «Buy it». Dans la construction coordonnée, ce qui est mis en avant est avant tout le processus. Loin de considérer qu’il s’agit d’un appauvrissement sémantique, encore moins d’une perte, la valeur de GO dans ce genre d’emplois se transforme au contact de la coordination. Nous avons pu constater en effet que GO indique que la localisation du changement se fait soit à partir d’un point de départ, soit elle n’est pas orientée. Dans ce cas, la construction coordonnée permet d’envisager l’événement comme attendu parce que sa localisation s’effectuera en même temps que la situation qu’il préconstruit.

Bibliographie

Biber, D. and G. Leech, and S. Conrad, (1999) Longman Grammar of Spoken and Written English, London : Pearson ESL.

Cambridge Advanced Learner’s Dictionary, 2003, 3rd edition.  

Carden, G. and D. Pesetzky. 1979. Double-verb constructions, markedness, and a fake coordination. Chicago Linguistic Society 13: 82-92.

Cassidy, F.G. and R.N. Ringler, (1971) Bright’s Old English Grammar and Reader, Holt, Rinehart and Winston, inc.

Cassirer, E. 1968 (1923) The Philosophy of Symbolic Forms: Language, New Haven, Yale University Press.

Collins Cobuild, (2001) English Dictionary for Advanced Learners, 3rd edition.

Desportes Y. 2006, «L’impératif en germanique» in O. Soutet (dir.) Etudes de linguistique contrastive, Paris : PUPS, pp. 213- 279.

Groussier, M.-L. (1978) «Sur les verbes COME et GO en anglais contemporain» in T.A. Informations, vol. 19, fascicules 1 et 2, Paris : Klincksieck, pages 22-41 et 33-56.

Jespersen, O. 1940 A Modern English Grammar, Part V, London: G. Allen& Unwin LTD.

Joseffson, G. 1991. « Pseudocoordination - a VP + VP coordination ». Working Papers in Scandinavian Syntax 47, 130-156. Lund: University of Lund, Dept. of Scandinavian Languages.

Longman Dictionary of the English Language, (1988).

Newbury House Dictionary of American English, (2004) 4th edition.

Ogura, M. 2002, Verbs of Motion in Medieval English, London: Brewer.

Oxford English Dictionary, electronic 3rd version of the second edition.  

Poutsma, H. 1928. A Grammar of Late Modern English. Part I, second half: The composite sentence, 2nd edition. Groningen: Noordhoff.

Quirk, R et C.L. Wrenn,  1987 (1955) An Old English Grammar, London: Routledge.

Stefanowitsch, A. « The GO-AND-VERB Construction in a Cross-Linguistic Perspective: Image Schema - Blending and the Construal of Events» in Nordquist, D. and C. Berkenfield. 1999. Proceedings of the Second Annual High Desert Linguistics Society Conference. Albuquerque, NM: High Desert Linguistics Society.

Vandeloise, C. 2007 «Le verbe ALLER : l’affranchissement du contexte d’énonciation immédiat» French Language Studies 17 : 343-359.

Pour citer cet article

Catherine Collin (2010). "GO et l’injonction : le cas de GO AND V". CORELA - Espace, Préposition, Cognition | Numéros thématiques.

[En ligne] Publié en ligne le 31 mai 2010.

URL : http://09.edel.univ-poitiers.fr/corela/index.php?id=989

Consulté le 18/08/2019.

A propos des auteurs

Catherine Collin

Université de Nantes / FoReLL (EA 3816, Poitiers) et LLING (EA 3827, Nantes)

Articles du même auteur :



Contacts

Revue CORELA
Cognition Représentation Langage

 

Maison des Sciences de l'Homme et de la Société
Université de Poitiers
Bâtiment A5
5 rue Théodore Lefebvre
86000 Poitiers – France

Tél : (33) (0)5 49 45 46 00
gilles.col@univ-poitiers.fr

Abonnez-vous

Recevez en temps réel les dernières mises à jour de notre site en vous abonnant à un ou à plusieurs de nos flux RSS :

Informations légales

ISSN électronique : 1638-5748

Dernière mise à jour : 12 décembre 2013

Crédits et mentions légales

Edité avec Lodel.

Administration du site (accès réservé)